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LE DIRECTEUR DE CABINET DU PRESIDENT CONGOLAIS A LA BARRE

La preuve par le procès du « plus rien ne sera comme avant »

Sauf report de dernière minute, c’est aujourd’hui, 11 mai 2020, que le directeur de cabinet de Félix Tsishekedi et président de l’Union pour la nation congolaise (UNC), Vital Kamerhe, sera face aux juges du tribunal de grande instance de la Gombé, à Kinsasha, pour répondre des faits de détournement de deniers publics qui lui sont reprochés. Le magistrat instructeur du dossier ayant retenu cette infraction à charge du puissant bras droit politique du président congolais, c’est une saga judiciaire qui s’ouvre en République démocratique du Congo (RDC). Car l’affaire ne s’arrêtera certainement pas à la probable condamnation en première instance de l’accusé, mais connaîtra sans doute des rebondissements sur le plan judiciaire et des secousses sur le plan politique. Car, au-delà de la responsabilité réelle ou supposée de Kamerhe dans le détournement de plus de 50 millions de dollars américains, c’est l’avenir politique de cet homme qui aurait trempé sa barbichette dans de nombreuses affaires de corruption, qui sera en débat devant les juges. Rappelons, en effet, qu’à la faveur du deal de gouvernance qu’il a conclu avec le président Félix Tsishekedi à Nairobi, quelques semaines avant la dernière présidentielle, l’actuel pensionnaire de la tristement célèbre prison centrale de Makala devait être le candidat de la coalition au pouvoir, au prochain scrutin prévu en 2023. Mais cet espoir pourrait s’évanouir définitivement dans la forêt équatoriale d’autant qu’en RDC, toute condamnation pour corruption, prive le coupable de la possibilité de se présenter à la magistrature suprême. C’est, du reste, cette éventualité qui commence à faire des vagues au sein de la coalition au pouvoir, le parti de Vital Kamerhe pointant du doigt une entourloupe du parti présidentiel pour « neutraliser » son chef, devenu le chien à abattre de certains responsables de l’UDPS de Tsishekédi, comme Jean-Marc Kabund et Augustin Kabuya, respectivement président intérimaire et Secrétaire général du parti présidentiel.

C’est peut-être une ère nouvelle qui s’ouvre dans ce pays

Faux, s’insurgent les proches du président qui s’étonnent de la fébrilité des partisans de leur allié politique, qui devraient plutôt se soucier de la survie de leur parti qui commence déjà à se déchirer ; certains responsables de l’UNC appelant ouvertement à tourner la page Kamerhe en raison de la lourdeur des charges et de la robustesse des preuves détenues contre lui par le parquet général. Cette implosion en perspective de l’UNC et la descente aux enfers quasi inévitable de son chef d’orchestre, ne feraient pourtant pas forcément l’affaire du président Tshisekedi, car elles fragiliseraient la coalition qui a été déterminante dans la victoire de ce dernier à la présidentielle de l’année dernière et du coup, ouvrirait de nouveau les portes du Palais de marbre à la plateforme politique formée par l’ancien président Joseph Kabila qui détient depuis les dernières législatives, la majorité absolue à l’Assemblée nationale. Au regard donc des enjeux politiques liés au feuilleton judiciaire en cours, on assistera sans doute, dans les prochaines semaines, à une partie de poker menteur dont les Congolais sont les champions du monde, avec une recomposition des alliances sur fond de guerre de positionnement avec les élections de 2023 en ligne de mire. Une chose est sûre, à moins d’un extraordinaire retournement de situation, cette partie se jouera sans l’intrigant et très controversé Vital Kamerhe, qui va certainement payer cash sa réelle ou supposée sans doute cupidité gargantuesque. C’est une leçon de vie de belle facture pour le natif de Bukavu, mais c’est aussi et surtout une expérience inédite et peut-être une ère nouvelle qui s’ouvre dans ce pays où le clientélisme et les passe-droits étaient quasiment légalisés. Chapeau bas au président congolais qui a su se mettre au-dessus de la mêlée pour livrer un alter ego à la Justice, comme pour prouver à ses compatriotes que « plus rien ne sera comme avant » en République démocratique du Congo. Coup de pub ou coup de bluff, on appréciera cette opération de largage sans parachute de son directeur de cabinet en fonction de la suite qu’il donnera aux nombreux dossiers de malversations qui concernent de hautes autorités anciennes ou actuelles. 

Hamadou GADIAGA

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