NOMINATION D’UN MEDIATEUR DANS LA CRISE GAMBIENNE : Jammeh joue les prolongations

NOMINATION D’UN MEDIATEUR DANS LA CRISE GAMBIENNE : Jammeh joue les prolongations

 

Alors que les Gambiens avaient l’oreille tournée vers la Cour suprême qui devait se prononcer, le 10 janvier dernier, sur le recours introduit par le parti présidentiel, c’est une autre nouvelle qui vient les surprendre. En effet, Yahya Jammeh, dans une adresse à la nation diffusée sur la télévision nationale, a annoncé qu’il allait demander au ministre de la Justice et au Parlement gambien, de voter une loi d’amnistie pour éviter, dit-il, toute chasse aux sorcières.  Il a, par ailleurs, invité ses compatriotes, notamment la classe politique  au pardon et les a rassurés quant à une issue pacifique de la crise que traverse le pays. Et comme pour joindre l’acte à la parole, il a nommé un  médiateur général en la personne de l’ex-secrétaire général de la présidence, Musa Jallow. Pendant ce temps, l’on apprend que le verdict de la Cour suprême a été différé de plusieurs semaines et tombera au plus tôt en mai prochain, les juges nigérians et sierra-léonais ayant fait faux bond. Le moins que l’on puisse dire, c’est que Yahya Jammeh bat seul son tambour et danse. Car, à peine a-t-il lui-même  ouvert la chasse aux sorcières, qu’il la déclare close.  Ce qui est certain, c’est qu’il saute à l’œil que ces décisions prises en solitaire sont des manœuvres destinées à lui faire gagner du temps. L’objectif est non seulement de tirer le débat vers une zone de non-droit favorable forcément au plus fort, mais aussi de gagner la communauté internationale à l’usure. Au passage, il fait les yeux doux à la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) qui, après avoir bandé les muscles, a baissé très étonnamment le ton pour privilégier la résolution pacifique de la crise. L’homme tente ainsi donc de manier le bâton et la carotte. Si, dans l’ensemble, les Gambiens, blasés par la plus folle des dictatures, semblent tétanisés depuis la brusque volte-face du président-marabout et sont devenus aphones, il reste à savoir s’ils mordront à l’hameçon d’un homme dont la versatilité n’a d’égale que ses pitreries.

Il faut se méfier de la trêve inopinée décrétée par Yahya Jammeh

L’histoire, en tout cas, ressemble bien à celle du chat du conte qui a fait le mort pour attirer les souris à ses funérailles, avant de se réveiller pour les massacrer dans une orgie sanglante.  C’est dire comment il faut se méfier de cette trêve inopinée décrétée par Yahya Jammeh. Car sait-on jamais ! En tout cas, il n’est pas interdit de rêver ! Il se pourrait aussi que face aux pressions internationales, l’homme se soit assagi et cherche à sauver ce qu’il lui reste de meubles. Il chercherait donc à battre en retraite, mais en aménageant une porte de sortie honorable. C’est peut-être ainsi maintenant que le fou semble endormi, qu’il faut le raser ! Et qui d’autre pour jouer ce rôle si ce n’est la CEDEAO qui a opté, il y a peu, de caresser la bête dans le sens du poil pour tenter de la ramener à la raison !  Mais il faut avoir bien plus que la foi pour croire à la pêche miraculeuse dans les eaux de la Gambie. Car, si tel était le scénario envisagé, au lieu de nommer un autre médiateur, il se serait juste contenté d’adouber celui de la CEDEAO.

SAHO

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