ABLASSE OUEDRAOGO, PRESIDENT DE « LE FASO AUTREMENT »: « Le président Kaboré et le MPP sont arrivés au pouvoir sans s’être préparés à le gérer »

ABLASSE OUEDRAOGO, PRESIDENT DE « LE FASO AUTREMENT »:   « Le président Kaboré et le MPP sont arrivés au pouvoir sans s’être préparés à le gérer »

 Il est parmi les rares hommes politiques tonitruants du Burkina. Dr Ablassé Ouédraogo, puisque c’est de lui qu’il s’agit, ne manque pas de marquer les esprits à chacune de ses sorties médiatiques. La dernière en date, c’est sa sortie par rapport à l’indemnisation des ayants droit du journaliste d’investigation Norbert Zongo, calciné par ses bourreaux  le 13 décembre 1998, sur la route de Sapouy. Un sujet sensible qui a suscité des réactions diverses dans l’opinion nationale, lorsque le président du parti « Le Faso Autrement », a laissé entendre que le « le fait que les ayants droit de Norbert Zongo aient accepté la transaction financière, constitue déjà une avancée dans le sens de la justice transitionnelle prônée par la CODER ». En tous les cas, dans cette interview qu’il nous a accordée dans le cadre de « Mardi Politique », il précise davantage sa pensée. Et ce n’est pas tout. Il décoche un uppercut au régime en place pour sa gouvernance, tout en   abordant d’autres sujets d’actualité nationale et internationale. Lisez !

 

« Le Pays » :  Quelle est votre appréciation de la situation nationale ?

 

Ablassé Ouédraogo (AO) : Dieu soit loué. Je voudrais totalement reprendre à mon compte, le contenu du message des évêques du Burkina Faso : « Pâques 2018 : Les évêques du Burkina demandent un renouveau des cœurs pour un nouveau départ du pays », publié à l’attention des fidèles chrétiens et aussi des hommes de bonne volonté. Très humblement,  je leur adresse mes sincères félicitations et remerciements pour la lucidité, l’objectivité, l’honnêteté, le courage et le patriotisme qu’ils ont mis dans l’élaboration de ce message, qui étale ouvertement ce que je dénonce publiquement près de trois ans avec un accompagnement de solutions proposées pour influer sur la dynamique dangereuse dans laquelle les gouvernants d’aujourd’hui ont engagé notre pays.Je ne me permettrai pas de faire du déni de réalité. Comme tous les Burkinabè patriotes, sincères, objectifs et qui se préoccupent de l’avenir de leur cher pays et du sort des futures générations, qui vivent douloureusement dans leur cœur et dans leur chair, je dis à haute et intelligible voix que le Burkina Faso va mal; il va même très mal. Comme je le dis depuis deux ans déjà, tous les signaux sont au rouge vif et malheureusement, il n’y a pas de perspectives de retournement de la tendance.Nous vivons une crise multidimensionnelle jamais égalée aux plans économique, sécuritaire, social et politique. Il y a même une profonde crise de confiance entre les Burkinabè et entre les Burkinabè et leurs partenaires de l’extérieur. La « rochosité », assommante et tentaculaire, est en train de déteindre sur tout le Burkina Faso et aujourd’hui, notre pays est plus que jamais au bord de l’explosion sociale. Il a mal à son vivre ensemble.La gouvernance du Président Kaboré, qui aurait dû être « la solution/ la réponse », comme dit pendant la campagne électorale de 2015, s’avère être, au fil du temps, le véritable problème du Burkina Faso. En effet, l’on constate avec une profonde déception, et c’est criard, que le Président Kaboré et le MPP (Mouvement du peuple pour le progrès) sont arrivés au pouvoir sans s’être préparés à le gérer. C’est ainsi que dans la réalité du quotidien, la gouvernance du MPP consiste tout simplement à gérer son maintien au pouvoir et non pas à gérer le pouvoir. La gouvernance Kaboré se fait sans vision et sans stratégie. Le pays, ainsi gouverné « mouta-mouta », s’enfonce chaque jour « Yada-Yada » dans le chaos. Par rapport à cette situation intenable pour les Burkinabè, la déception est profonde et les frustrations de plus en plus insupportables. Les aspirations des braves populations, au sortir de l’insurrection d’octobre 2014 dont le MPP réclame la paternité, ne connaissent pas de satisfaction, tout particulièrement la quête du réel changement. « Le plus rien ne sera comme avant » est devenu « Tout sera pire qu’avant ». C’est ce que nous vivons actuellement : le Burkina Faso est un pays avec une économie exsangue, une sécurité poreuse, un front social vrombissant, une confiance perdue et de profondes divisions internes. Dans un tel environnement, il est difficile de faire du Burkina Faso, un pays où règnent la paix sociale, la stabilité, la sécurité et la confiance, conditions nécessaires et indispensables pour réaliser le progrès et le développement. Au regard du niveau de dégradation actuelle de la situation, il s’avère de plus en plus indispensable de réorganiser la lutte politique pour permettre la satisfaction des aspirations exprimées par les Burkinabè lors de l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014.

