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ASSAUT MEURTRIER CONTRE LA GENDARMERIE DE SAMOROGOUAN AU BURKINA FASO : Une attaque, plusieurs questions

 

Depuis la mise en place de la Transition suite aux événements des 30 et 31 octobre derniers, des attaques (certaines ont été meurtrières) contre le Burkina ont été enregistrées. En effet, il y a eu d’abord l’attaque de la mine de manganèse de Tambao dans le Nord du pays, qui s’était soldée, on se rappelle, par l’enlèvement d’un Roumain chargé de la sécurité des lieux. Dans la même zone, il y a eu ensuite des assauts  à la Kalachnikov contre le poste de douanes de Déou et la brigade de gendarmerie d’Oursy. Le dernier acte du genre vient de se produire dans l’Ouest du Burkina par des individus non identifiés, pendant que le pays était en train de pleurer les victimes du putsch manqué du général Diendéré.

L’insécurité est un phénomène qui ne date pas d’aujourd’hui

Les auteurs de cette attaque, une cinquantaine dit-on, cagoulés, ont fait irruption à la gendarmerie de Samorogouan vers 4h du matin, dans la nuit de jeudi à vendredi. Le bilan est tout simplement effroyable : trois gendarmes tués et quatre personnes blessées dont  des civils. L’on peut, avant de s’interroger sur l’identité des assaillants de Samorogouan, faire les remarques suivantes : certes, l’insécurité est un phénomène qui ne date pas d’aujourd’hui, mais ce genre d’attaques n’a jamais été observée sous le règne de Blaise Compaoré. La deuxième remarque est que l’on peut avoir l’impression d’assister à une sorte d’encerclement du Burkina par les forces du mal. Hier, c’était le Nord du pays qui avait reçu leur visite. Aujourd’hui, elles se signalent avec beaucoup de hargne, dans l’Ouest. L’on peut dès lors,  si des mesures vigoureuses et efficaces ne sont pas prises  contre le phénomène, se poser la question de savoir si le Sud, le Centre et l’Est du Burkina, encore épargnés, ne vont pas connaître leur part d’attaques dans les jours à venir. Ce qui ne serait pas pour déplaire aux anciens partisans du règne à vie de Blaise Compaoré, qui avaient déjà juré que sans leur mentor, le pays serait, à l’instar de certains de ses voisins, une zone de prédilection des attaques terroristes. Et ils savaient certainement de quoi ils parlaient. En effet, leur champion avait réussi le tour de force d’offrir le gîte et le couvert  à des individus peu fréquentables sur lesquels pesaient de forts soupçons d’accointances avec les milieux terroristes, et aussi de posséder une expertise en matière de négociations pour la libération des otages aux mains de la nébuleuse djihadiste et terroriste. D’ailleurs, la qualité des relations que certaines chancelleries occidentales entretenaient avec Blaise Compaoré, pourrait trouver sa justification dans ce rôle obscur que ce dernier s’était proposé de jouer à dessein pour se rendre indispensable à la fois pour son pays et pour l’ensemble de la sous-région. De ce point de vue, il ne serait pas insensé de décrypter l’assaut meurtrier contre la gendarmerie de Samorogouan et tous les autres qui l’ont précédé comme des actes de représailles des mouvements djihadistes et terroristes contre les tombeurs de la personne en qui ils avaient placé leur confiance et qui le leur rendait bien.

