LEONCE KONE, MEMBRE DU HAUT CONSEIL DU CDP « Il est prématuré de dire que Kadré Désiré Ouédraogo s’affiche en indépendant »

LEONCE KONE, MEMBRE DU HAUT CONSEIL DU CDP  « Il est prématuré de dire que Kadré Désiré Ouédraogo s’affiche en indépendant »

C’est peu de dire que la candidature annoncée de Kadré Désiré Ouédraogo à la présidentielle de 2020, a eu l’effet d’une bombe au sein du CDP. En effet, depuis sa première sortie officielle, le 16 février dernier à Bobo-Dioulasso, la tension est vive au sein de l’ex-parti au pouvoir dont certains cadres lui apportent leur soutien. Parmi eux, il y a Léonce Koné qu’on ne présente plus. Dans cet entretien de Mardi politique, il donne les raisons de son rapprochement à l’ancien Premier ministre de Blaise Compaoré, qui n’aurait pas, selon certains, la carte du parti. Lisez plutôt !

« Le Pays » : Vous êtes l’un des soutiens de Kadré Désiré Ouédraogo. Comment avez-vous accueilli l’annonce de sa candidature à la présidentielle de 2020 ?

Léonce Koné (L.K) : J’ai accueilli cette annonce publique avec enthousiasme et optimisme. Elle marque, en quelque sorte, l’officialisation de la décision qui a été prise par Kadré Désiré Ouédraogo de se présenter à la présidentielle de 2020, en réponse aux appels multiples et pressants qui lui ont été adressés durant les mois précédents par des citoyens burkinabè, à travers des initiatives individuelles ou collectives. Ces nombreux partisans avaient besoin d’entendre une réponse claire, précise et ferme de sa part. Cela est maintenant chose faite. J’ai été impressionné par l’ampleur de la mobilisation populaire que l’on a pu voir à la Maison de la Culture de Bobo-Dioulasso à cette occasion, ainsi que par la ferveur de l’assistance. Cela montre bien que cette candidature répond à une forte attente. J’ai vu des commentaires un peu cyniques et malveillants à ce sujet, qui tendent à dire que les citoyens qui s’étaient mobilisés pour cette circonstance, avaient été payés pour cela. C’est peut-être ainsi que les choses fonctionnent dans certains cercles où l’on traite les citoyens comme du bétail électoral. Ce n’était pas le cas à Bobo-Dioulasso le 16 février. Lorsque Kadré Désiré Ouédraogo a dit, dans son discours, qu’il souhaitait que l’on fasse de la politique autrement, en restaurant les valeurs qui fondent notre société, c’est aussi de cela qu’il voulait parler : du respect de la liberté d’opinion des citoyens, de leur maturité et de leur dignité.  Vous avez sans doute appris aussi qu’en marge de cette assemblée, Kadré Désiré Ouédraogo a rendu des visites de courtoisie à diverses personnalités qui incarnent à Bobo, les valeurs coutumières, religieuses et civiques. Au-delà des propos aimables qui sont échangés dans ce genre de circonstances, nous avons pu noter de la part de ces personnalités, qu’elles percevaient l’annonce de cette candidature comme le signe d’un grand espoir pour le Burkina Faso. La spontanéité de ces déclarations me confirme que cette candidature répond à l’attente d’une grande partie de la population. Cela dit, il s’agit d’une élection. Le parcours jusqu’en octobre 2020 ne fait que commencer. Il sera long et vraisemblablement semé d’embûches. Mais il vaut la
peine d’être engagé et conduit jusqu’à son terme. Ensuite, le peuple burkinabè décidera.

Il revient que certains de ses soutiens ont été déçus à l’issue de la cérémonie de lancement de sa candidature à Bobo parce que, dit-on, il n’a fait aucune mention ni au CDP ni à Blaise Compaoré. Quel commentaire en faites-vous ?