Vous dites que le Burkina Faso a une sécurité poreuse. Pouvez-vous être plus explicite ?

 

La sécurité est la clé de voûte de la vie et de toutes les activités humaines. Rien ne peut être entrepris dans une situation d’insécurité. Sur la situation sécuritaire de notre pays, je suis habité par la colère, la frustration et des sentiments d’impuissance. Le summum de ces ressentiments a été atteint le vendredi 2 mars 2018 avec les attaques terroristes survenues à l’Etat- major général des armées et à l’Ambassade de France, à 10h00 du matin, en pleine journée.  Pouvoir taper de la sorte dans le cœur de notre système de défense nationale est tout simplement effrayant et traumatisant pour les populations et l’on peut conclure que toutes les parties du territoire national sont totalement exposées et ne sont pas à l’abri. Avec la Coalition pour la démocratie et la réconciliation nationale (CODER), nous avons exprimé,  de vive voix, au Haut commandement des Forces armées nationales, notre compassion, notre solidarité et notre soutien, le 15 mars 2018.              Sous l’ère Kaboré, le Burkina Faso vit une sécurité poreuse en ayant enregistré sur deux ans près de 100 attaques terroristes, près de 150 morts et de nombreux blessés sur l’ensemble du territoire national dont trois attaques majeures à Ouagadougou, le 15 janvier 2015 (30 morts), le 13 août 2017 (18 morts) et le 2 mars 2018  (8 morts).  En outre,  à l’intérieur du pays, l’on compte un peu plus de 400 familles déplacées, donnant 5 000 réfugiés, pris en charge par le Haut commissariat des Nations pour les réfugiés.Notre pays est devenu comme du « gruyère » : des trous partout et les terroristes nous frappent à leur guise. Je salue la mémoire de toutes ces victimes. J’exprime à leurs familles toute ma compassion et j’adresse mes vœux de prompt rétablissement aux blessés. Et dire qu’avec tout çà, les représentants du MPP refusent d’accepter que la crise est bien une réalité dans notre pays et que le peuple en souffre.   Dans la région du Sahel, et je le répète ici avec force : le Burkina Faso est devenu, depuis 2015, le « ventre mou », le « maillon faible » dans la lutte contre l’insécurité, le  banditisme et le terrorisme. L’explication véritable de cette nouvelle situation, tout de même triste pour notre pays, est l’absence d’une stratégie appropriée et d’une politique efficace en la matière. Tout porte à croire que le régime Kaboré fonde tous ses espoirs en matière de sécurisation du territoire, sur l’extérieur et notamment le G5 Sahel. Et ce n’est certainement pas ce G5 Sahel, en construction et dont les besoins de financement ne sont pas encore couverts, qui sortira le Burkina Faso du trou. Comptons d’abord sur nous-mêmes, car couché sur la natte du voisin, on dort par terre.  Les mauvais choix successifs depuis la Transition jusqu’à nos jours, ont fait le jeu du terrorisme et ont plongé davantage notre pays dans la crise, avec pour principales conséquences la division, la haine, la suspicion et le manque de confiance qui se sont installés entre les Burkinabè. Pour juguler cela, la réconciliation nationale devient une impérieuse nécessité et un impératif catégorique pour la construction de la Nation et de l’unité.   Il est clair que s’il n’y avait pas de failles et de méfiance entre les Burkinabè, ce qui s’est passé le vendredi 2 mars 2018 à Ouagadougou, à l’Etat-major général des armées et à l’Ambassade de France, n’aurait jamais  pu se faire. Les terroristes n’étant pas tombés directement du ciel sur leurs cibles, les citoyens, en toute confiance avec eux mêmes et avec l’autorité, auraient communiqué les informations et les renseignements pertinents sur les auteurs de ces actes odieux, et auraient ainsi pu faire éviter ces attaques. Le tissu social est en lambeaux dans notre pays et réconcilier les Burkinabè entre eux et le Burkina Faso avec lui-même, reste la seule alternative pour donner un avenir à notre Nation et assurer le vivre-ensemble harmonieux.L’insécurité est devenue tellement forte aujourd’hui dans notre pays que l’on assiste à la multiplication des  groupes d’auto-défense, qui, sous d’autres cieux, se sont vite transformés en milices, elles-mêmes. C’est un vrai danger. Cette insécurité généralisée et malheureusement croissante influe fortement sur notre économie, déjà moribonde du fait du manque de vision et de l’incapacité de nos dirigeants à donner un souffle nouveau au monde des affaires. Dans tout pays où s’installe l’insécurité, le développement et la croissance deviennent impossibles. L’économie n’existe pas et il n’y a pas d’investissements, de création d’emplois et de revenus. La vie devient impossible.

