LA VICTOIRE DU PRESIDENT ERDOGAN AU REFERENDUM, VUE D’AFRIQUE : « Un président Fondateur » est né en Turquie !

LA VICTOIRE DU PRESIDENT ERDOGAN AU REFERENDUM, VUE D’AFRIQUE : « Un président Fondateur » est né en Turquie !

Ça y est ! L’affaire est dans le sac ! A l’issue du référendum de dimanche dernier, sur la réforme constitutionnelle devant lui octroyer plus de pouvoirs, le président de Turquie se frotte les mains. Certes, la victoire a quelque peu un arrière-goût de petit échec, puisqu’il l’a remportée sur le fil. Mais, peu importe, seul compte le résultat ; celui de concentrer désormais entre ses mains, les pleins pouvoirs pour régner en maître absolu sur la Turquie. Recep Tayyip Erdogan, hier, «homme fort », aujourd’hui plus fort que jamais ! A présent, il a toutes les coudées franches pour lancer ses réformes et mettre en place la nouvelle Turquie, celle-là qui trouve grâce à ses yeux ; une Turquie d’un look nouveau, mais, hélas, plus que jamais exposée aux abîmes de la satrapie. Jugez-en vous-mêmes : poste de Premier ministre en voie d’être supprimé. Qui pis est, l’homme qui préside aux destinées de la Turquie, pourra décréter l’état d’urgence à sa guise, gouverner par décret et donc marginaliser le Parlement. Et ce n’est pas tout : liberté lui est donnée de marcher sur les plates-bandes de la Justice. Quelle Turquie donc pour demain ? Imaginer l’avenir, cela fait froid dans le dos. Surtout quand on sait que ce dirigeant a un goût très prononcé pour le pouvoir, ce qui ne sera certainement pas sans conséquences, allusion notamment aux dérapages en vue. Tayyip voulait avoir l’œil sur tout et décider de tout. C’est chose quasiment acquise. Avec malheureusement le risque que l’omnipotent et l’omniscient capitaine de navire, embarque son peuple vers les eaux tumultueuses de lendemains incertains. En tout cas, vu d’Afrique, avec les nouveaux pouvoirs qu’il étrenne, le président Tayyip Erdogan a désormais tous les attributs de « Président Fondateur au Gondwana ». Il est sur le point de disputer à ce dernier, la palme de l’autoritarisme.

Rien ne permet d’affirmer que ce résultat reflète réellement la vérité des urnes

 

51,3% de suffrages en faveur du « Oui » au référendum. Certes, cette victoire obtenue de courte tête, pourrait servir de prétexte au pouvoir, pour revendiquer le caractère libre et démocratique du scrutin. Mais, reste à voir ! Car rien ne permet d’affirmer que ce résultat reflète réellement la vérité des urnes. Si l’on ne peut pas taxer la Turquie de République bananière, une chose est en tout cas sûre : au rythme où vont les choses, elle s’en approche dangereusement. Et les faits parlent d’eux-mêmes : une opposition, la vraie, qui n’en finit pas de subir les foudres du pouvoir. A cela, il faut ajouter le fait que la liberté de presse continue à broyer du noir. Et quid de la part de la peur de Erdogan, dans le résultat de ce référendum ? Comment, en effet, voter libre de toutes pressions, dans un contexte hautement délétère ? Un climat marqué par la vengeance de Tayyip qui n’a pas fini de s’abattre même sur des concitoyens dont la culpabilité n’a jamais été formellement prouvée dans l’affaire du récent coup d’Etat ? En tout état de cause, l’opposition est déjà vent debout contre ce qu’elle qualifie de mascarade électorale. Un parti pro-kurde, le Parti démocratique des peuples (HDP) pour ne pas le nommer, accuse le Haut conseil électoral (YSK) de n’avoir pas respecté les règles du jeu en décidant de comptabiliser des bulletins qui n’ont pas reçu le tampon officiel. Ce n’est pas anodin. Sera-t-il entendu ? Rien n’est moins sûr. En attendant, c’est Recep Tayyip Erdogan qui savoure sa désormais hyperpuissance. Et en cela, on peut être d’avis avec l’opposition turque que ce référendum marque le terminus de la démocratie en Turquie. Une démocratie dont Erdogan, à l’époque, avait dit qu’elle était « un simple moyen, un tramway dont on peut descendre une fois arrivé au terminus ». Ce qu’il s’était bien gardé de préciser, c’est la nature du terminus. Visiblement, il s’agit du dernier arrêt qui tourne le dos à la démocratie et ouvre la voie à la mégalomanie. Comme au Gondwana. Un président-fondateur est né ! Vive la nouvelle Turquie !

« Le Pays »

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