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NOUVELLE ATTAQUE MEURTRIERE DANS LE NORD DU BURKINA:Tant que le Mali restera une passoire…

Le 19 août dernier, un détachement de l’armée burkinabè a fait l’objet d’une attaque d’envergure à Koutougou, dans le nord du pays, faisant, aux dernières nouvelles,  plus d’une vingtaine de soldats tués et une demi-douzaine de blessés. Selon des sources sécuritaires, les assaillants sont arrivés lourdement armés, à motos et en véhicules du côté de la frontière avec le Mali. Déjà, en décembre 2016, l’armée burkinabè perdait une douzaine de soldats à Nassoumbou, dans la même région du Sahel, après une attaque menée par des terroristes bien armés venus, selon plusieurs sources,  en grand nombre du Mali voisin. Trois ans après, l’histoire semble se répéter.

Plus récemment, en mai 2019, c’est l’armée nigérienne qui perdait vingt-huit soldats dans la région de Tillabery vers la frontière malienne, suite à une attaque terroriste où, après leur forfait, les assaillants, selon un communiqué du ministère nigérien de la Défense, « se sont exfiltrés vers le Nord », c’est-à-dire vers la frontière malienne.

Il est impératif que les opérations menées de part et d’autre se passent dans une synergie d’actions

Deux ans plus tôt, c’est une dizaine de soldats nigériens et américains qui tombaient sous les balles d’une escouade de terroristes venus à bord d’une dizaine de véhicules et d’une vingtaine de motos, à  Tongo Tongo, à la frontière avec le Mali. C’est dire si cette zone frontalière entre les trois pays, n’a pas usurpé son nom de « triangle de la mort » tant les terroristes y ont encore pignon sur rue et donnent du fil à retordre aux armées respectives de ces trois pays. Mais face à l’adversité et aux difficultés d’opérationnalisation de la force commune du G5 Sahel, chaque pays essaie d’organiser au mieux sa défense.

Ainsi, longtemps considéré, à tort ou à raison, comme le ventre mou de la lutte contre le terrorisme, le Burkina semble avoir relevé son niveau  de sécurité au point d’être passé à l’offensive contre les forces du mal. De leur côté, les autorités nigériennes ne cessent de clamer qu’il n’y a pas de base terroriste sur leur territoire. Reste l’équation du Nord-Mali qui est un véritable casse-tête pour les autorités maliennes qui font de leur mieux pour sécuriser les populations. Mais la charge semble tellement lourde à porter pour elles, que l’on se demande si, par endroits, notamment au Nord du pays et plus particulièrement dans le fameux « triangle de la mort », Bamako n’a pas baissé les bras, tant ce sont les terroristes, et ce n’est un secret pour personne,  qui y font véritablement la loi.

Or, tant que le Mali restera une passoire et que les terroristes pourront y trouver une zone de repli, ni ce pays, ni ses voisins que sont le Burkina et  le Niger, n’auront de répit avec les terroristes. Pire, les efforts des deux voisins risquent d’être réduits à néant. C’est pourquoi il est impératif que les opérations menées de part et d’autre des frontières de ces trois pays, se passent dans une synergie d’actions. Autrement, les Koutougou, les Nassoumbou et les Tillabery risquent de se multiplier.

Cela dit, cette nouvelle attaque meurtrière contre les Forces de défense et de sécurité (FDS), intervient quelques semaines avant le sommet conjoint G5 Sahel-CEDEAO prévu pour se tenir en septembre prochain dans la capitale burkinabè. C’est le lieu donc d’interpeller les chefs d’Etat de la sous-région, à prendre des mesures vigoureuses, qui vont au-delà des discours, dans la lutte contre le terrorisme.

Cette attaque d’envergure sonne comme une action de représailles de la part d’une bête gravement atteinte au flanc

En tout cas, cette attaque est un véritable coup dur pour l’armée burkinabè qui perd non seulement des hommes, mais subit aussi l’un des plus cuisants revers dans la lutte qu’elle mène contre les forces du mal. Ce, au moment où l’accalmie observée depuis le lancement des opérations « Otapuanu » à l’Est et « Doofu » au Centre-Nord et au Sahel, avait fini de convaincre nombre de Burkinabè que la peur était en train de changer de camp.

Mais le monstre est visiblement beaucoup plus coriace que l’on pensait et a une fois de plus fait la preuve qu’il conserve encore toute sa capacité de nuisance. En tout cas, si l’opération de sécurisation à l’Est, a permis de réduire considérablement la voilure des terroristes dans cette partie du pays, au Nord, les choses semblent beaucoup plus compliquées. Non seulement la bête fait beaucoup plus dans la résistance, mais aussi sa capacité à se fondre dans les populations  et à mener des actions par à-coups, tend à confirmer que c’est bien là que réside la racine du mal au Burkina. « Doofu » qui veut dire déraciner dans une langue du terroir, ne pouvait donc pas mieux porter son nom, mais tout porte à croire qu’il va falloir aux FDS plus que du cran pour espérer venir à bout de la bête immonde.

Car, le mode opératoire et ce lourd bilan humain et matériel laissent penser que l’ennemi a mis les grands moyens pour frapper un grand coup. C’est donc une opération visiblement bien préparée, qui a surpris plus d’un Burkinabè, eu égard à l’ampleur du drame. Mais qu’est-ce qui n’a pas marché pour que nos soldats se laissent surprendre une fois de plus au petit matin, qui plus est, dans une zone sous état d’urgence et sous couvre-feu, en pleine opération de sécurisation ? Pour sûr, il y a certainement des failles  quelque part, dont a su profiter l’ennemi. Il faudra donc travailler à les corriger au plus vite.

Il ne faut surtout pas se laisser abattre moralement, car l’on est parti pour une guerre de longue haleine. Mais au-delà des questionnements, cette attaque d’envergure contre cette base stratégique de l’armée, sonne comme une action de représailles de la part d’une bête gravement atteinte au flanc et qui, dans un sursaut d’orgueil, avait besoin d’une telle action  pour prouver qu’elle est loin de la reddition. C’est pourquoi les FDS ont plus que jamais besoin de la confiance et de la collaboration des populations pour mener à bien leur mission. Il y va de l’intérêt de tous et de la survie de la Nation.

 

« Le Pays »

 

 

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