Cela fait plus d’un mois que la Coalition pour la démocratie et la réconciliation nationale (CODER) a remis « le Mémorandum pour la Réconciliation nationale au Burkina Faso » au Chef de l’Etat. Quelle est la suite ?

 

Je voudrais réitérer nos sincères remerciements à SEM Roch Marc Christian Kaboré, Président du Faso, pour avoir aimablement reçu la CODER, le mardi 13 février 2018, au palais de Kosyam. Au cours de cette audience, la délégation de la CODER lui a remis en mains propres ledit Mémorandum. Cette audience fait suite à celle que le Chef de l’Etat avait accordée à la CODER le 31 mars 2017 sur le sujet de la réconciliation nationale.Le Président du Faso a manifesté son grand intérêt à l’œuvre entreprise par la CODER qu’il a remerciée et félicitée pour la démarche et pour les résultats obtenus. A la suite des échanges, des explications et informations fournies par la délégation de la CODER sur le contenu du Mémorandum, le Chef de l’Etat nous a rassurés sur le fait « qu’il n’y avait pas d’incompatibilité entre la justice et la réconciliation nationale ». Il a promis  de nous faire part de ses observations le plus rapidement possible et au besoin, qu’il nous inviterait à revenir le voir. Le sujet est tellement important et sérieux qu’il ne faut rien bâcler.  Nous lui avons exprimé toute notre disponibilité et nous attendons ses observations avec patience et sérénité.La CODER considère que le Mémorandum qu’il a produit et dont le contenu est connu de tous maintenant, n’est ni le Coran ni la Bible. C’est une simple contribution de patriotes à la réflexion de toute la Nation dans la recherche de la paix, de la stabilité, de la sécurité et de la confiance entre les Burkinabè afin de déterminer un destin commun pour notre pays, basé sur le « vivre ensemble harmonieux ». Pour la CODER, il faut continuer à travailler pour élargir le consensus sur le bien-fondé de la réconciliation nationale, car celle-ci ne saurait être l’affaire d’un individu ou d’un groupe d’individus mais l’affaire de tous et ensemble. Il faut travailler à éduquer et sensibiliser toute la population sur la réconciliation afin d’obtenir l’adhésion de tous au processus. La réconciliation ne peut se réaliser en laissant certains au bord de la route. Tout le monde doit être à bord. La CODER s’attèle à cet important travail de vulgarisation et d’explication.Dans cette dynamique, en marge de la cérémonie de passation des charges entre l’UNDD et le parti Les Républicains, le 10 mars 2018 au siège du CDP, le Bureau de la CODER a animé une conférence de presse explicative du contenu dudit  Mémorandum. Le programme d’activités en cours de la CODER, sous la présidence du juriste Amadou TRAORE, est axé sur la campagne de vulgarisation et de sensibilisation à travers tout le territoire national avec un accent particulier sur les jeunes, les femmes et les Organisations de la Société civile avec l’appui de la presse. A ce propos, il est envisagé dans les prochaines semaines, à Bobo-Dioulasso, une importante rencontre de la CODER avec la population sur le Mémorandum et que les aînés sont en train de préparer avec enthousiasme.  Le Burkina Faso a besoin de paix, de stabilité, de sécurité et de développement. Seuls la confiance et l’amour des uns pour les autres peut garantir cet environnement. Et la réconciliation nationale est le boulevard pour y parvenir sûrement.

