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SORTIE DE L’OMS SUR LE COVID-19 EN AFRIQUE

Ce coup de semonce arrive-t-il trop tard ?

Au moment où le monde entier fait difficilement face à la pandémie du coronavirus qui, après la Chine d’où elle est partie, fait des ravages en Europe qui en est devenue l’épicentre, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) appelle l’Afrique à « se réveiller » face à la progression du virus, en ne manquant pas de lui demander de se préparer au « pire ». C’était le 18 mars dernier, au détour d’une conférence de presse virtuelle au cours de laquelle le patron de l’institution, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a donné des chiffres sur l’évolution de la maladie, qui font ressortir que « plus de 200 000 cas ont été signalés à l’OMS et plus de 8 000 personnes ont perdu la vie ». Premier Africain à être élu à ce poste qu’il occupe depuis 2017, l’Ethiopien, tout en soulignant que 80% des cas ont été recensés en Europe et dans le Pacifique occidental, s’est voulu alarmiste pour son continent qu’il appelle à sortir de sa léthargie : « Le meilleur conseil pour l’Afrique est de se préparer au pire et de se préparer dès aujourd’hui », a-t-il lancé.

Il faut craindre que le Covid-19 ne trouve au continent noir, un terreau fertile de propagation rapide et à grande échelle

La question que l’on pourrait se poser est de savoir si ce coup de semonce arrive à point nommé ou s’il est déjà trop tard. Cette question se pose avec d’autant plus d’acuité que l’Afrique, qui a été tardivement affectée par la pandémie, a non seulement vu venir le danger, mais n’a pas su se prémunir contre. Maintenant que le ver est dans le fruit, saura-t-elle apporter la riposte adéquate ? On peut raisonnablement en douter. Car, avec la faiblesse du système sanitaire qu’on lui connaît, ajoutée au dénuement de populations majoritairement analphabètes, il faut craindre que le Covid-19 ne trouve au continent noir, un terreau fertile de propagation rapide et à grande échelle. Une telle éventualité est d’autant plus à redouter qu’en cas de contamination massive de populations comme, par exemple, en Italie ou en France, l’Afrique est mal équipée pour assurer une prise en charge d’un flux massif de malades. Non seulement les plateaux techniques et de réanimation, quand ils existent, sont généralement confinés dans les capitales au détriment du reste du pays, mais aussi ces plateaux risquent de connaître un engorgement rapide du fait de leur capacité réduite de réception de patients. S’il faut ajouter à cela, le manque d’équipements du personnel de santé qui, de son côté, pourrait être vite débordé, on peut comprendre le cri d’alarme du Directeur général de l’OMS qui, à bien des égards, ressemble plutôt à un cri de détresse. Comment pourrait-il en être autrement quand on voit le lourd tribut que payent déjà des nations comme l’Italie, la France ou encore l’Iran qui sont des pays autrement plus nantis que les pays africains, mais qui peinent à faire face à la pandémie, malgré les mesures drastiques de confinement total adoptées par endroits ? Rien qu’à l’évoquer, on refuse de penser à une telle extrémité en Afrique où la majorité des populations vivent au jour le jour, et risquent, le cas échéant, d’être poussées par la faim, à ne pas supporter d’éventuelles mesures de confinement. Déjà, la peur de la mise en quarantaine semble pousser certains à ne pas se déclarer aux autorités quand bien même ils ont été en présence de cas contacts.

Le salut de l’Afrique est dans la prévention

C’est dire si au niveau des populations, on ne semble pas avoir pris toute la mesure du péril face à ce virus hautement nocif que d’aucuns continuent de qualifier de maladie de Blancs. Comment, dans ces conditions, peut-on espérer arriver à des résultats probants dans la lutte contre la propagation du virus, s’il n’y a pas une véritable prise de conscience collective pour amener les populations à la discipline et au sens de la responsabilité ?  En tout état de cause, face à cette redoutable pandémie, en attendant la mise au point de traitements, l’on est porté à croire que le salut de l’Afrique est dans la prévention, pour espérer une propagation la moins large possible de la maladie. C’est pourquoi l’on attend de voir si cette interpellation du patron de l’OMS servira au renforcement des mesures préventives par les gouvernants africains qui semblent, par endroits, déjà dépassés par une crise sanitaire à laquelle ils n’étaient visiblement pas préparés à faire face. Et entre le dilemme de se montrer réactifs et la volonté de ne pas semer la psychose au sein des populations, on peut comprendre que les dirigeants africains donnent parfois le sentiment de faire dans le tâtonnement. Mais aussi alarmiste qu’elle puisse paraître, cette sortie de l’OMS rend service au continent africain. Car, c’est une triste réalité que les Africains ne sauraient contourner, au moment où la maladie semble encore au stade embryonnaire. La question est maintenant de savoir s’il n’est pas trop tard. Car, alors que certains pays du continent n’ont toujours pas connu de cas confirmés, d’autres, comme le Burkina Faso ou le Sénégal, se retrouvent pratiquement dans la riposte, avec la forte probabilité de nombreux cas de malades qui s’ignorent dans la nature, et qui sont autant de vecteurs potentiels de la maladie. C’est dire s’il faut, dès à présent, véritablement envisager le pire et mettre les bouchées doubles pour se préparer en conséquence.

« Le Pays »

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