A ma connaissance, ces critiques émanent plus de commentaires formulés sur les réseaux sociaux, que de frustrations qui auraient été exprimées par les participants de la rencontre de Bobo. En tout cas, je n’ai rien entendu de tel sur place. Et comme vous le savez, il y a eu des critiques en ce sens diamétralement contraires, disant que les organisateurs de la rencontre avaient usé de subterfuges en prétextant que celle-ci se tenait sous l’égide du CDP et en se prévalant d’un soutien de Blaise Compaoré pour appâter l’électorat fidèle à l’ancien président. Tout cela relève de l’agitation fébrile et désordonnée des gens qui ont choisi de s’opposer systématiquement à la candidature de Kadré Désiré Ouédraogo, en faisant feu de tout bois. Cette rencontre ne réunissait pas une instance du CDP. Il n’y avait donc pas de raison de mentionner le CDP d’autant qu’un grand nombre des soutiens de Kadré Désiré Ouédraogo, n’appartient pas à ce parti. Quant à la bagarre sur le prétendu choix de Blaise Compaoré, je la trouve déplacée et puérile. L’élection présidentielle est une circonstance grave et sérieuse dans laquelle un candidat, armé de ses qualités propres et de son programme de société, se présente devant le peuple burkinabè pour lui offrir ses services. Ce n’est pas un mandat par procuration. Donc, il est normal que Kadré Désiré Ouédraogo se présente devant les citoyens burkinabè, de manière responsable, en prenant des engagements sur sa propre personne. Cela étant, je puis vous assurer que ses relations avec le président Compaoré, dont il a été le Premier ministre pendant 5 ans, sont fondées sur une confiance et estime mutuelles qui ne souffrent d’aucun nuage. Donc, c’est un mauvais procès de dire que Kadré Désiré Ouédraogo a annoncé sa candidature en se prévalant du soutien de Blaise Compaoré. Le respect que nous portons au Président Compaoré commande que nous le tenions à l’écart de ces controverses et de ces manœuvres de positionnement, qui ne font pas honneur à la politique. Ce n’est pas du côté des partisans de Kadré Désiré Ouédraogo que l’on trouve des gens qui publient tous azimuts les photos qu’ils ont pu prendre avec Blaise Compaoré ou les membres de sa famille. Cette utilisation abusive de l’image de l’ancien président est indécente. Vous pensez bien que le président Compaoré, qui est un homme courtois et ouvert, reçoit aussi d’autres personnes, qui ne jugent pas utile d’en faire étalage. Ce n’est pas cela l’enjeu de l’élection présidentielle.

Pourquoi soutenir la candidature de Kadré Désiré Ouédraogo ?

D’abord, pour des raisons objectives qui tiennent essentiellement à ce qu’il rassemble sur sa personne des qualités et des atouts qui me font penser qu’il est en mesure de créer et de conduire la dynamique de renouveau dont notre pays a besoin actuellement. C’est un homme d’Etat expérimenté, connu et respecté au Burkina, comme à l’étranger. Il a été Premier ministre du Burkina durant une période qui a été marquée par de vives tensions, dont les séquelles subsistent aujourd’hui. Je crois qu’il a laissé le souvenir d’un Chef du gouvernement sérieux, intègre, compétent, à la fois ouvert et capable de faire preuve d’autorité. Par son parcours professionnel, il a acquis, de première main, une bonne connaissance du fonctionnement de l’économie nationale, régionale et mondiale : les enjeux de la politique économique nationale, de l’intégration sous-régionale, du commerce mondial, la problématique de la création de la monnaie unique de la CEDEAO, etc. Il est aussi, par tempérament et par choix, un homme de dialogue, qui place la réconciliation des Burkinabè au premier rang de ses priorités. J’ai pu observer que ces qualités lui permettent de rassembler des soutiens qui transcendent les clivages politiques et partisans. Sa candidature est elle-même un facteur de rassemblement au plan national, si l’on met de côté la petite poussée de fièvre qu’elle a suscitée au sein de la direction du CDP. Il s’ensuit que son élection pourrait favoriser une véritable réconciliation, en ouvrant la page d’une pacification des mœurs politiques et sociales dans notre pays. Pour autant, je ne dis pas qu’il est un homme providentiel. Lui-même n’a pas cette prétention. Ce que j’ai retenu de sa démarche, c’est qu’il se considère, modestement, comme le catalyseur d’un rassemblement de citoyens burkinabè animés de la volonté d’unir leurs efforts pour tirer le pays de l’ornière, en sortant des sentiers battus et en surmontant les divisions inutiles pour se concentrer sur l’intérêt supérieur d’un pays qui est au bord du gouffre. Ce parti pris de l’humilité, venant d’un homme qui a un parcours prestigieux, est aussi une qualité majeure, par les temps qui courent.

D’aucuns disent qu’à l’heure actuelle, il n’a même pas la carte de militant du CDP. Vous confirmez ?

