SYSTEME EDUCATIF AU BURKINA : « J’ai beaucoup peur pour l’avenir », dit Joseph Saba

SYSTEME EDUCATIF AU BURKINA    : « J’ai beaucoup peur pour l’avenir », dit Joseph Saba

 

 

« Le niveau actuel des enseignants du primaire laisse à désirer », dit Joseph Saba qui, aujourd’hui à la retraite, donne son point de vue sur le système éducatif au Burkina Faso. Tout en reconnaissant la légitimité des revendications des enseignants, il dit avoir peur quant au respect des calendriers scolaires réaménagés afin de rattraper le temps perdu. Lisez plutôt pour en savoir davantage !

 

Je m’en voudrais, après de longues années de réserve et en tant qu’acteur de l’éducation, de ne pas donner mon point de vue sur le système éducatif au Burkina Faso.

L’éducation, dit-on, est une denrée en or. Elle est indispensable pour l’émancipation des peuples. L’éducation est toute une chaîne. Le succès se prépare dès la base. Si la base est faussée, bonjour les dégâts. Je me dois de réagir sur un certain nombre de problèmes qui minent le système éducatif. La commission d’enquête parlementaire a fait l’autopsie d’un système éducatif en panne. Juste ! Comment ne pas avoir un pincement au cœur, en constatant, la mort dans l’âme, la dégradation continue du système éducatif ? J’ai beaucoup peur pour l’avenir dans ce cafouillis.

Quelqu’un a dit que l’école burkinabè forme des chômeurs et des inadaptés d’un système qui n’a pas su à temps se remettre en cause et se révolutionner. Elle sert à fabriquer des cadres d’une autre époque et d’un autre milieu qui n’intègrent pas la réalité burkinabè. Aucun système éducatif ne peut être pertinent sans projet de société.

Des séminaires avec des thèmes pertinents et variés :

L’expansion de l’éducation au Burkina Faso…l’école pour tous etc…. Il y a eu la loi d’orientation de l’éducation, les actes des états généraux de l’éducation en 1994, des colloques sur les différents types d’enseignement et même un colloque sur l’enseignement privé.

Des décisions pertinentes ont été prises par des intellectuels de haut rang et des experts en éducation. Mais désolé !  Les documents de base sont enfouis dans des tiroirs et dorment tranquillement. Peut-on se développer sans le développement de l’éducation ? Certains pays de l’Asie ont vite décollé parce qu’ils ont consacré 60% de leur budget à l’éducation. Si le Burkina Faso veut réellement émerger, il lui faudra augmenter les fonds alloués à l’éducation.

A Dakar, en 2000, les chefs d’Etat et de gouvernement avaient tiré la sonnette d’alarme en prenant l’engagement de consacrer au moins 20% de la cagnotte globale de leur pays à l’école, à une période donnée (2015).  Nous sommes en 2018, où en est le Burkina Faso à l’heure actuelle ?

De la qualité de l’enseignement

Nous partons toujours de la base. Dans toute entreprise, il faut consolider la base. Le niveau actuel des enseignants du primaire laisse à désirer et je n’ose pas aller plus haut. Avouons qu’on ne peut pas former des brevetés de notre époque en deux ans et vouloir qu’ils soient efficaces sur le terrain. Il leur manque fondamentalement la base lexicale pour s’exprimer pédagogiquement.

L’enseignement est une quête permanente, qui demande à l’enseignant un investissement en ressources, en sensibilité, en volonté. La volonté qui s’apparente à la vocation a perdu de sa verve ! La vocation ! Elle a déserté depuis belle lurette. Il faut aimer ce que l’on fait pour en vivre pleinement et, pour toujours. La noblesse du métier n’est plus à l’ordre du jour. La plupart des jeunes qui viennent à l’enseignement, disent de façon laconique et péremptoire qu’ils sont "venus pour chercher l’argent".

La formation des enseignants est très préoccupante, la revalorisation du corps demande une étude minutieuse et approfondie. C’est pitoyable de voir des adultes pleurer à chaudes larmes dans certains villages : les IB (Instituteurs de Brousse comme on les appelle couramment) à cause de l’hostilité de la vie sociale. L’enseignant était le commis principal qui faisait tout et n’était pas oublié dans les cérémonies, dans les prises de décisions. "Le Karansamba (enseignant) est seulement le Karamsamba !". Il a tout perdu. Pauvre de lui !

De l’accord syndicat-gouvernement.

Je voudrais tout simplement faire une petite remarque et ne soyez pas offusqués, collègues de l’enseignement public. L’enseignement privé, partenaire incontournable qui supplée l’Etat dans sa tâche d’éducation, aurait dû être associé en tant qu’observateur dans le protocole d’accord, parce que concerné dans ces accords (cahier des charges, convention collective sectorielle etc…)

Nous reconnaissons parfaitement la légitimité de toutes ces revendications qui concourent au bien-être de l’école burkinabè. Je rappelle pour l’histoire que l’enseignement privé a fait une grève de 48 heures pour soutenir le SYNEAV à leur grève historique en 1980. Ce qui désole, c’est le fait que syndicats-gouvernement, face à face, n’étaient pas en mesure de trouver un terrain d’entente pour dégoupiller la crise. Entre intellectuels, pas en chien et chat. Même chien et chat cohabitent et se chatouillent actuellement.

Ces accords sont intervenus grâce à sa majesté le Mogho-Naaba, aux représentants des communautés musulmane, protestante, catholique qui, en principe, sont au-dessus de la mêlée politique. Les syndicats allument le feu et les voilà en « sapeurs-pompiers ». Qu’ils en soient sincèrement remerciés. Que le Dieu tout puissant leur accorde les bénédictions dans leur rôle de pacificateurs. Dieu aime le Burkina Faso, pays des hommes pieux. Je reprends mon cousin Toégui qui remercie le Seigneur et lui demande de nous épargner d’une crise qui nécessitera la médiation de notre Moro-Naaba bien aimé. Vite donc un statut super particulier pour ces hommes de la République.

Les accords signés, il faut réorganiser le calendrier scolaire pour rattraper le temps perdu. Le temps perdu dans notre beau métier ! Le temps si précieux. Je ne voudrais pas trop épiloguer par rapport au calendrier réaménagé, mais j’ai bien peur. Les examens de fin d’année qui débutent le 19 juin, peuvent engendrer des conséquences désastreuses. Dans certaines régions, des examinateurs risquent de se faire trôler dans les marigots avec leurs caisses contenant les sujets des examens. Certains enseignants quittent leur zone dès le mois de mai, à cause des pluies qui leur barrent le passage.

Je termine en disant que toutes les revendications corporatrices sont légitimes, très pertinentes, surtout dans ce noble corps. Tous les corps revendiquent. Revendications tous azimuts. Le gouvernement est acculé. Dans son dernier retranchement ? L’essentiel est-il de signer des accords avec la récession économique du moment ? Ne dit-on pas que la plus belle femme du monde ne peut offrir que ce qu’elle a ! Je suis croyant ; j’ai la foi qui doit surtout être complétée par la raison, mais…. Permettez que je sois un Saint Thomas en puissance.

SABA Joseph

 

Pédagogue sans étiquette

 

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