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INHUMATION RAPIDE ET DESCRETE DE MORSI

Haï jusqu’à son cadavre !

Décédé le 17 juin 2019 d’une crise cardiaque, l’ancien président égyptien, Mohamed Morsi, a été enterré à la sauvette et dans la plus grande discrétion, à l’Est du Caire. C’était le 18 juin dernier, en présence de sa famille et cela sous le regard bienveillant, pour ainsi dire, d’un impressionnant dispositif sécuritaire. Tous ceux qui rêvaient donc d’obsèques nationales pour celui-là qui a dirigé l’Egypte pendant moins de deux ans après le printemps arabe, doivent vite désenchanter. Morsi est haï jusqu’à son cadavre si bien qu’il n’a même pas eu droit aux larmes de crocodile de son tombeur, le maréchal Al-Sissi. Le comble, c’est que redoutant que le lieu d’inhumation du désormais ex-mentor des Frères musulmans, ne devienne un lieu de pèlerinage, les autorités égyptiennes n’ont pas donné la possibilité à la famille du défunt de l’enterrer dans son village. Et ce n’est pas tout. Pour parer à toute éventualité, l’état d’urgence en vigueur depuis plusieurs années dans le pays, a été davantage renforcé ; en témoigne le déploiement des forces de l’ordre dans les principales villes du pays, notamment dans la province du delta du Nil, connue pour être le fief du défunt président. C’est la preuve donc pour ceux qui en doutaient encore, que jusqu’à la tombe, Morsi dérange ; d’où la fébrilité dont font montre les autorités égyptiennes.

Ne serait-ce que par devoir de gratitude, Al-Sissi devrait honorer la mémoire du natif du delta du Nil

Mais à vrai dire, pour avoir été chef d’Etat, le successeur de Hosni Moubarak ne mérite pas le traitement qui lui a été réservé après sa mort, eût-il été un dictateur. Car après tout, les morts, en Afrique, méritent respect ; c’est ce qui explique que très rarement, on parle mal de ceux qui ne sont plus de ce monde. Et le président Al-Sissi se devait d’accorder une sépulture digne à Morsi, cela d’autant qu’il doit son ascension fulgurante dans l’armée à ce dernier dont il fut le ministre de la Défense entre 2012 et 2013. Ne serait-ce que par devoir de gratitude, il devrait honorer la mémoire du natif du delta du Nil. Car, dictateur pour dictateur, on ne sait pas qui de lui et de Morsi aura fait plus de torts à l’Egypte. Pour les organisations de défense des droits de l’Homme, la question ne se pose pas. D’autant plus que sous le magistère d’Al-Sissi, l’Egypte est devenue un goulag à ciel ouvert, tant on emprisonne à tour de bras. Le pire, c’est que les conditions de détention sont le plus souvent jugées « inhumaines ». C’est ce qui explique que longtemps malade, Morsi n’a pas eu droit à des soins médicaux adéquats jusqu’à ce que se produise l’irréparable. En clair donc, la mort de Morsi a été provoquée pour ne pas dire savamment orchestrée par le pouvoir du Caire qui trouve là une occasion de se débarrasser d’un prisonnier encombrant. Cela dit, « l’enquête minutieuse et indépendante » que réclame l’ONU, risque de rester sans suite étant donné que dans le cas d’espèce, les coupables sont déjà connus. Mais que le président Al-Sissi se le tienne pour dit : çà n’arrive pas qu’aux autres, surtout qu’ici bas, nul ne connaît ni l’heure, ni le jour, ni les circonstances de sa mort. Le bien comme le mal que nous faisons à autrui, pourrait nous rattraper tôt ou tard.

Boundi OUOBA

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