PAUL KABORE, SG DE L’ONSL, A PROPOS DES REVENDICATIONS TOUS AZIMUTS : « La grève devrait être la dernière arme à utiliser si… »

PAUL KABORE, SG DE L’ONSL, A PROPOS DES REVENDICATIONS TOUS AZIMUTS : « La grève devrait être la dernière arme à utiliser  si… »

 

Le climat social est marqué par des revendications tous azimuts et ce, depuis maintenant deux ans. Pour parler de la cause de ces multiples revendications et grèves, nous avons réalisé une interview avec  le secrétaire général national de l’Organisation nationale des syndicats libres (ONSL),  Paul N. Kaboré,  le 30  août dernier au siège de l’organisation à Ouagadougou.  Dans cet entretien, il a aussi été question de la vie de son organisation ainsi que de questions d’actualité. Lisez !

 

« Le Pays » : Comment se déroule la journée d’un responsable syndical comme vous ?

 

Paul N. Kaboré : La journée du responsable syndical que je suis est prioritairement consacrée à la gestion de l’organisation et à l’écoute des militants. Ainsi, très tôt le matin, je me rends au siège pour liquider les instances administratives et recevoir les militants qui souhaitent me rencontrer. A cette tâche quotidienne, il faudra ajouter celle non moins importante qui voudrait que j’assiste aux différentes réunions et actions de l’Union d’action syndicale (UAS). La journée de travail qui, le plus souvent, se termine tard dans la soirée, est vraiment chargée.

Vous avez décidé, contrairement à d’autres syndicats, de prendre part au Haut conseil du dialogue social. Quelles sont les raisons qui vous y ont poussé ?

 

Le Haut conseil du dialogue social, de par sa mission, participera au renforcement de la paix sociale dans notre pays. Cette vision n’est pas contraire à celle de notre mouvement syndical qui s’y attèle du reste  quotidiennement, à travers sa lutte pour l’égalité et la justice pour tous les travailleurs et citoyens. C’est  tout à fait normal que l’ONSL qui se reconnaît  dans la mission de  cette institution, décide d’y prendre part afin d’apporter sa contribution à l’atteinte des objectifs et missions assignés   à l’institution.

 

Que pensez-vous des revendications sociales tous azimuts que l’on constate depuis l’avènement du MPP au pouvoir ? 

 

Le paysage social burkinabè est effectivement marqué par des revendications venant de plusieurs secteurs ou corps socio-professionnels. Sur ce point, je voudrais  d’abord souligner le fait que pour un travailleur, il est légitime de revendiquer l’amélioration de ses conditions de vie et de travail. Cette activité de revendication ne doit pas s’exercer dans l’anarchie et le désordre, mais plutôt dans la concertation entre syndicats d’abord et ensuite dans un dialogue sincère entre structures syndicales et employeurs. Nous mettons, ici, en exergue l’importance de l’Union d’action syndicale et celle du dialogue social.

Lors d’une sortie médiatique, vous disiez ceci : « Le syndicalisme ne consiste pas seulement à revendiquer ». Que vouliez-vous dire exactement ?

 

L’article 2 de la Convention no871 sur la liberté syndicale de 1948, en reconnaissant  la liberté syndicale, permet aux travailleurs de revendiquer de meilleures conditions de vie et de travail. Malheureusement, certains travailleurs appréhendent la revendication syndicale à travers son seul aspect ou forme, en l’occurrence la grève. Nous voulons dire ici que la grève devrait être la dernière arme à utiliser, en ce sens que tout le monde gagnerait si on arrivait à obtenir l’objet de la revendication par la négociation.Par ailleurs, il convient aussi de noter que le syndicat doit se positionner à l’avant-garde de  tout ce qui touche le monde du travail pour former, informer, sensibiliser et éclairer ses membres. Cette fonction éducative du syndicat n’est pas à perdre de vue ; mieux, elle doit être renforcée et valorisée.

Récemment, votre structure syndicale a contribué à la formation de jeunes femmes en vue de leur autonomisation financière. Est-ce là un syndicalisme d’un genre nouveau ?

 

Cette formation organisée en fin janvier   dernier et plus particulièrement du 23 au 26,  a été faite en  partenariat avec F/O de France. Elle a permis à  25 leaders de renforcer leurs capacités dans le domaine de leur autonomisation.  La formation des femmes a fait  l’objet d’une recommandation lors de notre dernier congrès tenu en juin 2017. D’autres actions similaires verront le jour bientôt.

 

Avez-vous d’autres réalisations de ce genre ?

 

A titre d’exemple, je citerai les femmes de Sabtenga dans le Kadiogo, que l’ONSL accompagne techniquement et financièrement en conduite d’AGR.  Dans la ville de Ouagadougou et plus précisément dans le quartier Cissin, nous disposons d’un centre d’accueil et de formation des femmes et jeunes filles en entrepreneuriat,  notamment dans des  métiers porteurs.

Comment se prépare votre prochain congrès ?

 

Nous ne sommes qu’à mi-mandat, mais nous y pensons déjà. C’est vrai aussi qu’un conseil syndical peaufinera en temps opportun le contenu et les points à aborder au cours du congrès, mais d’ores et déjà, je peux vous dire que ce congrès est très attendu et verra une responsabilisation renforcée de la jeunesse  et de la femme au sein des instances dirigeantes de l’organisation.

 

Quels sont vos rapports avec le gouvernement ?

 

 Avec le gouvernement, nous avons des rapports de partenariat. L’ONSL, en tant que centrale syndicale,  va vers le gouvernement  pour exposer les revendications de ses membres dans l’optique de rendre toujours  plus agréables  leurs conditions de travail et de vie.En outre, il faut ajouter le fait que l’ONSL, quand elle est invitée à participer aux rencontres et cadres de concertation entre le gouvernement et ses partenaires sociaux, est ouverte quand il s’agit de négocier et de trouver de meilleures conditions de vie et de travail pour ses membres.

 

Que pensez-vous de la suspension de l’OTRAF et de l’UCRB ?

 

Je pense que c’est un incident qui est arrivé entre deux structures syndicales et des problèmes de ce genre doivent être traités de manière à ce que les deux syndicats conjuguent leurs efforts et s’asseyent ensemble pour trouver des solutions. D’ailleurs, ils se sont concertés et ont trouvé un point d’entente, en attendant de voir dans quelle mesure discuter avec le gouvernement pour trouver des solutions en en vue de lever la suspension.

Un mot pour conclure ?

 

L’intérêt pour nous en tant que syndicat, c’est le dialogue social. Et surtout comme le Haut conseil pour le dialogue social a été déjà installé, nous sommes tous parties prenantes. Dans cette institution, nous allons toujours travailler afin que le climat social soit apaisé dans notre pays, parce qu’il y a trop de problèmes a résoudre. Notamment en matière de sécurité, où nos enfants sont tués tous les jours. Donc, c’est un blocus économique que ces malfaiteurs nous font subir, mais avec l’aide de Dieu, nous allons nous en sortir.

Valérie TIANHOUN

 

 

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