JOURNEE NATIONALE DU PAYSAN : Les éditions se suivent et se ressemblent

JOURNEE NATIONALE DU PAYSAN : Les éditions se suivent et se ressemblent

Les 12 et 13 mai derniers, Kaya, la capitale de la province du Sanmatenga et de la région du Centre-Nord, a offert son hospitalité au monde paysan. Cette édition-ci est la 20e du genre de la JNP (Journée nationale du paysan). C’est donc à juste titre que les acteurs ont marqué un arrêt pour faire le bilan de ces 2 décennies d’existence et s’interroger sur les perspectives. A priori, il est difficile de nier la pertinence de la mise en place de la JNP. Car, elle offre une opportunité aux acteurs du domaine de se retrouver autour des décideurs pour évoquer de vive voix et en live leurs préoccupations, afin d’y trouver des débuts de solution. De ce point de vue, l’on peut dire que ceux et celles qui en ont eu l’initiative, sont à féliciter. Leur mérite est d’autant grand que les paysans comptent pour plus de 80% de la population active au Burkina. Il est donc légitime que l’Etat leur consacre une journée. Mais l’on peut s’interroger sur l’efficacité d’une telle institution. Autrement dit, l’on peut se poser la question de savoir si la JNP contribue véritablement à tirer le monde paysan vers le haut. L’on peut en douter. A l ‘analyse, en effet, l’on peut avoir l’impression que la JNP profite beaucoup plus à cette sorte d’aristocratie paysanne qu’à l’écrasante majorité des paysans. Car, pendant que les premiers se partagent par exemple les tracteurs et autres équipements agricoles modernes acquis grâce à l’argent du contribuable et à la générosité des partenaires de l’Etat, les seconds ahanent encore dans leurs champs avec des outils aratoires dignes du Moyen Âge pour subsister. Et à ce partage léonin des moyens mis à la disposition du monde paysan, s’associent parfois des hommes politiques et des agents indélicats des ministères en charge de l’Agriculture. La conséquence immédiate est que les aides et autres subventions de l’Etat ne parviennent pas aux vrais destinateurs. Et cela n’est ni plus ni moins qu’un détournement. Mais de cela, aucune JNP n’en parle. Et l’on peut comprendre  le pourquoi. En effet, de par le passé, les personnes qui tenaient le crachoir à l’occasion des JNP,  étaient habilement sélectionnées de sorte à éviter les sujets qui fâchent. A cette édition, les choses ont quelque peu évolué, puisque la parole était libre et était donnée à qui voulait la prendre à l’étape des questions directes au chef de l’Etat.

 

Trouver des solutions dans la durée

 

Le premier intervenant, sur le ton d’un croquant, en a profité pour vider son cœur. En effet, il s’est insurgé contre les dirigeants des structures faîtières du monde rural. Dans la foulée, il a dénoncé le manque d’alternance au niveau de ces organisations. Et de conclure que tant que la rupture ne va pas s’opérer à ce niveau, rien ne va évoluer à la JNP. Ce réquisitoire est le signe que la JNP couve des problèmes et non des moindres, toute chose qui vient corroborer ce qui a été dit plus haut. Et si le politique rechigne à secouer véritablement le cocotier, c’est que quelque part, il y  trouve son compte. En effet, dans le contexte de notre pays, tout le monde sait que les paysans constituent un véritable enjeu électoral. C’est pour cette raison, peut-on dire, qu’il ne viendra à l’esprit d’aucun homme politique de supprimer la JNP, bien que son manque d’efficacité saute à l’œil nu. Toujours au titre des grands reproches que l’on peut lui faire, il y a le fait que les recommandations et grandes décisions prises à chaque édition, ne sont jamais suivies d’effets. Et il ne pouvait pas en être autrement, puisque cela est le cadet des soucis des organisateurs. Dans le même registre, l’on peut mettre la périodicité de la tenue des JNP. Et cela, Roch Marc Christian Kaboré l’a reconnu. Morceau choisi : « Entre deux JNP, les délais sont relativement courts pour la mise en œuvre des engagements. C’est pourquoi je pense que nous pouvons retenir l’idée  que nous puissions faire cette rencontre de façon biennale ». Cette formule est véritablement la plus grande innovation de cette édition. Va-t-elle produire des effets de manière à faire désormais de la JNP un outil de développement au service de la nation en général et de l’immense majorité silencieuse que représentent les paysans en particulier ?  On ose y croire. Car, jusque-là, l’on peut avoir l’impression que les éditions de la JNP se suivent et se ressemblent. L’on se réunit à coûts de millions de F CFA pour se défouler. A l’occasion, l’on prend des décisions qui n’engagent que ceux qui y croient. Or, l’on n’a pas forcément besoin de ces grand-messes pour diagnostiquer les vrais maux dont souffre le monde rural. Tout le monde les connaît, à commencer par le gouvernement. L’on peut donc lui suggérer de faire  l’économie de la vaste comédie et de la grande diversion auxquelles s’apparente la JNP, pour leur trouver des solutions dans la durée.

 

SIDZABDA

 

 

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