« La justice classique est tout simplement coûteuse et n’apaise jamais les cœurs »

 

Quel est, selon vous, le meilleur schéma pour parvenir à une vraie réconciliation nationale ?

 

Au Burkina Faso, la question de la réconciliation nationale n’est pas une nouveauté. De nombreuses expériences en la matière ont été vécues. Notre pays a besoin aujourd’hui plus que jamais d’un dialogue de vérité inclusif à l’issue duquel les sanctions qui peuvent être aussi bien positives et négatives, seront appliquées sans rancœur. Le triptyque, vérité-justice-réconciliation, cristallise les débats et on ne peut que le respecter. Cependant, la mise en œuvre de ce triptyque ne peut  être ni rectiligne ni linéaire. Il est clair qu’au plan individuel, la vérité et la justice sont les plus importants mais qu’au niveau de la Nation, le plus important est la réconciliation nationale.Le schéma proposé au Chef de l’Etat, garant constitutionnel de l’unité nationale ainsi qu’à la Nation tout entière, est clairement détaillé dans le Mémorandum pour la Réconciliation Nationale au Burkina Faso, élaboré par la CODER. La justice est au cœur du processus. Et il ne saurait y avoir de réconciliation sans une justice. La problématique à nous posée est de déterminer la forme de justice qui sied le mieux et il y a plusieurs formes de justice. La réconciliation doit être inclusive, sincère et définitive. Le Burkina Faso a besoin de se réconcilier avec lui-même et les Burkinabè ont besoin de réconcilier entre eux. Pour aller à la réconciliation nationale et la réussir, la justice transitionnelle qui est une justice alternative, une justice réparatrice, une justice qui apporte l’apaisement des cœurs, présente moins de risques et de dangers, contrairement à la justice classique qui ne rime pas avec réconciliation, et n’inscrit pas la réconciliation dans son processus. Elle ne permet pas d’apaiser les cœurs dans la durée surtout que les victimes deviennent les bourreaux et les bourreaux deviennent les victimes. La justice classique nécessite beaucoup de temps et de moyens. Et le Burkina Faso n’a ni l’un ni l’autre. Nous restons persuadés que la justice classique telle que nous la connaissons et la vivons actuellement, ne permettra pas aux Burkinabè de connaitre la vérité, la vraie. Elle ne va pas forcément aboutir à un apaisement des cœurs et ce qui se passe actuellement avec les procès en cours du dernier gouvernement du Président Blaise Compaoré à la Haute Cour de Justice  et du putsch  manqué du 16 septembre 2015 au Tribunal militaire,  nous conforte dans notre position. La justice classique est tout simplement coûteuse et n’apaise jamais les cœurs. Bien au contraire, ces procès  détruiront l’unité nationale et la cohésion sociale et le vivre-ensemble deviendra difficile sinon impossible au Burkina Faso. Et d’ailleurs, ne dit-on pas  qu’un mauvais arrangement vaut mieux qu’un bon procès !Mais, il faut comprendre que ce dont il est question ici, c’est la Nation et donc çà va au-delà des intérêts personnels. Pour la Nation, pour la maison Burkina Faso, le plus important est et demeure la paix, la stabilité, la sécurité, la confiance, la quiétude et la concorde. La proposition de la CODER comporte deux étapes :

. Organiser le forum national sur la réconciliation nationale avec la participation de toutes les composantes de la société. Ce sera un cadre du dialogue inclusif et sincère devant permettre de définir les bases et les conditions pour une vraie réconciliation et un nouveau départ pour le Burkina Faso ;

. Tenir les assises nationales pour célébrer la réconciliation nationale autour des conclusions et décisions du Forum pour rendre effective la réconciliation des Burkinabè entre eux et du Burkina Faso avec lui-même et ainsi garantir le vivre-ensemble harmonieux. Une nouvelle Constitution pourrait codifier les décisions de ces concertations inclusives et l’on passerait ainsi logiquement de la 4ème à la 5e République.

Au cours d’un débat télévisé, vous avez fait une sortie sur le dossier Norbert Zongo qui a eu du mal à passer au sein de l’opinion nationale. Pouvez-vous préciser votre pensée ?