Les amis du Burkina doivent aider le pays des hommes intègres à tourner définitivement la page Compaoré

Cette hypothèse est d’autant plus  plausible que face à l’insécurité grandissante, le chef d’état-major général des armées, le général Pingrenoma Zagré, avait déclaré en juillet dernier que la menace djihadiste sur le Burkina Faso, était  « une réalité qui n’est pas nouvelle ». Un autre élément que l’on pourrait  verser  dans l’hypothèse d’une attaque terroriste, est lié au fait que les autorités de la Transition  avaient révélé récemment aux Burkinabè et au monde, que les putschistes du général Diendéré avaient prévu, dans leur plan de liquidation de la démocratie au Burkina, de faire appel à des forces terroristes au cas où les choses tourneraient mal. Mais il n’y a pas que cette seule piste qui pourrait être explorée à propos de l’assaut du poste de gendarmerie de Samorogouan. L’on pourrait aussi avancer d’autres hypothèses. La première consisterait à imputer cet assaut aux éléments de l’ex-RSP qui se sont évaporés dans la nature avec des armes qui, selon les autorités, ne peuvent pas déstabiliser le pays. On peut leur rétorquer que pour poser un acte terroriste, l’on n’a pas forcément besoin d’armes lourdes et sophistiquées. Même avec un pistolet artisanal, on peut le faire. En attendant que les enquêtes viennent élucider cette affaire, l’on peut déjà tirer les grands enseignements suivants et ce, en relation avec le putsch manqué que le Burkina vient de vivre. Le premier est que le Burkina a intérêt à juger rapidement, dans l’équité, la transparence et dans les normes, Gilbert Diendéré et ses présumés  acolytes. Cela pourrait contribuer à sécuriser le Burkina en ce qu’il pourrait amener les putschistes à faire des révélations susceptibles de briser définitivement le rêve de tous ceux qui croient toujours à une restauration du système Compaoré. L’autre enseignement est que Blaise Compaoré, en tant qu’individu, est parti mais le pilier financier sur lequel reposait son régime, reste intact. Après s’être attaqué à son bras armé que représentait l’ex-RSP et après avoir invalidé la candidature de ceux qui l’avaient accompagné dans sa forfaiture, il reste à s’attaquer à son empire financier. Autrement, l’on peut être sûr que l’on n’est pas  au bout de nos surprises. Dans cet ordre d’idées, les amis du Burkina, les vrais, tous ceux qui savent que les individus sont éphémères et que seules les nations sont éternelles, doivent aider le pays des hommes intègres à tourner définitivement la page Blaise Compaoré et son clan en apportant leur contribution à l’effort de sécurisation du pays, entrepris par la Transition. A cet effet, tous les Burkinabè épris de démocratie et de liberté doivent jouer leur partition en termes de renseignements, sans pour autant tomber dans la délation contre-productive.

« Le Pays »

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9 commentaires

  1. Si réellement les éléments manquants de l’Ex-RSP constituent une menace sécuritaire, pourquoi ne pas publier leur liste et, au besoin, leurs photos? Peut-on dire que l’armée ignore jusqu’à leur identité?

  2. Il faut renforcer la sécurité du camp de gendarmerie de Paspanga. Le mode opératoire des djihadistes visait à libérer leur comparse arrêté par la gendarmerie de Samorogouan, l’empêcher de parler et détruire toute preuve pouvant les compromettre. Il faut donc craindre qu’ils n’organisent une expédition pour venir libérer leurs patrons enfermés à Paspanga. Trop de secrets dorment à Paspanga et il faut tout faire pour les diendéré parlent. Il faut aussi se méfier des français, mon intuition me dit qu’ils ne sont pas clairs.

    1. Tout à fait Anta. Surtout qu’un putschiste n’a pas droit à un Hotel 5 étoiles avant son procès. Nous ne sommes pas à la Haye, mais sur les rives du Kadiogo. Si des preuves restent à réunir pour Djibril Bassolet sur sa participation, ce qui permet de continuer à le considérer comme un Officier Supérieur; pour Diendréré, la messe est dite et n’eut été la complaisance de l’Etat Major, il serait déjà rétrogradé à « Lieutenant », le grade qu’il avait au moment de rentrer dans l’armée.

