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CINQ CHEFS D’ETAT DE LA CEDEAO AU CHEVET DU MALI  

Le tout n’est pas de parvenir à un accord

Arrivée hier, 23 juillet dans la matinée, à Bamako, la délégation de la CEDEAO composée des présidents Mahamadou Issoufou du Niger, Alassane Ouattara de la Côte d’Ivoire, Macky Sall du Sénégal, Muhammadu Buhari du Nigeria et Nana Akufo-Addo du Ghana, n’a pas perdu de temps pour entrer dans le vif du sujet qui les a conduits, toutes affaires cessantes, dans la capitale malienne. Après avoir installé leurs pénates dans un grand hôtel  de Bamako, les missi dominici de l’instance sous-régionale ont, tour à tour, reçu les protagonistes de la crise qui menace de plonger dans le précipice, le pays de Soundiata Kéita dont l’un des lointains descendants de par le patronyme, par ailleurs chef de l’Etat, est aux prises avec l’opposition décidée à écourter son séjour au palais de Koulouba. Ibrahim Boubacar Kéita alias IBK, puisque c’est de lui qu’il s’agit, a été le premier à être reçu par ses pairs qui se sont ensuite entretenus avec l’imam Mahmoud Dicko, guide spirituel et figure emblématique de la contestation, rejoint par l’opposition et des organisations de la société civile réunis au sein du M5-RFP dont des leaders étaient aussi de la rencontre.

 

L’importance de la délégation traduit déjà en elle-même l’ampleur et la profondeur de la crise

 

Objectif : mettre tout le monde d’accord sur un modus vivendi qui permette de sauver la paix dans ce pays déjà en proie au terrorisme, avec toutes les conséquences que l’on sait. Si l’importance de la délégation traduit déjà en elle-même l’ampleur et la profondeur de la crise, reste que la question fondamentale demeure l’issue de la médiation qui reste incertaine tant que les positions seront figées sur des revendications maximalistes. Dès lors, l’on est en droit de se demander de quoi va accoucher cette mission de haut niveau de la CEDEAO partie pour arracher un accord entre des adversaires en totale rupture de confiance. C’est pourquoi tout le monde reste suspendu à cette médiation de poids de cinq chefs d’Etat en exercice de la CEDEAO, qui passe, à bien des égards, pour celle de la dernière chance. Et avec ce déplacement du tiers des chefs d’Etat de l’organisation sous-régionale dans leur capitale, on espère que les Maliens eux-mêmes prendront conscience de la gravité de la situation et feront montre de supplément d’âme en rangeant leurs ego dans les placards, pour mettre l’intérêt supérieur du Mali au-dessus de toute autre considération. C’est dire s’il est impératif, pour la CEDEAO, de trouver un terrain d’entente entre les protagonistes.  Mais le tout n’est pas de parvenir à un accord.  Encore faudrait-il que dans sa mise en application, l’on puisse éviter les couacs et que chaque partie y mette du sien pour lui donner des chances de succès. Dans le cas du Mali, cela n’est pas gagné d’avance. On en veut pour preuve l’accord d’Alger signé depuis 2015 dans les conditions que l’on sait, et qui a, jusqu’aujourd’hui, toutes les peines du monde pour connaître un aboutissement.

 

Le risque est grand que l’on assiste à la même danse du tango qui a jusque là rythmé les accords d’Alger

 

 Et dans le cadre de l’éventualité d’un « accord de Bamako » sous l’égide de la CEDEAO dans le présent conflit, rien ne dit que les protagonistes ne trouveront pas plus tard prétexte de quelque chose pour déterrer à nouveau la hache de guerre. Autant dire que ces discussions doivent être empreintes de sincérité sur toute la ligne et si la CEDEAO parvenait à un accord, elle devrait pouvoir  s’attacher à commettre un comité de suivi avec les pleins pouvoirs de sévir contre les éventuels contrevenants. C’est à ce prix que l’on pourrait sortir le Mali de cette crise sociopolitique en pleine crise sécuritaire et se donner des chances de remettre le pays sur les rails. Autrement, le risque est grand que l’on assiste à la même danse du tango qui a jusque là rythmé les accords d’Alger, au grand dam du peuple malien qui se retrouve, dans tous les cas de figure, à être le dindon de la farce.  Bamako valait donc le déplacement de cinq chefs d’Etat de la sous-région car, derrière cette crise sociopolitique au sommet de l’Etat, c’est le sort de toute la région ouest-africaine en proie au djihadisme avec une idéologie islamiste rampante, qui se joue. Le Mali qui demeure l’épicentre de la crise sécuritaire au Sahel, n’est peut-être qu’un incubateur.En tout état de cause, avec cette nouvelle médiation de haut niveau de la CEDEAO, on espère que les lignes vont enfin bouger dans le bon sens. Il y va de l’intérêt du Mali et de celui de la sous-région tout entière.

 

 « Le Pays »

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