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ECHEC DE LA JUNTE DEVANT LA CEDEAO

Quelle marge de manœuvre pour Assimi Goïta et ses camarades ?  

Assimi Goïta et ses frères d’armes ne sont pas parvenus, au bout des 40 minutes d’exposé qui leur avaient été accordées, à convaincre le jury de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) siégeant à l’occasion à Accra et présidé par l’hôte de la session, le président Nana Akufo-Addo. Et pourtant, la junte malienne semblait avoir bien préparé cet oral qu’elle n’a pas réussi, en prévoyant plusieurs scenarii qui ont tous échoué à charmer les examinateurs du jour. Mais quelles étaient véritablement les chances des putschistes maliens de réussir cet examen de passage en se rendant au Peduassi Lodge ? A vrai dire, les chances étaient bien maigres. On peut même dire que Assimi Goïta et ses frères d’armes étaient condamnés d’avance car, ils ne pouvaient que compter sur les dissensions supposées ou avérées entre les chefs d’Etat de l’espace communautaire dont certains, sans applaudir la chute de l’ancien président Ibrahim Boubacar Kéita (IBK), n’ont pas montré beaucoup d’enthousiasme face à la « fatwa » des sanctions politiques et économiques lancée par la CEDEAO au lendemain du coup de force.

 

 

La CEDEAO ne pouvait pas déroger à ses propres principes

 

Peut-être la junte malienne pouvait-elle aussi se prévaloir d’une certaine légitimité populaire que leur apportaient les manifestations de rue à Bamako. Mais il en fallait plus pour faire démordre l’organisation communautaire qui avait toutes les raisons de ne pas lâcher prise. Et pour cause. D’abord la CEDEAO ne pouvait pas déroger à ses propres principes sans créer un précédent qui ouvrirait une nouvelle ère des coups d’Etat militaires en Afrique de l’Ouest. Ensuite, la légitimité populaire dont pouvait se targuer les auteurs du coup de force contre IBK, a pris un bon coup avec les dissonances qui se sont fait entendre entre eux et les leaders du Mouvement du 5 Juin (M5) dont une partie accuse ouvertement les militaires d’avoir opéré un passage en force dans l’adoption de la Charte de la Transition issue des concertations nationales. Enfin, il était devenu manifeste, au fil du temps, que le bataillon de Kati venu pour balayer le palais de Koulouba, entendait y installer ses pénates et pour longtemps.  L’un dans l’autre donc, il était à peu près certain que Nana Akufo-Addo que l’on sait attaché aux valeurs de la démocratie et qui est réputé ne pas avoir la langue dans la poche, n’hésiterait pas à renvoyer les militaires revoir leur copie. Et, le faisant, le nouveau président en exercice de la CEDEAO redore un tant soit peu le blason de l’organisation que l’on ne peut plus accuser d’avoir condamné les putschistes maliens sans les avoir entendus et leur offrir la possibilité de se défendre.  Cela dit, maintenant qu’elle a échoué à entrer dans les bonnes grâces de la CEDEAO et qu’elle a perdu le soutien d’une partie du M5, de quelle marge dispose encore la junte militaire malienne ? En tout cas, c’est peu dire qu’elle n’a pas l’embarras du choix. Elle ne peut que se résoudre, conformément aux orientations de la CEDEAO, à rouvrir le débat avec les forces vives de la Nation. Et là aussi, il faut le dire, le pari est loin d’être gagné d’avance. « Pour quelle raison ? », pourrait-on se demander.

 

Le compte à rebours semble avoir commencé pour la junte

 

La raison, bien évidente, est que le M5, ragaillardi par cet échec de la junte militaire à faire adouber par la CEDEAO la Charte de la Transition dont il dénonce le tripatouillage par les hommes en treillis, va indubitablement faire monter les enchères, surtout qu’il se prévaut de la légitimité d’être le véritable artisan de la chute de IBK. Sans nul doute, n’hésitera-t-il pas à réclamer de jouer les premiers rôles dans les organes de la Transition. Et même dans ce cas, rien ne garantit d’ailleurs que ce mouvement qui présente déjà des lignes de fissure pourrait taire ses intérêts divergents dans le choix des personnalités pour conduire la Transition. En face du M5, les membres de l’ancienne majorité qui, opportunément, sont aujourd’hui les premiers soutiens de la junte, ne se laisseront sans doute pas faire, au motif qu’ils disposent de la seule véritable légitimité démocratique, c’est-à-dire celle issue des urnes. En tout état de cause donc, l’on peut même se risquer à dire que si les Maliens ne prennent garde, c’est cette Transition qui aiguise tous les appétits, qui risque finalement de précipiter le pays dans le gouffre. Et celui qui pourrait finalement bien se marrer de la situation serait finalement IBK qui aura fini par refiler la patate chaude d’une nation divisée à ses tombeurs.  En attendant de voir donc la nouvelle feuille de route qui pourrait naître de cette foire d’empoignes et qui devra être en conformité avec les directives de la CEDEAO qui reste bien droite dans ses bottes dans ses exigences d’une transition civile, l’on peut se risquer à affirmer que le compte à rebours semble avoir commencé pour la junte.  Le temps que Assimi Goïta et ses frères d’armes avaient manœuvré pour en faire un allié, semble désormais contre eux. En effet, au fur et à mesure que les jours passent, les sanctions de l’organisation communautaire continuent d’asphyxier l’économie nationale et scient à petits coups le souffle des populations qui pourraient bientôt, à nouveau, se retrouver dans la rue. Et ce sera sans nul doute dans le même format que les manifestations de rue instrumentalisées pour soutenir la junte auxquelles l’on assiste aujourd’hui par moments.

 

« Le Pays »

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