 

Je pense que c’est inexact de dire que mes propos sur le dossier Norbert Zongo dans l’émission « CONTROVERSE » de la RTB Télé du jeudi 15 mars 2018, ont du mal à passer au sein de l’opinion publique. Non ! Une certaine partie de l’opinion, celle qui est braquée, radicalisée et malheureusement manipulée, s’offusque et crie toujours au sacrilège dès qu’on prononce une phrase qu’elle n’a pas envie d’entendre. Ce n’est pas cela la démocratie, ce n’est pas cela le débat national, ce n’est pas cela le vivre-ensemble. Il faut pouvoir accepter que l’autre exprime aussi ses vérités. Je puis vous rassurer que contrairement à ce que vous semblez croire ou faire croire, beaucoup de nos concitoyens, des anonymes et ils sont nombreux, ont pris l’initiative de me contacter pour me féliciter et me remercier. Je m’étais refusé de me lancer dans une polémique mais dans le souci d’un débat national éclairé, je reviens, ici, sur cette affaire.

Vous me permettrez de faire les clarifications suivantes :

 

. Primo : Ablassé n’a rien inventé et n’a rien dit de faux ou de tronqué. Il a tout simplement relayé une information parue dans l’Observateur Paalga, dans sa parution n° 9394 du 30 juin 2017, une information qui, par ailleurs, n’a été démentie par personne.

. Secondo : Je dis et je répète que le fait que les ayants droits de Norbert Zongo aient accepté cette transaction financière, constitue déjà une avancée dans le sens de la justice transitionnelle prônée par la CODER. Et c’est positif pour la paix sociale et la stabilité dans notre pays.  Par ailleurs, vérité pour vérité et pour l’information du public,  des démocrates et de tous ceux qui sont épris des valeurs défendues par le journaliste Norbert Zongo et qui luttent pour la vérité et la justice, Messieurs les Avocats des Ayants Droits seraient bien  inspirés de publier l’arrêt de la CADHP du 5 juin 2015, le montant et la décomposition  de ce qui a été  réglé financièrement.

. Tercio : relayer une information juste et non démentie contribue à sortir nos concitoyens de la sous-information, et surtout cela empêche des gens d’exploiter le deuil de nos parents à des fins personnelles et malsaines. Nos martyrs et Norbert Zongo en est incontestablement un, ont tous besoin du repos éternel paisible  et surtout de savoir que ce pays pour lequel ils ont donné leur vie, connait la paix et le développement. Et pour parvenir à cette paix et à ce développement, il faut sortir de cette logique d’exploitation de la mémoire de nos morts ; il faut sortir de cette logique de vengeance qui fait sombrer chaque jour un peu plus notre pays dans la discorde et le chaos.

Vérité Oui, nous en avons tous besoin et c’est obligatoire. Justice Oui, le Burkina Faso ne se portera jamais bien sans une justice réparatrice et qui apaise les cœurs. Mais non à la vengeance surtout, celle voulue par un groupuscule de personnes guidées uniquement par les intérêts égoïstes et se servant de la mémoire de nos frères et sœurs disparus dans leur lutte pour défendre des causes nobles, comme un fonds de commerce, qui, inexorablement, finira par s’épuiser comme une mine d’or en exploitation.

Pensez-vous que participer aux marches du 13 décembre, c’est gâter votre nom comme vous avez réagi sur le plateau ?

 

La question en elle-même est viciée mais vous me connaissez, je vais y répondre avec mon franc-parler. Vous savez, même si on me dit « Ablassé, je t’ai vu le vendredi passé à la prière » alors que je n’y étais pas, je répondrai par la négative tout simplement parce que c’est mauvais de m’attribuer injustement une chose surtout que le téléspectateur dont il s’agit affirmait de manière péremptoire que je participais aux marches.Pour vous permettre de comprendre ma réaction spontanée sur le plateau télévisé, je vous donne la transcription fidèle de la séquence du débat y relatif et notamment des échanges entre le téléspectateur, Monsieur Ibrahim Ouédraogo de Saponé et moi-même:Le téléspectateur Ibrahim Ouédraogo : « Ma question s’adresse à M. Ouédraogo Ablassé ; Il a dit tout de suite que depuis 1960 à nos jours, l’Etat a dépensé environ 11 milliards de F CFA pour indemniser des familles et en citant les dossiers emblématiques, nous auditeurs, on a cru qu’il a oublié le dossier Norbert Zongo et quand il a été interpellé, il a dit que ça a été réglé financièrement. Alors que M. Ouédraogo fait partie  des hommes politiques très fidèles aux cérémonies à chaque 13 décembre de souvenir et de réclamation de justice pour le dossier Norbert Zongo. A chaque 13 décembre, il est là et je voudrais lui poser la question de savoir si lui-même il sait que ça a été réglé financièrement, qu’est-ce qu’il vient chercher   chaque 13 décembre au milieu de ceux qui réclament justice ou bien c’est juste du marketing politique » ?

