MACKY SALL CHEZ BASSIROU DIOMAYE FAYE : Une visite sur fond de calculs politiques
Deux ans après avoir quitté la capitale sénégalaise au terme de son second mandat, l’ancien président sénégalais, Macky Sall, est de retour, ce 17 juillet 2026, à Dakar où il sera reçu par son successeur, Bassirou Diomaye Faye. Candidat au poste de Secrétaire général de l’ONU, l’ancien locataire du palais de la République espère en repartir avec le soutien de son pays dans le cadre de la campagne diplomatique qu’il mène pour briguer ce prestigieux poste international. En rappel, cette candidature qui a été officiellement déposée en début mars 2026, est portée par le Burundi qui assure la présidence tournante de l’Union africaine (UA). Une initiative dont s’était désolidarisée Dakar qui n’était d’autant pas prête à l’endosser qu’elle a clairement signifié n’y avoir pas été associée, encore moins en avoir été à l’origine.
En politique, il n’y a jamais d’amis ni d’ennemis éternels
Une position qui sonne comme un cinglant désaveu qui pourrait fragiliser la candidature du natif de Fatick. Comment pouvait-il en être autrement quand on sait que le PASTEF qui lui a succédé au pouvoir dans les conditions que l’on sait, avait des griefs et pas des moindres, contre l’ancien chef de l’Etat ? Toujours est-il qu’une candidature à un poste aussi élevé de responsabilité à l’international sans l’onction de son pays, est une candidature qui fait un peu tache, en ce qu’elle pourrait mettre en cause la crédibilité même du candidat. Et, en plus de traduire la fracture entre l’ancien chef de l’Etat et le gouvernement du duo Faye-Sonko, cette désapprobation de l’Exécutif sénégalais se comprenait d’autant plus qu’au-delà de la gouvernance de l’ancien chef d’Etat qui était pointée du doigt, Macky Sall lui en avait fait voir des vertes et des pas mûres avant de passer la main au terme d’une élection marquée par de fortes tensions. Mais depuis lors, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts du Sénégal. Et les deux compères d’hier, Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko qui s’entendaient comme larrons en foire, sont aujourd’hui au bord du divorce politique. C’est ce moment qu’a choisi Macky Sall pour venir chercher l’appui de son pays, dans sa volonté de succéder à Antonio Guterres à la tête de l’organisation mondiale. C’est dire si le timing de ce retour de Macky Sall au pays pour rencontrer son successeur, est loin d’être anodin. Autant dire que c’est une visite sur fond de calculs purement politiques. D’abord pour Macky Sall qui vient chercher l’appui de son pays pour donner plus de poids et de légitimité à sa candidature qui avait échoué, fin mars, à obtenir le soutien de l’UA où vingt pays dont le Sénégal, y avaient opposé leur veto. Ensuite pour le président Bassirou Diomaye Faye visiblement en quête de nouveaux alliés après les profonds désaccords qui ne sont pas loin de sceller, si ce n’est déjà fait, la rupture entre lui et son ex-mentor Ousmane Sonko. Comme quoi, en politique, il n’y a jamais d’amis ni d’ennemis éternels. Les meilleurs alliés d’hier pouvant devenir les pires adversaires d’aujourd’hui et vice-versa. Et c’est le peuple qui en est toujours le grand perdant. Parce qu’au bout du compte, il est souvent le dindon de la farce de politiciens qui ne croient qu’en leurs intérêts et qui ne demandent qu’à l’utiliser pour parvenir à leurs fins.
Bassirou Diomaye Faye joue gros, en acceptant de recevoir son prédécesseur sans avoir apuré le passif des répressions meurtrières
Toujours est-il que ce déplacement de Macky Sall pour rencontrer le président Bassirou Diomaye Faye, est une visite très controversée qui crée la polémique au Sénégal où des militants de la société civile et les familles des victimes de la répression de l’ancien régime qui attendent toujours justice, ne voient pas d’un bon œil, ce qui ressemble, à leurs yeux, à un revirement diplomatique. C’est dire si Bassirou Diomaye Faye joue gros, en acceptant de recevoir son prédécesseur sans avoir apuré le passif des répressions meurtrières qui ont émaillé la fin de règne de ce dernier. Encore moins celui du dossier dit de la « dette cachée » qui est venu assombrir un bilan que d’aucuns de ses compatriotes jugent désastreux et indigne de quelqu’un qui aspire à diriger l’ONU. En rappel, le poste de Secrétaire général de l’ONU est actuellement occupé par le Portugais Antonio Guterres. Son mandat arrive à échéance le 31 décembre 2026. Le processus pour la désignation de son successeur, est déjà lancé avec la réception des candidatures. En plus de l’ancien président sénégalais, les candidats déjà déclarés sont l’ancienne présidente du Chili, Michelle Bachelet, et l’Argentin Rafael Grossi, Directeur général de l’énergie atomique. Le nouveau Secrétaire général prendra ses fonctions le 1er janvier 2027, pour un mandat de cinq ans renouvelable une seule fois.
« Le Pays »
