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REORGANISATION AU SEIN DU PPA-CI : Est-ce la solution ?


Cinq pour un. C’est la réorganisation que vient de faire au sein de son parti, le PPA-CI (Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire), l’ancien président Laurent Gbagbo qui a délégué une partie de ses pouvoirs à cinq personnalités parmi les plus fidèles de ses lieutenants. Il s’agit de Assoa Adou, Hubert Oulaye, Emmanuel Ackah, Justin Koné Katinan nommés respectivement premier, deuxième, troisième et quatrième vice-présidents, avec des prérogatives spécifiques pour chacun. Le cinquième, Dano Sébastien Djédjé, est nommé président du Conseil stratégique et politique. Une répartition des responsabilités officialisée le 10 août dernier, et qui vise à impulser une nouvelle dynamique et à renforcer l’unité d’action au sein du parti, à travers une direction « collégiale ».

 

Laurent Gbagbo veut montrer qu’il reste le seul maître du PPA-CI

 

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’avec ces délégations de pouvoir, le PPA-CI vient de franchir un cap. Même si la gouvernance et le leadership du parti restent toujours entre les mains de son fondateur qui, même affaibli par le poids de l’âge et une santé chancelante, n’est visiblement pas encore prêt à lâcher les amarres. Et l’on se demande si cette réorganisation interne n’est pas une façon, pour le vieux leader politique, de sauver les meubles. Surtout quand on sait que son parti est traversé par une crise qui a entraîné, récemment encore, une saigné avec cette démission massive et collective de cadres et autres hauts responsables qui ont décidé de rejoindre le projet politique du dissident Ahoua Don Mello, pour désaccord avec le fonctionnement du parti. C’était le 24 juillet dernier. C’est dire si ce n’est pas la sérénité totale, au sein de la maison PPA-CI. Et l’on se demande si, avec l’évolution de la situation, Laurent Gbagbo ne se rend pas à l’évidence qu’il ne peut plus continuer à diriger son parti comme il le fait, au regard des enjeux politiques et électoraux à venir. En effet, au-delà des signes de fatigue et de sénilité qu’il montre, l’ancien chef de l’Etat avait promis de déléguer ses pouvoirs à des cadres de confiance. Et il vient de concrétiser cette promesse. Pour autant, les problèmes seront-ils résolus au sein du PPA-CI ? Rien n’est moins sûr.  Parce qu’autant cette délégation de pouvoirs pourrait renforcer le parti, autant cette multipolarité dans la décision, pourrait conduire à des divisions internes avec les conséquences qui vont généralement avec. Toujours est-il qu’en procédant à ces nominations de cadres qui constituent le noyau dur de son parti, Laurent Gbagbo veut montrer qu’il reste le seul maître du PPA-CI. Mais, peut-on affirmer qu’il en a aujourd’hui la maîtrise totale ? La question reste d’autant plus posée qu’il a souvent été reproché au Christ de Mama, sa gestion solitaire de son parti. C’est dire si ces réaménagements feront date dans l’histoire du PPA-CI. En même temps, ils soulèvent un certain nombre de questionnements. Est-ce que le contexte actuel est favorable à un tel réaménagement selon le fait du prince ? Cela permettra-t-il de sauver le parti ? L’ancien président tient manifestement à rester le gardien du temple PPA-CI, mais ces décisions font-elles l’affaire du parti ? Autant de questions qui trouveront sans doute réponses dans l’histoire.

 

Tout porte à croire que pour Laurent Gbagbo, son monde s’écroulerait s’il retirait ses mains de la gestion de son parti

 

Mais en attendant, tout porte à croire que le parti du Woody est aujourd’hui à la croisée des chemins, s’il ne se cherche pas une nouvelle voie.  Une situation qui ne manquera pas de profiter à ses concurrents, que ce soit le parti au pouvoir ou ceux de l’opposition. En tout état de cause, le PPA-CI est aujourd’hui à une étape charnière de son histoire. Et l’on peut comprendre que son fondateur cherche à en consolider les bases en renforçant son organisation. Car, tôt ou tard, se posera inéluctablement la question de sa succession à la tête du parti. Mais cette réorganisation est-elle la solution ? On attend de voir. Car, c’est à l’aune de sa capacité à relever les défis politiques et électoraux qui se présenteront à lui, que se jugera le poids du PPA-CI qui ne veut pas jouer les seconds rôles sur l’échiquier politique ivoirien, et qui ne demande qu’à survivre à son fondateur. Mais Laurent Gbagbo a été clair : ces délégations de pouvoirs ne signifient pas la désignation d’un successeur. C’est tout dire de l’homme, même si cette réorganisation semble aussi symptomatique des difficultés du vieux leader politique, à faire un choix parmi ses plus proches fidèles. A moins qu’elle ne cache mal une volonté de ne pas sortir de la scène politique par une porte jugée indigne de son rang. Comme quoi, certaines pages sont souvent difficiles à tourner. Et tout porte à croire que pour Laurent Gbagbo, son monde s’écroulerait s’il retirait ses mains de la gestion de son parti, même au crépuscule de sa vie et de sa carrière politique.

 

 « Le Pays »

 

 

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