Ma réplique a été : « Vous vous trompez. Moi, je ne suis jamais allé à une cérémonie de 13 décembre. Non, non ! Ce n’est pas moi. Ce n’est pas moi parce que je n’ai pas vécu au Burkina Faso pendant toute la période. Pendant la période pour laquelle je suis resté au Burkina Faso, je ne suis jamais allé à une cérémonie de 13 décembre. Donc, ne gâtez pas mon nom ».  En fait,  l’intention derrière cette question était de me faire passer pour un homme qui louvoie ; et ça ce n’est pas moi, je ne suis pas ce genre d’homme.  Je suis constant dans mon comportement et je m’assume toujours. Le téléspectateur qui a posé la question voulait tout simplement ternir mon image et je refuse qu’il gâte mon nom pour rien. Et puis, je n’aime pas les menteurs surtout quand les mensonges qu’ils disent sont grotesques.Et pour tout vous dire monsieur le journaliste, Ablassé Ouédraogo est profondément humain. Je respecte énormément le combat de nos compatriotes qui se sont battus pour la démocratie et son enracinement au Burkina Faso ; je reconnais et je salue le sacrifice qu’ils ont fait de leur vie. Les gens ont tendance à l’oublier mais moi aussi j’ai lutté contre la révision de l’article 37, et c’est moi qui coordonnais l’organisation des marches du CFOP en 2013 et 2014. J’aurais pu y laisser ma vie aussi. Je suis donc pleinement conscient de ce que la démocratie burkinabè doit à Norbert Zongo et je lui en serai éternellement reconnaissant. Les martyrs ont besoin que les vivants continuent leurs combats pour que leur pays vivent dans la paix et la concorde et c’est ce que moi je fais encore aujourd’hui.

On constate que le procès du putsch manqué a du mal à démarrer avec des blocages de procédure. Quel commentaire cela vous inspire-t-il ?

 

Ce qui se passe avec ce procès, ouvert depuis le 27 février 2018, suspendu le même jour et repris le 21 mars 2018, était prévisible et ce n’est pas la faute des juges encore moins celle des avocats. C’est le système judiciaire qui permet tous ces atermoiements. C’est cela la justice classique, la justice à l’occidental. Le but de la justice est normalement de savoir ce qui s’est réellement passé, pourquoi et par qui mais aussi et surtout que les responsables soient sanctionnés à la hauteur de leur tort et que les victimes obtiennent réparation. C’est ainsi que l’on obtient justice et que l’on aboutit à un apaisement des cœurs. Mais à l’allure où vont les choses, qui sera en mesure de dire qu’à la fin de ce procès, le peuple burkinabè connaîtra la vérité sur tous les faits, les niveaux de responsabilités réelles des uns et des autres ? En réalité, ce que le peuple burkinabè doit comprendre et savoir, c’est que « Justice  n’est pas Vengeance » ! Mais c’est malheureusement ce qui se profile à l’horizon.  Les citoyens, dont l’engouement pour ce procès était très fort au début, commencent maintenant à déserter la salle d’audiences et à avoir des doutes sur la justice de leur pays. Mieux, beaucoup commencent déjà à avoir du dégoût pour ce procès. La bataille procédurale va occulter tout le reste et probablement qu’à la fin, on prononcera des condamnations puisque c’est manifestement ce que les faucons demandent. Et lorsqu’à la fin, on annoncera le montant faramineux qu’aura coûté au contribuable burkinabè, ce procès du putsch manqué du 16 septembre 2015, les Burkinabè comprendront leur douleur, mais hélas, ce sera déjà fait.

 

Quelles sont vos attentes par rapport à ce procès ?