    2. Cher « anta »,
      Je suis Français, et je pourrai être offusqué par vos propos à l’encontre de mes compatriotes… Je ne peux cependant que vous donner raison… Je suis établi au Burkina Faso depuis le 02 août 1990… Cela fait vingt-cinq ans que j’essaie de comprendre la présence française en Afrique… Vingt-cinq ans de recherches, de réflexions et d’analyses… Ce que j’ai découvert de la « Françafrique » ne m’incite guère à être fier de mon pays… Alors, vous avez raison… Les motivation de bon nombre de Français établis au Burkina Faso sont loin de refléter la transparence ; particulièrement celles des agents diplomatiques et consulaires… Je dois cependant vous demander de ne pas vous livrer à un amalgame abusif… Je connais des Français qui, au Burkina Faso, sont réellement et de manière désintéressée engagés pour ce pays… Chaque peuple peut montrer au monde ce qu’il y a de pire … et de meilleur… Amitié.

      1. Oui Mr. Rabaste. Tous les Burkinabé ne sont pas des Diendéré. Et même tous les militants du CDP ne sont pas des Eddie ou des Leonce. Mais rassurez vous, je suis sûr que Anta a juste pris un raccourci pour exprimer les mêmes préoccupations que vous.

        1. Cher Francis,
          Je comprends bien les préoccupations de Anta… Cela fait plus de vingt ans que j’espérais la chute de Blaise Compaoré… Je ne peux, ici, en expliquer les raisons qui me sont très personnelles. J’ai, au début de l’an passé, « senti » que le moment était venu pour un changement salutaire… L’an passé, un de mes fils a manifester le souhait de me visiter, je lui ai recommandé de ne pas venir, sachant que « l’explosion populaire » était imminente… J’ai, en septembre 2014, demandé la nationalité burkinabé qui m’a immédiatement été accordée… Je voulais vivre les moments à venir avec un esprit et un cœur burkinabés Tout semble terminé et, pourtant, je suis inquiet… Blaise n’a pas dit son dernier mot… J’ai découvert que Diendéré a constitué des dépôts d’armes en Côte-d’Ivoire, que des mercenaires Ivoiriens ont été recruté par des « barons » du CDP… J’ai découvert que, dès novembre 2014, le Gal Benoît PIGA (chef d’État-major particulier de François Hollande, le Gal BETH (ancien Ambassadeur de France à Ouagadougou), Alassane Dramane OUATARA, Guillaume SORO et Blaise COMPAORE sont entrés en concertation… J’ai, dès janvier 2015, prévenu mes amis Burkinabé qu’un coup d’État pouvait être en préparation… Personne ne m’a cru… C’est arrivé… Blaise a subit deux échecs… Ma crainte, maintenant, est que Blaise applique au Burkina Faso la stratégie de Maurice BOZISE en République Centre-Africaine… Il a les moyens financiers d’armer les inconditionnels du CDP, et d’obtenir l’intervention de forces étrangères afin de déstabiliser durablement le pays… N’oublions pas qu’il jouit de l’appui inavoué de la France… Le peuple Burkinabé doit demeurer mobilisé et vigilant… Que Dieu protège le Burkina Faso…

  3. Bonjour, juste souligner un fait qui a mon sens aurait pu être passé sous silence. A la page 4 de votre journal n° 5955 de ce lundi 12 octobre, vous avez dans l’article sur l’attaque du poste de gendarmerie de Samoroguan mentionné le nom de Monsieur Traoré Aboubacar avec une photo de lui à l’appuie tout en transcrivant ses propos selon lesquels il serait prèt à collaborer avec les autorités.
    Premièrement, je pense que ce monsieur pourrait être en danger si le journal avec sa photo et ses propos tombait entre de mauvaises mains.
    Deuxièmement, vous le « griez » car sa collaboration avec les autorités pourrait être mise à mal avant même d’avoir commencé.
    Nous sommes en temps de crise, nous avons besoin de tous pour avoir des informations. Alors, je pense que vous devriez éviter d’afficher des photos de personnes qui pourraient le payer cher.
    Si vous permettez une suggestion, invitez plutôt les uns et les autres à collaborer avec les autorités, communiquez les numéros tel le 1010, le 17, le 80 00 11 45, le 16.
    Cordialement

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