CRISE MIGRATOIRE : Ceuta, le Golgotha des migrants africains
Des migrants, notamment des Africains, meurent dans le désert, parfois en mer en tentant de réaliser leur rêve : celui de construire une vie meilleure en Europe. Et Dieu seul sait s’ils sont nombreux. Et pas plus tard que le vendredi dernier, environ soixante mille migrants ont déferlé sur l’enclave espagnole de Ceuta. Mais mal leur en a pris. Car la répression a laissé sur le carreau plus de soixante cadavres sans compter le nombre de blessés et plus de quarante mille refoulés sur le territoire marocain. Ceuta, le Golgotha des migrants africains, pourrait-on dire. A quand donc la fin de la comptabilité macabre ? Tout laisse croire, en effet, que ce n’est pas demain, la veille de la fin de la tragédie migratoire. On est d’autant plus fondé à le croire qu’en dépit de ces drames à répétition, le nombre de candidats à l’aventure, ne cesse d’aller crescendo. Même la sensibilisation ne parvient pas à freiner le phénomène, tant les jeunes sont déterminés à risquer leur vie à la recherche d’un mieux-être. Cette rage de partir en dit long. Elle traduit la détresse de la jeunesse africaine confrontée au chômage, à la misère, aux conflits armés, etc. Elle n’est, ni plus ni moins, que l’expression d’un profond désespoir. En effet, ces jeunes préfèrent affronter la mort, plutôt que rester chez eux. Et cela est loin d’être étonnant. Tant que le continent restera une terre où prospèrent les crises, les conflits et la malgouvernance, il sera difficile de retenir ces jeunes sur leur propre sol. C’est dire si bien des dirigeants africains ont une part de responsabilité dans ce drame. Si les politiques de développement n’avaient pas échoué à retenir ces bras valides, on n’en serait pas là. Comme le dit l’adage, « ventre affamé n’a point d’oreille ».
Si les pays de départ sont fautifs, les pays d’accueil ont aussi une lourde responsabilité dans cette crise migratoire
C’est dire si bien des têtes couronnées du continent doivent revoir leur copie en matière de gouvernance. En attendant, il faut aussi interpeller ces jeunes qui prennent des risques inconsidérés. Par ignorance, beaucoup croient en l’existence de l’Eldorado qu’on leur fait miroiter. Et ce n’est pas tout. Les réalisations de certains migrants issus de capitales comme Bamako, Dakar, Ouagadougou, Abidjan, pour ne citer que celles-là, suscitent des convoitises. Mais combien de migrants perdent la vie sans avoir eu la possibilité d’atteindre les côtes espagnoles ou italiennes ? Cela dit, si les pays de départ sont fautifs, il n’en demeure pas moins que les pays d’accueil ont aussi une lourde responsabilité dans cette crise migratoire. Et il faut le dire. La répression sauvage et systématique qu’ils ont érigée comme arme de lutte contre l’immigration clandestine, a montré ses limites. C’est d’autant plus vrai qu’elle ne dissuade ni les candidats à l’immigration ni les passeurs qui en tirent les marrons du feu. Car, on ne peut pas piller un continent, l’affamer au sens propre comme au figuré et s’attendre à autre chose qu’à un retour de manivelle. Tant que les Occidentaux continueront de considérer le continent africain comme leur vache à lait, la migration clandestine perdurera. Plutôt que de durcir les conditions, l’Occident gagnerait à mieux organiser l’accueil des migrants ou, à tout le moins, à travailler de concert avec les dirigeants africains, à les fixer sur leurs terroirs respectifs à travers des projets structurants. C’est d’autant plus nécessaire que les migrants ont aussi droit à la vie. En tout cas, il est temps que cessent ces pratiques brutales qui n’honorent ni l’Occident ni l’humanité. On ne peut pas prétendre défendre les droits de l’Homme et dans le même temps, réserver un traitement humiliant, inhumain à des citoyens en détresse. C’est dire si l’Occident gagnerait à mettre fin à cette hypocrisie caractérisée. Du reste, il doit se convaincre d’une chose. La migration est un phénomène aussi vieux que le monde et vouloir y mettre fin par tous les moyens, c’est lutter contre des moulins à vent.
Dabadi ZOUMBARA
