INSTALLATION DU SENAT AU BENIN : On voit venir Patrice avec ses gros…Talon
Le 30 juillet dernier était jour d’installation du Sénat au Bénin. Une première dans ce pays francophone d’Afrique de l’Ouest qui est jaloux d’une démocratie longtemps citée en exemple sur le continent noir. Et qui marque une étape décisive dans la réforme institutionnelle du pays. En rappel, la création du Sénat est une disposition constitutionnelle qui tire sa source de la révision de la loi fondamentale engagée par l’ancien président Patrice Talon. Cette réforme qui introduisait plusieurs changements majeurs, au nombre desquels l’instauration d’une seconde chambre parlementaire et l’allongement des mandats électifs à sept ans, est passée comme une lettre à la poste devant l’Assemblée nationale qui l’a adoptée à une majorité écrasante des députés du pouvoir, en novembre 2025.
Ce Sénat voulu par Patrice Talon, a envie de compter et de jouer sa partition dans la prise des décisions majeures
La date du 30 juillet 2026 ayant été retenue pour l’installation officielle de ladite chambre, on comprend que la cérémonie d’hier répondait à un certain impératif, en attendant la mise en place du bureau de l’institution qui compte 25 membres répartis entre membres de droit au nombre desquels les anciens chefs d’Etat, et membres désignés. C’est dire si à l’opposé des députés siégeant à l’Assemblée nationale, les membres de cette nouvelle chambre du Parlement, ne sont pas élus. C’est dire aussi si l’on voit venir l’ancien président Patrice Talon qui a poussé à la mise en place de cette institution, et qui a passé la main, le 24 mai dernier, à Romuald Wadagni, le dauphin qu’il s’était choisi pour lui succéder. Toujours est-il que jusqu’à preuve du contraire, tout présente l’ancien locataire du palais de Marina comme le patron désigné de cette nouvelle institution dotée de pouvoirs, et pas des moindres. Notamment des pouvoirs de régulation politique et de sanctions, avec la possibilité de prononcer la suspension ou le retrait des droits politiques ou civiques des acteurs politiques en dehors du chef de l’Etat et du président de l’Assemblée nationale. Des pouvoirs de contrôle législatif avec la possibilité d’imposer une seconde lecture des lois votées à l’Assemblée nationale. Et enfin l’approbation des nominations aux postes clés des grandes institutions de l’Etat, notamment les membres de la Cour constitutionnelle, de la Commission électorale et des autres autorités de régulation. Autant dire que ce Sénat voulu par Patrice Talon, a envie de compter et de jouer sa partition dans la prise des décisions majeures qui engagent la vie de la Nation. De là à y voir une institution taillée sur mesure et créée à dessein par le chef de l’Etat sortant dans le but de rester au cœur du jeu politique après son départ, il y a un pas que d’aucuns ont vite fait de franchir. Et si, comme on le subodore, il parvient à se faire élire à sa tête, ce sera une façon pour Patrice Talon, de quitter le pouvoir sans vraiment partir et pourquoi pas, continuer à peser sur le jeu politique, à défaut de pouvoir tirer les ficelles dans l’ombre. Quoi qu’il en soit, c’est au pied du mur que cette institution sera vraiment attendue.
Si cette entité peut permettre de rééquilibrer les débats, ce sera toujours cela de gagné pour la démocratie béninoise
Pourvu qu’elle ne soit pas une autre caisse de résonnance du pouvoir dans un contexte où l’Assemblée nationale est déjà monocolore. Déjà, l’on peut trouver à redire sur le mode de désignation de ses membres, qui n’est pas électif. L’on espère que ce n’est pas une façon de caser des amis politiques ou de contenter des adversaires d’hier. Et, surtout, que ce Sénat ne sera pas une institution budgétivore, qui n’apportera rien à la démocratie béninoise. Cela dit, la mise en place de cette deuxième chambre n’a rien de mauvais en soit. Et au regard des sommités comme les anciens chefs d’Etat et autres anciens présidents de l’Assemblée nationale appelées, entre autres, à y siéger, c’est un instrument qui suscite d’autant plus l’espoir que, pour reprendre les propos de l’ancien président Boni Yayi qui a finalement accepté d’y siéger après avoir opposé un refus, « c’est l’un des rares espaces de débat qui reste ». Toujours est-il que si cette entité peut permettre de rééquilibrer les débats, ce sera toujours cela de gagné pour la démocratie béninoise. En tout état de cause, avec cette reconfiguration de son paysage institutionnelle, c’est une nouvelle page qui s’ouvre pour le Bénin. Et l’on espère que c’est une expérience institutionnelle qui permettra à la démocratie béninoise, de retrouver ses lettres de noblesse.
« Le Pays »
