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PROCES DE KABUGA A LA HAYE

Après une si longue nuit, le jour a fini par se lever…

Deux semaines après son transfert à La Haye depuis la France, le « financier » présumé du génocide des Tutsis au Rwanda, Félicien Kabuga, comparait, pour la première fois, devant le Mécanisme pour les tribunaux internationaux (MTPI). Un petit soulagement pour ses avocats qui demandaient que leur client soit transféré à La Haye plutôt qu’à Arusha en Tanzanie qui, à leurs yeux, n’offre pas de garanties suffisantes quant au respect des droits de Kabuga.  Du léger baume au cœur fragile du valétudinaire vieillard rwandais qui nourrit de vives craintes d’être jugé sur le sol tanzanien, à seulement quelques kilomètres de son pays où sa réputation, de triste mémoire, pourrait lui coûter bonbon. De fait, l’ancien président de la tristement célèbre radio « Mille collines », est soupçonné d’avoir contribué, en 1993, à l’achat massif de machettes qui seront par la suite, distribuées à des miliciens en avril 1994. Une accusation qui suffit à appuyer la thèse d’une planification du génocide rwandais.  Félicien Kabuga verra-t-il son procès se terminer là où il s’est ouvert ?  Rien n’est moins sûr ? Le transfert à La Haye du présumé criminel pouvant n’être que temporaire, dans l’attente d’un examen médical, avant un éventuel transfert définitif à Arusha.  Mais on n’en est pas encore là. Toujours est-il que face à ses juges, que ce soit en présentiel ou en virtuel – mesures sanitaires obligent -, le plus célèbre fugitif rwandais devra répondre de sept chefs d’accusation dont ceux de « génocide, complicité de génocide, incitation à commettre le génocide, et crimes contre l’humanité », qu’il rejette en bloc.  Après près de vingt ans de cavale, le présumé génocidaire se voit donc rattrapé par son sombre et sulfureux passé. Mieux vaut tard que jamais, dit-on. Face au déshonorable et infamant crépuscule d’une vie finalement ratée, cet ancien Crésus rwandais apprend à ses dépens cette sagesse selon laquelle « quelle que soit la durée de la nuit, le jour finit toujours par se lever ». 

 

Reste à savoir si le vieillard sénile acceptera de coopérer avec la Justice

 

Car, après avoir réussi, de nombreuses années durant, à se mettre au vert, malgré le mandat d’arrêt lancé contre lui par le TPIR (Tribunal pénal international pour le Rwanda) et plusieurs tentatives d’arrestations soldées par des échecs, l’ancien homme d’affaires va devoir maintenant répondre de ses nombreux crimes présumés.   Pour les parents de victimes, évidemment, c’est déjà bon pour le moral. On s’en réjouit. Mieux, une forte symbolique pédagogique pourrait se dégager de ce procès et ce sera tant mieux si c’est le cas. Ce jugement pourrait, en effet, refreiner les ardeurs maléfiques et mortifères de tous ces ogres en herbe qui viendraient à nourrir des fantasmes génocidaires et à rêver de se repaître du sang de pauvres citoyens.   Puissent-ils donc prendre conscience, ces sinistres individus mus par Thanatos ou la pulsion de la mort,  qu’ils risquent gros en s’engageant dans une aventure aussi immonde que périlleuse !  Reste à savoir si, en ce qui le concerne, le vieillard sénile acceptera de coopérer avec la Justice à laquelle il fait désormais face, lui qui s’est déjà installé dans une logique de rejet des accusations et pourrait continuer d’afficher à l’envi, des troubles de mémoire dont on peut se demander s’ils ne sont pas plutôt feints. En tout état de cause, les familles des victimes ont grandement soif de vérité.  Au soir de sa vie, Félicien Kabuga est-il capable de faire acte de contrition? C’est le moins que l’on puisse souhaiter à celui qui aurait armé les milices génocidaires Interahamwe, et qui, malgré tout, a droit à un procès juste et équitable. 

 

CBS

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