OUVERTURE DU PROCES DU GENERAL MOKOKO

OUVERTURE DU PROCES DU GENERAL MOKOKO

 Le verdict est connu d’avance

Après près de deux ans de détention préventive, le Général Jean Marie Michel Mokoko a vu son procès s’ouvrir hier, 7 mai 2018 à Brazzaville. Pour un procès attendu, c’en est un, au regard des graves accusations  portées contre l’ex-challenger du président Denis Sassou Nguesso à la présidentielle de 2016. En rappel, le Général Jean Marie Michel Mokoko  est écroué  depuis le 16 juin 2016 pour « atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat et détention d’armes de guerre ». Depuis lors, ses avocats ont vainement multiplié les recours pour tenter d’obtenir l’élargissement de leur client.  Récemment encore, ils s’inquiétaient de sa détention prolongée sans jugement. De guerre lasse, ils se sont résolus à saisir des instances internationales comme le groupe de l’ONU sur la détention arbitraire ou encore la Commission africaine des droits de l’Homme, dans l’espoir de faire bouger les lignes.

Au Congo, s’ériger contre le grand Sachem est considéré comme un crime de lèse-majesté

C’est dans ces conditions qu’est intervenue, le 7 mai dernier, l’ouverture de son procès devant la Chambre criminelle du tribunal de Brazzaville, après le rejet, quelques jours plus tôt, du dernier pourvoi en cassation de ses avocats.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’ouverture de ce procès était très attendue. Et ce n’est pas trop tôt. Car, ils sont nombreux les Congolais et autres observateurs de la scène politique congolaise qui attendent de connaître « enfin la vérité judiciaire » sur cette affaire, comme s’est réjouie une source

gouvernementale au Congo. Car, l’on ne sait pas si les faits reprochés au Général Mokoko reposent exclusivement sur cette affaire de cassette enregistrée en 2007 tendant à le mettre en cause pour une supposée affaire de coup d’Etat - et qui avait été exhumée, comme par enchantement,  en pleine campagne présidentielle - ou s’il y a d’autres faits plus avérés. Car, tout porte à croire que c’est le fait d’avoir lorgné le fauteuil présidentiel, qui vaut à cet ex-proche de Denis Sassou Nguesso, les ennuis judiciaires qui sont les siens aujourd’hui. En effet, non seulement l’on peut douter de l’effectivité du coup d’Etat, mais en plus, au Congo, s’ériger contre le grand Sachem est considéré comme un crime de lèse-majesté. Surtout quand ce dernier n’est animé d’aucune volonté de faire droit au jeu de l’alternance, comme cela semble manifestement être le cas sur les deux rives du fleuve Congo. En effet, le cas du Général Mokoko à Brazzaville, n’est pas sans rappeler celui de Moïse Katumbi à Kinshasa, lui aussi dans le pétrin depuis qu’il a décidé de prendre ses distances avec Joseph Kabila pour se porter candidat à la succession de ce dernier au Palais de marbre. Dans les deux cas, tant qu’ils étaient en bonne intelligence avec le prince régnant, ces hommes politiques pouvaient se la couler douce sans être inquiétés. Mais dès lors qu’ils ont osé tourner casaque pour se dresser en travers du chemin de leurs maîtres respectifs, leur destin s’est écrit en lettres de tourments judiciaires dont on ne voit pas comment ils pourraient s’en sortir sans laisser des plumes. C’est pourquoi l’on est porté à croire que le verdict de ce procès est déjà

connu d’avance. Car, derrière ces affaires judiciaires, se cache une volonté à peine voilée de casser voire de neutraliser des adversaires politiques devenus trop gênants.

Quand on sert un dictateur, il faut aller jusqu’au bout

Et les avocats du Général Mokoko ne s’y sont visiblement pas trompés, en choisissant la stratégie du silence pour ne pas « donner crédit à un règlement de comptes politiques », convaincus qu’ils sont que le sort de leur client est déjà scellé, qu’ils parlent ou qu’ils ne parlent pas. Dans ces conditions, comment ne pas penser que souhaiter au Général Mokoko, de bénéficier d’un procès équitable, risque de paraître comme un vœu pieux ? En tout cas, c’est le défi qui se présente à la Justice congolaise dont on se demande si elle se montrera à la hauteur du défi, au moment où le régime de Denis Sassou Nguesso est en pleine opération de charme auprès du Fonds monétaire international (FMI) pour  tenter d’obtenir un prêt afin de relancer son économie. Déjà que l’argument du coup d’Etat peine à convaincre, l’on se demande si la Justice congolaise pourra saisir l’opportunité de ce procès pour donner une meilleure image du pays ou si elle ira dans le sens de la volonté du satrape pour mettre définitivement fin aux ambitions de son ex-chef d’état-major. La deuxième alternative semble la pus plausible. Car, en la matière, c’est le rapport de forces entre Sassou et ses adversaires politiques, qui semble prévaloir dans cette affaire où l’argument d’atteinte à la sûreté de l’Etat semble le meilleur prétexte pour mettre en branle la machine judiciaire contre un ancien compagnon de route en rupture de ban.  En état de cause, d’un certain point de vue, Jean Marie Mokoko ne peut pas dire qu’il est surpris de ce qui lui arrive. Pour avoir été longtemps aux côtés de Denis Sassou Nguesso dont il a aussi contribué à asseoir la dictature, il savait très bien ce à quoi il s’engageait, en prenant le risque de le contrarier. La leçon de l’histoire est que quand on sert un dictateur, il faut aller jusqu’au bout sous peine de s’attirer ses foudres. Et Jean Marie Michel Mokoko est en train d’en vivre l’amère expérience au Congo.

En tout cas, sans faire l’apologie des putschs, si tout le monde devait être jugé pour de tels actes, Denis Sassou Nguesso lui-même serait le premier sur le banc des accusés, quand on sait comment il est arrivé au pouvoir par  l’argument de la force plutôt que la force de l’argument. Mais seule la justice immanente peut retenir cela contre le roi Sassou. Pas celle de petits juges congolais froussards !

« Le Pays »

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