 

Moi, personnellement, RIEN ! Mais j’espère seulement qu’à la fin du procès, les Burkinabè ne seront pas tentés de dire « Tout çà pour çà ! ». Ce procès va être très coûteux financièrement et prendra beaucoup de temps. En plus et c’est là le problème, les cœurs des concernés ne seront pas apaisés. Ce qui est déjà perceptible et qui s’annonce ouvertement est que le Burkina Faso en sortira grand perdant parce que la Nation burkinabè, au lieu de se construire, sera encore plus divisée et plus désunie à cause des frustrations et des déceptions qui découleront du procès. Travaillons alors, tous ensemble, pour réaliser une réconciliation nationale inclusive et sincère afin  d’éviter  à notre pays cette trajectoire fatidique et dessinons ensemble un autre destin commun pour le Burkina Faso et pour les générations futures.

Dieu sauve le Burkina Faso.

Propos recueilli par Drissa TRAORE

 

ABLASSE OUEDRAOGO à propos de l’Accord sur la zone de libre échange continentale (ZLEC)

 

« L’Afrique doit cesser d’être le consommateur des produits finis venant d’ailleurs »

 

44 pays africains ont signé le 21 mars 2018 à Kigali au Rwanda  l’Accord sur la Zone de Libre Echange Continentale (ZLEC) ?  Nous avons demandé à l’ancien Directeur général adjoint de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), ce que cela représente pour nos pays.

Aujourd’hui, l’Afrique compte 1 milliard 250 millions de consommateurs. En l’an 2100,  ce chiffre passera à 4 milliards 500 millions.  C’est énorme et si l’Accord sur la ZLEC est opérationnalisée, l’Afrique deviendra le plus vaste espace de libre échange au monde. L’Accord du 21 mars 2018 de Kigali représente tout simplement une importante étape dans la marche de l’Afrique vers plus d’intégration. Nous sommes dans la mondialisation où seuls les grands espaces comptent. Et l’Afrique ne peut pas se soustraire de la mondialisation qui fait du monde un village planétaire.

Dans le parcours de l’Afrique vers l’intégration, il y a eu  déjà :

. Le 25 mai 1963 à Addis Abéba en Ethiopie, la création de l’Organisation de l’Unité africaine ;

. Le 06 juillet 1991 à Abuja au Nigeria, l’adoption du Traité d’Abuja pour l’établissement de la Communauté économique africaine, par étape et sur 34 ans ;

. Le 10 juillet 2002 à Durban, en Afrique du Sud, la création de l’Union africaine.

. Le passeport africain, dont l’objectif est de faciliter la libre circulation des Africains sur leur continent, a été lancé toujours à Kigali lors du Sommet des Chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union africaine qui s’est tenu du 17 au 18 juillet 2016..

La ZLEC s’inscrit dans l’Agenda 2063 de l’Union Africaine, adopté du 30 au 31 janvier 2015 à Addis Abéba par la 24e Session Ordinaire de la Conférence de l’Union africaine. L’Agenda 2063 est à la fois une vision et un plan d’action. C’est un appel à l’action à tous les segments de la société africaine à travailler ensemble pour construire une Afrique prospère et unie, fondée sur des valeurs communes et un destin commun.

L’opérationnalisation de cet Accord, qui nécessite la ratification par 22 pays signataires, fera tomber 84.000 kms de frontières, donc d’obstacles aux échanges entre les pays africains.  On espère que l’Accord de Kigali sera mis en œuvre dès janvier 2019. Ce qui permettra de booster le commerce intra-africain, qui ne représente aujourd’hui que 17%  de l’ensemble du commerce extérieur africain. Ce pourcentage est le plus bas de toutes les régions du monde.

De nos jours, le commerce intra-africain est dominé par un nombre restreint de pays qui vendent un nombre limité de produits. En Afrique subsaharienne, hors Afrique du Sud, ¾ des exportations proviennent de 5 pays dont : la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Kenya, le Nigéria et le Zimbabwé. Les produits exportés sont essentiellement des produits primaires et ce sont notamment : le pétrole (30%), le coton, le bétail sur pieds, le mais et le cacao.(ensemble 18%). Les produits manufacturés représentent seulement 15% des échanges selon la Banque mondiale.