C’est ridicule. C’est un fait que ses fonctions internationales l’ont tenu pendant une certaine période, éloigné des activités du CDP. Il a été élu député sur la liste du CDP, en 1997, avant d’être remplacé à ce poste par son suppléant, lorsqu’il a été confirmé comme Premier ministre. Il est actuellement membre du Bureau politique national du CDP. Je veux croire que ces déclarations sectaires n’émanent pas de voix autorisées au sein de la direction du parti.

Vous Léonce Koné, Boureima Badini et Salia Sanou en tant que cadres du CDP, qui soutenez Kadré Désiré Ouédraogo qui s’affiche comme un candidat indépendant, n’est-ce pas une manière de vous auto-exclure du parti ?

D’abord, il est prématuré de dire que Kadré Désiré Ouédraogo s’affiche comme un candidat indépendant, si vous l’entendez au sens de candidat qui n’est pas investi par une formation politique reconnue. Cette question n’est pas tranchée. Il est membre du CDP et plusieurs militants de ce parti aspirent à ce qu’il soit le candidat de leur formation, parce qu’ils considèrent que sa stature lui offre des chances sérieuses de gagner cette élection. Mais sa candidature est soutenue également par des citoyens très engagés qui ne sont pas membres du CDP et entendent prendre une part active à ce projet politique qui, à leurs yeux, transcende les clivages partisans. Il faudra donc trouver une formule efficace pour concilier et coordonner ces aspirations diverses. Pour ce que je sais, les options restent ouvertes pour l’instant sur la forme que prendra sa candidature. Rien ne presse à cet égard, car l’élection est dans plus de deux ans et il vaut mieux se donner le temps d’organiser les choses sérieusement. C’est du moins ce que je pense, car tout cela dépend de ce que décidera Kadré Désiré Ouédraogo. C’est lui qui est candidat.
Maintenant, il y a la question de la multiplicité éventuelle des candidatures au sein du CDP, qui ne devrait pas être abordée à mon avis en termes conflictuels, avec des anathèmes et des manœuvres d’intimidation. C’est une chance pour le CDP de compter en son sein plusieurs personnalités « présidentiables ». Outre Kadré Désiré Ouédraogo, dont les intentions sont clairement affichées, j’entends parler de Juliette Bonkoungou, de Eddie Komboïgo et parfois de Mélégué Traoré. Chacune de ces personnalités (et il y en a sans doute d’autres) ferait un candidat sérieux à l’élection présidentielle, quelle que soit par ailleurs leur envergure personnelle. Cette pluralité des candidats possibles est un indice de la richesse des ressources humaines dont dispose le CDP pour compétir au plus haut niveau des responsabilités politiques. Je ne vois rien de mal à ce que ceux des cadres du CDP qui en ont la volonté, déclarent leur intention de se présenter à l’élection présidentielle. On n’a pas besoin, pour cela, d’attendre l’autorisation de quelqu’un. Pas plus que les militants qui souhaitent manifester leur soutien à l’un ou l’autre de ces candidats n’ont besoin de la permission de quiconque. C’est ainsi que fonctionnent les systèmes démocratiques. A ma connaissance, le parti n’a ni désigné son candidat, ni même défini les modalités de ce choix. Lorsque ce moment viendra, il sera temps d’apprécier si les positions prises par tel ou tel militant sont compatibles ou non, avec la discipline du parti et les conséquences qu’il y a lieu d’en tirer. Notre parti fait l’apprentissage de la démocratie interne dans un domaine où les choses étaient plus simples par le passé, parce qu’il y avait un candidat naturel dont l’investiture allait de soi. Aujourd’hui, la situation est différente. Il est temps de faire preuve de lucidité, en regardant l’intérêt du pays, qui est également, par la force des choses, celui du CDP.
Je peux comprendre que ces sujets soulèvent des questions et des appréhensions au sein du parti. Mais nous devons les aborder avec intelligence, en ayant à l’esprit qu’au stade ultime de ce processus électoral, nous devrons nous asseoir ensemble, avec d’autres partenaires, pour voir comment nous pouvons unir nos forces, pour remporter ce scrutin et créer une alternance, qui ne sera pas la restauration d’un ordre ancien, mais marquera un renouveau de la vie politique du pays. Tout le monde a sa place dans une telle entreprise.

Il se susurre que Kadré Désiré Ouédraogo est utilisé pour casser le CDP (sa candidature étant soutenue par des cadres du CDP) afin de favoriser le MPP en 2020. Qu’en dites-vous ?

