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RENCONTRE ENTRE SARRAJ ET HAFTAR EN FRANCE : Quand Macron tente d’éteindre le feu que Sarko a allumé en Libye  

Sauf rebondissement spectaculaire ou changement de dernière minute, c’est ce 25 juillet que se réunissent à La Celle-Saint-Cloud en région parisienne, sous les auspices du président français, Emmanuel Macron, les deux figures emblématiques de la crise libyenne que sont le chef du Gouvernement d’union nationale, Fayez al-Sarraj adoubé par la Communauté internationale, et le maréchal Khalifa Haftar qui contrôle la partie orientale du territoire, qu’il a réussi à arracher des griffes des différents groupes terroristes qui en avaient pris le contrôle après la disparition de Mouammar Kadhafi dans les conditions que l’on sait.

L’action de la France peut s’apparenter à celle du pyromane qui veut jouer au pompier

Pour qui connaît le rôle que l’Histoire attribue à la France de Nicolas Sarkozy à la tête de la coalition occidentale qui a fini par dégommer le Guide de la Jamahiriya dont elle avait mis la tête à prix et fait de sa chute une priorité, l’on ne peut s’empêcher de voir en l’action du présent locataire du palais de l’Elysée, une tentative, parmi tant d’autres, d’éteindre l’incendie déclenché au pays du Colonel et qui s’est transformé en un véritable brasier que les efforts de la communauté internationale n’ont jusque-là pas permis d’éteindre. En effet, si Sarkozy a fini par avoir la peau de Kadhafi, le constat est que cette prétendue opération de « désinfection » de la Libye aura eu pour effet de  laisser le pays entre des mains plus infectes : celles de terroristes sans foi ni loi qui comptent parmi les plus dangereux au monde et d’obscurs islamistes qui ne jurent que par la kalach et ne prêchent que par des bombes. Et cette situation est une véritable menace pour les pays européens qui, pour n’avoir pas su assurer le service après-vente en Libye, sont en train d’en payer le prix fort. Notamment avec ces vagues interminables de migrants indésirables qui franchissent chaque jour les portes de la Libye pour ce qu’ils pensent être l’eldorado. Sans oublier tous ces extrémistes religieux qui ont fait désormais de ce pays un sanctuaire d’où s’échappent des terroristes de la pire espèce qui répandent la peur et la désolation sur le continent, notamment  dans le Sahel ouest-africain où les Occidentaux ont aussi des intérêts et pas des moindres à protéger. Cela dit, même si l’action de la France peut s’apparenter pour certains à celle du pyromane qui veut jouer au pompier, il n’en demeure pas moins que le retour de la paix en Libye est aujourd’hui un impératif premier. En cela, l’initiative de Paris en vue de rapprocher Sarraj et Haftar mérite d’être saluée, au même titre que les initiatives précédentes qui ont vu les deux hommes se rencontrer à au moins deux reprises de par le passé ; d’abord en janvier 2016 après la désignation du premier cité comme chef du gouvernement d’union nationale, et plus récemment en début mai dernier à Abu Dhabi aux Emirats arabes unis. Et l’on remarquera que cette tentative de rapprochement intervient au moment où Washington aussi affiche un regain d’intérêt particulier pour le retour de la paix en Libye ; toute chose qui pourrait bien cacher une lutte souterraine d’intérêts, comme seules savent le faire avec discrétion les grandes puissances. Mais au-delà, l’on peut voir derrière une telle tentative de rapprochement, la volonté d’éviter toute confrontation entre les deux parties qui, même si elles n’en sont pas encore venues aux armes, continuent de se regarder en chiens de faïence. D’autant plus que dans son expédition de reconquête du territoire national, le maréchal Haftar n’exclut pas une possibilité de descendre sur Tripoli où est établi le gouvernement Sarraj. D’ailleurs, pas plus tard qu’en avril dernier, le maréchal rebelle tentait de prendre aux alliés du gouvernement d’union, le contrôle de l’aéroport stratégique de Tamenhint au Sud du pays, pour le contrôle des champs pétroliers de Sharara et Al-Filoun alors qu’il contrôlait déjà le croissant pétrolier.

Le maréchal Haftar est le moindre mal

Le fait est que par la force des choses, le maréchal Haftar a su s’imposer aujourd’hui comme un personnage essentiel voire incontournable dans la résolution de la crise libyenne. Même ceux de ses contempteurs parmi les Occidentaux qui ne voulaient pas le sentir, même en peinture, dans un quelconque gouvernement d’union, doivent se résoudre à reconnaître qu’il est aujourd’hui difficile voire impossible de faire la paix sans Haftar  au pays de Mouammar Khadafi. Tant le maréchal apparaît comme l’homme de la situation, sans lequel il serait difficile de trouver une issue à l’impasse dans laquelle se trouve le pays. Et sa carte pourrait être doublement bénéfique pour la Libye. D’abord, en vue de la normalisation du pays, ensuite dans la lutte contre l’hydre terroriste qui a fragilisé la Libye depuis la disparition du Guide. C’est pourquoi il y a lieu de croire que pour les Occidentaux, le maréchal Haftar est le moindre mal. Et à défaut de ne pouvoir composer sans lui, ils sont en train d’explorer toutes les pistes qui pourraient l’empêcher de nuire au Gouvernement d’union nationale qui a leurs bénédictions, mais qui n’a véritablement pas les coudées franches pour conduire la Libye nouvelle qu’ils entendent instaurer. C’est donc une question de stratégie. A quoi va-t-elle aboutir ? L’on attend de voir.

« Le Pays »

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