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INCARCERATION DU PROCUREUR DE KANDI ET Cie POUR INTELLIGENCE AVEC UN GROUPE TERRORISTE

La Justice a-t-elle eu la main lourde ?

Le procureur, le premier substitut et le commissaire par intérim de la ville de Kandi, au Bénin, sous les fourches caudines de la Justice béninoise. Ils ont été placés sous mandat de dépôt, le 26 mai dernier, pour « intelligence avec un groupe de terroristes, abus de fonction et corruption ». Il leur est reproché d’avoir libéré un suspect présenté comme un agent de renseignement d’un groupe terroriste écumant le Parc W partagé par le Niger et le Burkina Faso. Le film des faits: le collabo en question est interpellé, le procureur de Kandi reçoit le dossier, le traite et… le classe sans suite. Mécontents, ceux qui sont à l’origine de l’interpellation, informent la hiérarchie judiciaire. Et tout va très vite ! L’équation paraissait pourtant bien simple : puisqu’il existe une Cour de répression des infractions économiques et terroristes (la CRIET) au Bénin, le procureur avait tout simplement la possibilité de transmettre le dossier à cette Cour spéciale créée en mai 2018. Qu’est-ce qui a donc décidé ce dernier à ignorer cette juridiction et à classer l’affaire ? En attendant que l’occasion leur soit donnée de s’expliquer à la barre, on peut s’interroger sur les réelles motivations de ces trois personnalités, qui, aux yeux de certains, exhalent de forts relents de corruption.

Le grand défi qui se présente à la Justice béninoise, est celui de travailler à soigner son image

En tout cas, dans un pays comme le Bénin où la Justice est encore loin de s’être construite une solide réputation en matière d’indépendance, ce serait prendre de gros risques que de parier sur l’intégrité et la probité de ses acteurs. Et si les accusations portées contre les trois principaux concernés, à l’issue du procès, étaient avérées, faudrait-il plaindre leur sort ? En tout état de cause, force est d’admettre que toute action visant à défendre ou à protéger un terroriste, surtout dans ce contexte d’insécurité actuel lié au terrorisme, relève d’un acte hautement condamnable qui mérite d’être traité comme tel.  Pour leur part, et c’est de bonne guerre, les avocats des mis en cause estiment que le manquement reproché à leurs clients, aurait, tout au plus, pu être puni sur le plan administratif. Cette détention provisoire peut-elle être alors considérée comme une sanction lourde ? Rien n’est moins sûr.  Mais quelle que soit l’issue du procès, le grand défi qui se présente à la Justice béninoise, est celui de travailler à soigner son image dont la qualité reste pour le moins discutable.

« Le Pays »

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