SITE D’OR DE LOUGMA : Une journée avec les orpailleurs artisanaux

SITE D’OR DE LOUGMA : Une journée avec les orpailleurs artisanaux

La province du Sanmatenga est connue pour ses multiples sites d’or d’exploitation artisanale. Le site de Lougma en est un. Situé à une dizaine de kilomètres de Korsimoro, ce site s’est agrandi au fil du temps. Plusieurs orpailleurs y séjournent  toute l’année. La saison pluvieuse, particulièrement dangereuse sur ces sites, a poussé le gouvernement burkinabè à interdire les travaux. Au lendemain de la pluie diluvienne du 20 juillet 2016, nous avons tenu à faire un tour sur ce site et notre stupéfaction fut grande. Lorsque nous arrivions  sur le site, le 21 juillet dernier, aux environs de 15h, quelques orpailleurs y étaient toujours. Et, plus grave encore, à l’intérieur  des trous humides, avec tous les risques que cela comporte.

 

Les sites d’or d’exploitation artisanale sont nombreux au Burkina Faso. Des accidents mortels sont constatés çà et là et les gouvernants doivent prendre la bonne décision pour protéger les populations. A Lougma, une localité située à une dizaine de kilomètres de Korsimoro dans la province du Sanmatenga, se trouve un site d’exploitation artisanale d’or. Là, des dizaines de personnes s’y trouvent toujours, à la recherche du métal précieux. Dans l’après-midi du  21 juillet, lorsque nous arrivions sur les lieux, plusieurs orpailleurs étaient déjà partis. La particularité ici est qu’il n’y a pas de logement de fortune et les orpailleurs rentrent au village après le travail. Sur les lieux, c’est une véritable dégradation du sol, une grave érosion artificielle. Des dizaines de trous parsemés çà et là ; il vous faudra du courage et des talents d’équilibriste pour accéder à ces lieux sans guide. La profondeur des trous donne le vertige aux visiteurs. Il est formellement interdit de marcher près des trous car les bordures sont abruptes. Nous nous sommes entretenu avec deux orpailleurs qui venaient juste de sortir de leur trou. « Le travail est dur pendant l’hivernage car il y a de l’eau dans les trous, avec des risques d’effondrement. Nous sommes ici depuis plus d’une année et on arrive à gagner de quoi survivre. Nous sommes conscients du risque mais on essaye de faire de notre mieux. La pluie d’hier nous a vraiment effrayé, il y a même un trou qui s’est effondré mais il n’y avait personne dedans. Je cultive ici ; voici mon champ, mais avec les risques, j’interdis à mes enfants de s’approcher de certaines zones », nous a confié Lassané Zabré. Il ajoute : « cultiver c’est bon, mais ce n’est pas facile. Néanmoins, nous le faisons aussi en cherchant l’or. Les deux trous que vous voyez-là peuvent nourrir plusieurs dizaines de personnes pendant l’hivernage qui est un temps mort pour nous. Nous, nous formons une équipe de 7 personnes et chaque équipe travaille dans le trou une semaine et laisse la place à l’autre équipe ; cela nous permet de supporter  nos charges familiales et de gérer notre quotidien. C’est une solidarité obligatoire entre nous, pour nous permettre de résister à la période difficile ».

Sur les lieux, plusieurs trous sont visiblement remplis d’eau et se sont effondrés. « Il y a un trou qui s’est effondré hier mais il n’y a pas eu de victime ; le trou s’est effondré sur une longueur de plus de 10m. Heureusement, personne n’était à coté », nous a confié Moussa Zabré, la lampe torche sur la tête, signe qu’il vient de sortir d’un trou, il y a peu de temps. Il ajoute que « les trous, à cette période, sont dangereux car leurs profondeurs varient entre 30 et 60m. Avec l’humidité, beaucoup préfèrent changer de site ; ils partent vers les grands sites  comme ceux de Gaoua et Banfora. Ces sites aussi doivent être fermés mais quelques trous restent fonctionnels suivant la mesure du risque que font les propriétaires de ces trous ». Mesurent-ils les risques qu’ils encourent ? De toute évidence non, car guidés par l’intérêt immédiat. C’est l’argent à tout prix. L’orpaillage est devenu sans doute un fléau qui touche le Burkina Faso. Peut-on trouver une solution pour ces milliers de jeunes désœuvrés qui envahissent les différents sites d’or artisanaux du pays, plaidant auprès de la providence pour repartir avec quelques grammes d’or ? Par moments, certains arrivent à s’en sortir et arrivent à se réinsérer dans la vie active lorsqu’ils gagnent l’argent de l’or. D’autres, par contre, dilapident cet argent dans une vie de luxe éphémère et de débauche sans précédent. Aucun plan d’investissement pour certains, même si nous reconnaissons que pour d’autres, l’orpaillage a été un moyen de propulsion de leurs affaires. Bref, la fermeture officielle des sites d’exploitation artisanale a été faite, mais sur les lieux, la réalité est tout autre. Même si la grande partie de ces gens retournent chez eux pour revenir en saison sèche, certains orpailleurs teigneux jurent  par tous les dieux de rester pour tenter leur chance, malgré les risques. A l’image de Lassané, Moussa et les autres orpailleurs que nous avons rencontrés, ils sont des milliers à tenir le même raisonnement, c’est-à-dire rester sur les sites pour tenter leur chance.

                                              

  1. Jonas SALOU

(Correspondant)

 
 

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