Vous ne devriez pas prêter attention à certains susurrements, qui sont ineptes en eux-mêmes. Peut-on imaginer un seul instant que cette hypothèse soit plausible ? Je sais que la vie politique burkinabè n’est pas exempte d’intrigues compliquées et perfides, qui réussissent même parfois. Mais les adeptes de ces pratiques se recrutent ailleurs que dans l’entourage de Kadré Désiré Ouédraogo qui, sans être naïf, tient à ce que la politique obéisse à une certaine éthique. Vous savez, j’entends dire aussi que le projet de candidature d’autres membres du CDP s’inscrit dans une stratégie bâtie de connivence avec le MPP. Je préfère ignorer ces rumeurs de coups tordus. Si elles sont fausses comme je le pense, elles mourront de leur propre épuisement. Si elles sont vraies, nous en verrons le dénouement le moment venu, au grand jour.

Que feriez-vous si Blaise Compaoré portait son choix sur un autre candidat que Kadré Désiré Ouédraogo ?

C’est une drôle de question. Si tel était le cas, j’en prendrais acte. Pourquoi voulez-vous que cela m’amène à faire quelque chose de spécial ? Je sais que le président Compaoré a toujours respecté la liberté d’opinion de chacun.

A ce propos, avez-vous une idée de ce que Blaise Compaoré pense de la candidature de Kadré Désiré Ouédraogo ?

Je n’ai aucun mandat pour dire ce que pense le Président Compaoré de la candidature de Kadré Désiré Ouédraogo. S’il souhaite faire connaître aux instances du CDP ses recommandations à ce sujet, il le fera au moment et dans la forme qu’il jugera opportuns. Vous savez, le Premier ministre, Kadré Désiré Ouédraogo, s’est toujours gardé scrupuleusement de faire la moindre allusion aux entretiens qu’il a pu avoir avec le président Compaoré, au sujet de sa candidature, par mesure de courtoisie et de bienséance. Cela n’a pas empêché qu’on lui fasse le reproche injustifié de s’être prévalu du soutien du président Compaoré pour mobiliser des gens lors de la récente rencontre de ses partisans à Bobo-Dioulasso. Alors, ce n’est pas moi qui vais commencer à pérorer dans la presse sur ce que le président Compaoré a dit, ou n’a pas dit.

Vous seriez à l’origine de la résolution selon laquelle le candidat du CDP à la prochaine présidentielle, sera désigné par Blaise Compaoré. Ne trouvez-vous pas cela bizarre ?

Vous savez, jusqu’au Congrès de 2018, la pratique était de désigner le Président Compaoré sous le vocable de « Fondateur », sans qu’on sache vraiment quelles prérogatives recouvrait cette appellation, en dehors du fait qu’elle exprimait sa position de leader du CDP. A la fin des travaux de la Commission ad hoc que je présidais, mes camarades de cette commission et moi avons voulu simplement préciser le rôle et les prérogatives du Président Compaoré dans le fonctionnement du parti. Le Congrès, à travers une résolution, lui a conféré le titre de Président d’honneur, en même temps qu’il a précisé les attributions attachées à ce titre. Parmi celles-ci figure, en principe, la possibilité pour le Président d’honneur de faire des recommandations sur les sujets importants de la vie du parti et, entre autres, sur la question du choix du candidat du parti pour l’élection présidentielle. Je ne trouve pas cette disposition bizarre, comme vous le dites. Elle est conforme aux réalités de la vie du parti et parfaitement compatible avec un fonctionnement démocratique. Les militants du CDP, dans leur grande majorité, restent attachés au leadership du président Compaoré et veulent connaître sa position, ou son avis, chaque fois qu’ils sont confrontés à des questions importantes. Il me semble qu’en général, le Président cherche à concilier les points de vue, de manière à préserver la cohésion du parti, en laissant libre cours aux délibérations de ses organes. Mais cela ne lui interdit pas de donner son point de vue ou des conseils, sur les solutions qu’il juge meilleures pour le pays et le parti.

Avez-vous un problème personnel avec le président du CDP, Eddie Komboïgo ?

Non, je n’ai aucun problème personnel avec Eddie Komboïgo. Sauf à considérer que le fait de lui préférer un autre candidat pour l’élection présidentielle est une position qui relève d’une animosité personnelle. Or, tel n’est pas le cas. L’élection présidentielle n’est pas un acte de figuration. C’est un acte qui met en jeu l’intérêt et l’avenir du pays tout entier. Face à cet enjeu, je pense que, raisonnablement, Kadré Désiré Ouédraogo est le meilleur choix, à la fois pour le CDP et pour le pays. Mais je peux comprendre que d’autres militants et d’autres citoyens aient un avis différent que je respecte.

