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POURPARLERS DE PAIX INTERMALIENS

Quand le débat sur la charia divise les participants

« Quel est le mal du Mali ? » « D’où vient-il ? » « Et comment le soigner ? ». Telles sont les questions auxquelles le président malien, Ibrahim Boubacar Kéita  (IBK), invite ses compatriotes à trouver des réponses dans le cadre du Dialogue national inclusif (DNI) qui s’est ouvert le 14 décembre dernier et qui, en principe, doit se poursuivre jusqu’au 22 décembre 2019. Sont donc présents sous l’arbre à palabres, la majorité présidentielle, des acteurs de la société civile mais aussi et surtout des représentants des ex-rebelles de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA) venus de Kidal. La seule fausse note vient de l’opposition politique, avec à sa tête, Soumaila Cissé, qui a décidé de boycotter ces pourparlers de paix que le président IBK appelle de tous ses vœux. La raison ? La voici : « Nous avons posé un certain nombre de conditions parmi lesquelles il faut discuter de tout. Pas de sujet tabou. Il faut que les résultats puissent s’imposer à tout le monde. Mais nous avons vu des indices qui nous font croire que cela n’est pas possible », a laissé entendre le chef de file de l’opposition, Soumaïla Cissé. Et d’ajouter : « (…) Les mouvements armés ont accepté de participer au dialogue à condition qu’on ne touche pas à l’accord de paix d’Alger. Cela veut dire que c’est un sujet qui est devenu tabou ». Vous avez bien dit dialogue national inclusif ? Jugez-en vous-mêmes ! Le Mali est comparable à un patient qui, devant le médecin traitant, choisit de faire totalement abstraction de ses antécédents, oubliant que cela peut biaiser le diagnostic. Et c’est peu dire ! Car, comment peut-on trouver une solution à la crise dont souffre le pays de Soundjata Keita, si les uns et les autres s’arc-boutent sur l’accord d’Alger dont on sait qu’il a été plusieurs fois malmené tant et si bien qu’il paraît aujourd’hui obsolète ?

On ose espérer que les protagonistes de la crise malienne s’accorderont sur un minimum

 

C’est à se demander si l’opposition politique n’a pas vu juste en décidant de bouder ce qu’elle considère comme « une séance de communication » qui, en réalité, ne fera pas avancer le Mali. Plutôt donc que de trouver des solutions au mal dont souffre le Mali, le dialogue national inclusif, s’il en est, risque d’en rajouter à la crise en ravivant les divergences déjà fort criardes. Et ce serait sans doute par la faute de IBK qui, malheureusement, n’a pas su trouver les mots justes pour amener l’opposition à la table des négociations. Il aura  ainsi fait preuve de mollesse et manqué de doigté et ce, alors même que son pays traverse la pire crise de son histoire. Certes, IBK peut, tout au moins, se féliciter de la participation de la CMA au dialogue national inclusif qui se déroule actuellement en plénières. Mais il devra se garder de  tout triomphalisme quand on sait que les maîtres de Kidal sont passés maîtres dans la roublardise et les pantalonnades. Si fait qu’ils peuvent signer un accord le matin et le remettre en cause le soir venu.  Le fait même d’avoir exigé et obtenu que ne soit pas abordé l’accord de paix d’Alger  au cours des pourparlers en cours, traduit  l’état d’esprit des ex-rebelles qui, on le sait, sont favorables au statu quo autour du statut de Kidal. Et ce n’est pas tout. Ils ont remis le couvert en amenant le débat sur la charia autour de la  table des négociations. Toute chose qui n’a pas manqué d’irriter certains participants qui estiment que la laïcité de l’Etat malien n’est pas négociable.  En tout cas, on ose espérer qu’au-delà de la photo de famille, les protagonistes de la crise malienne, au soir du 22 décembre prochain, s’accorderont sur un minimum à même de sortir  le pays de la situation actuelle dans laquelle il se trouve,  pour se remettre sur les rails du développement. C’est tout le mal que l’on leur souhaite.

 

Boundi OUOBA

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