Mais la constitution du marché commun africain avec la libéralisation ainsi garantie par la ZLEC, n’a de sens pour l’Afrique que si les pays ont quelque chose à offrir sur le marché. Ce qui n’est pas le cas de nos jours. Ainsi l’Afrique doit cesser d’être le réservoir de matières premières pour les autres et aussi d’être le consommateur des produits finis  venant d’ailleurs. L’Afrique doit diversifier sa production et surtout investir dans les infrastructures, dans la maîtrise de l’énergie, les routes et le rail pour augmenter ses capacités de production et de transformation des produits.  L’Afrique doit s’industrialiser.Dans la libéralisation des échanges, l’Afrique doit être prudente en y ajoutant une dose de protectionnisme mesurée afin d’éviter que ses industries naissantes et fragiles ne soient étouffées par la concurrence extérieure. Ce sont ces précautions à prendre qui ont peut-être motivé les 11 pays dont le Nigeria, la première économie du continent, à ne pas faire le déplacement de Kigali. Ces pays continuent leurs concertations en interne et rejoindront l’Accord dès qu’ils seront prêts.Rappelons que dans son histoire, l’Afrique a subi l’esclavage, la colonisation et vit aujourd’hui l’indépendance dans la dépendance. Les choses doivent changer maintenant. Pour ce faire, les dirigeants africains doivent travailler pour l’enracinement de la démocratie et de la bonne gouvernance avec une grande vision pour réaliser  le véritable changement.

Propos recueilli par Drissa TRAORE

 

Carte de visite (CV)

 

Ablassé Ouédraogo est un économiste, diplomate et homme politique burkinabè, né le 30 juin 1953 à Dabaré, Département de Pabré dans la Province du Kadiogo au Burkina Faso. Il soutiendra sa thèse de Doctorat de 3e cycle en Sciences Economiques, option «Economie du développement» de l’Université de Nice, avec la mention Très honorable et Félicitations du Jury le 15 décembre 1981. Dr. Ablassé Ouédraogo est marié et père de quatre enfants. Il est actuellement Président du parti Le Faso Autrement qui est d’idéologie libérale centriste. En décembre 2012, Dr. Ablassé Ouédraogo est élu pour la première fois, Député de l’Assemblée Nationale du Burkina Faso dans la 5e législature de la 4e République, représentant son parti nouvellement créé, Le Faso Autrement. Premier président de la CODER, il en est actuellement le premier vice-président. Ablassé Ouédraogo est actif dans la consultance internationale, la sécurité routière et le secteur des loisirs. Il est Administrateur Général de ZOODO International, une Agence Conseil en Relations et Stratégies Internationales qu’il a créée en 2008. De mars 1994 à février 1999, Ablassé Ouédraogo a été Ministre des Affaires étrangères du Burkina Faso puis Conseiller Spécial du Président du Faso de février à novembre 1999. À ce titre, il a œuvré à la réorientation stratégique de la politique extérieure du pays à travers l’élaboration du concept de «Diplomatie de Développement» ainsi qu’à sa pleine mise en œuvre.De 1982 à 1994, Ablassé Ouédraogo a travaillé au  PNUD comme Administrateur adjoint pour l’Organisation des Nations unies pour le Développement Industriel à Niamey (Niger) de 1982 à 1984 ; Chargé de Programme ;  Directeur régional du Bureau pour l’Afrique de l’Est du Bureau des Nations unies pour la Région Soudano-Sahélienne (BNUS) à Nairobi au Kenya. Durant cette période, Ablassé Ouédraogo a contribué à la mise en œuvre de plusieurs programmes de développement multisectoriels tout en participant aux processus de négociations menant à l’indépendance de la Namibie.De 1999 à 2002, Ablassé Ouédraogo a été le premier Africain à occuper les fonctions de Directeur général adjoint de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).  De décembre 2003 à juillet 2007, Ablassé Ouédraogo a occupé les fonctions de Conseiller Supérieur pour l’Afrique du Président du Groupe de la Banque Africaine de Développement (BAD). À ce titre, il a notamment représenté le groupe de la BAD aux pourparlers de paix au Darfour, en assurant le rôle de Président de la Commission sur le Partage des Richesses. Ces négociations ont abouti à la signature de l’Accord de Paix sur le Darfour le 5 mai 2006, à Abuja, au Nigéria.D’août 2007 à juin 2008, Ablassé Ouédraogo a été Conseiller Spécial du Président de la Commission de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) pour les négociations commerciales. Entre 2008 et 2009, Ablassé Ouédraogo a participé à plusieurs missions de bons offices pour le compte du Président de la Commission de l’Union Africaine dans la médiation entre le Tchad et le Soudan.

Source : Wikipedia

 

 

 

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