Il ressort que vous êtes à l’origine de tous les problèmes que connaît actuellement le CDP à cause de votre « obsession du tout sauf Eddie » (sic). Qu’en dites-vous ?

Je ne nourris aucune obsession de ce type. Je suis suffisamment absorbé, à la fois par mon engagement dans le soutien de la candidature de Kadré Désiré Ouédraogo et par les audiences du Tribunal militaire. Cela me tient éloigné actuellement de la vie du parti et en particulier de l’activité du Haut conseil, dont je suis membre. J’ai quelques échos sur la polémique que suscite le fait, pour des membres du parti, d’afficher leur soutien à des candidats pour l’élection présidentielle, sans attendre une sorte d’autorisation qui leur viendrait de je ne sais qui. Je note que pendant ce temps, le Président du parti est engagé dans une campagne active, qui est à peine déguisée. Alors, je pense qu’il faut taire ces querelles inutiles et revenir à un fonctionnement plus respectueux de la liberté des militants d’avoir et de défendre leur opinion. Je vous le dis comme je le pense : pour moi, la question de l’élection présidentielle, dans le contexte actuel du Burkina, est un sujet qui interpelle la conscience citoyenne de chaque Burkinabè, avant d’être une question partisane. Ramener cela à une histoire d’hostilité personnelle envers Eddie Komboïgo n’a aucun sens. L’enjeu de cette élection est la survie de notre pays, en tant que Nation unie, en tant qu’Etat organisé, capable d’assumer ses obligations à l’égard des citoyens et de leur offrir l’espoir d’un avenir meilleur. Alors, cela dépasse les petites querelles d’ego.
Pour le reste, je souhaite que le CDP retrouve une plus grande cohésion interne. Cela passe par le respect des militants, la courtoisie dans les débats internes, la solidarité mutuelle, la dignité dans les comportements. Je me suis senti humilié de voir devant le Tribunal militaire des cadres du CDP s’accuser mutuellement pour se tirer d'affaire, avant d’aller s’asseoir ensemble pour gérer les affaires du parti. Je pense que les dirigeants du parti devraient se concentrer sur ces sujets, au lieu de les aggraver en y ajoutant une chasse aux sorcières, inutile et vaine, contre les militants qui se déclarent favorables à la candidature de Kadré Désiré Ouédraogo.

Votre gestion à la tête du directoire et du comité ad hoc du CDP est pointée du doigt. Que s’est-il réellement passé au point que vous auriez dit n’avoir aucune explication ni de comptes à rendre à quelqu’un ?

C’est un comble. J’ai bien noté de temps à autre une tendance de la part de certaines personnes à minimiser, voire à décrier l’activité qu’a exercée le Directoire, en 2014 et 2015, à un moment où le CDP était ébranlé jusque dans ses fondements. Je ne tire aucune gloriole d’avoir présidé ce Directoire, qui a redonné vie au parti, dans des circonstances périlleuses, parce que j’ai pleinement conscience que ce fut une œuvre collective, à laquelle ont participé activement de nombreux cadres et militants du CDP, qui ont fait preuve de constance dans leur engagement et de témérité face au danger. Il en est de même pour la Commission ad hoc, qui a eu pour tâche de réorganiser les structures du CDP et de relancer ses activités en 2016 et 2017, à un moment où les organes statutaires connaissaient des difficultés de fonctionnement patentes. Là aussi, ce fut un travail collectif dont le mérite revient aux militants qui se sont mobilisés pour redresser leur parti, alors que d’autres avaient choisi d’observer un repli désabusé ou craintif, pour formuler les choses de manière pudique. C’est grâce au travail de ces deux organes que le parti a ressuscité de ses cendres, au sens propre comme au sens figuré. Je n’en étais que l’un des membres, même si je les ai dirigés du mieux que j’ai pu. Je partage la fierté de cette lutte pour la survie avec tous ceux qui y ont pris part et ils furent nombreux. Après des circonstances comme celles-ci, il n’est peut-être pas utile de rouvrir les plaies en cherchant à élucider le pourquoi et le comment du comportement de chacun. Mais il est malvenu que ceux qui ont failli, se posent en donneurs de leçon. Tournons la page et allons de l’avant en essayant de tirer des enseignements de ce passé.

Interview réalisée par Drissa TRAORE

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