REPRISE DES COMBATS DANS LE TIGRE : C’est la sincérité qui manque le plus
S’achemine-t-on vers le retour à un conflit de grande ampleur en Ethiopie ? C’est la question qui se pose après la reprise des combats qui se sont intensifiés dans le Tigré, entre les forces fédérales éthiopiennes et celles du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF). Des combats qui ont éclaté, le 22 septembre dernier, quelques jours après que les principaux groupes armés opposés au régime d’Addis-Abeba, ont annoncé leur alliance. De quoi raviver les tensions et surtout les flammes d’un conflit que la médiation sud-africaine avait peu ou prou réussi à contenir, à travers les accords de paix de Prétoria, signés en 2022. Mais depuis la reprise des combats, c’est l’escalade entre les protagonistes qui se renvoient la balle du non-respect des termes de l’accord.
Dans ce conflit sans fin, il y a des intérêts cachés qui se jouent à plusieurs niveaux
Le moins que l’on puisse dire, c’est que dans ce regain de tensions entre Addis-Abeba et les rebelles du Tigré, c’est la sincérité qui manque le plus. Aussi bien entre les acteurs directs au conflit, qu’à travers les actions souterraines de leurs parrains et autres soutiens extérieurs, qui constituent l’autre comburant de cette guerre qui est encore loin de livrer tous ses tenants et ses aboutissants. Comment peut-il en être autrement quand on voit le jeu trouble auquel se livrent certains pays voisins, en l’occurrence l’Erythrée et le Soudan accusés par Addis-Abeba, de soutenir des groupes armés qui combattent les forces gouvernementales ? Comment expliquer ce revirement subit de l’Erythrée qui s’était pourtant battue aux côtés des forces fédérales contre les rebelles tigréens pendant la guerre civile de 2020 à 2022 ? Autant dire que dans ce conflit sans fin, il y a des intérêts cachés qui se jouent à plusieurs niveaux, au-delà même des engagements qui avaient permis de parvenir à l’accord de paix de 2022. Des engagements qui n’ont malheureusement pas été respectés. Et qui valent aujourd’hui la reprise des hostilités, au grand dam des populations qui ne savent plus à quel protecteur se vouer, et qui paient le plus lourd tribut d’une guerre qu’elles n’ont pas demandée. C’est le lieu d’interpeller la communauté internationale à ne pas abandonner l’Ethiopie à son sort, mais à s’investir dans la recherche de solutions pour la cessation des hostilités, avant que le conflit ne prenne de plus grandes proportions. Cela est d’autant plus impératif que la confiance ne semble pas la chose la mieux partagée entre les protagonistes. Ce qui explique les difficultés de mise en œuvre de certaines dispositions de l’accord. Toujours est-il que quatre ans après la signature des accords, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts et tout porte à croire que les rebelles du Tigré se sont refait une santé militaire au point de se lancer dans ces offensives tous azimuts.
Les conditions pour parvenir à une paix durable, commencent par l’instauration d’un dialogue franc et sincère entre les parties au conflit
Quoi qu’il en soit, la reprise des hostilités n’est pas loin de signer le retour des vieux démons en Ethiopie où le conflit a contribué à exacerber les tensions ethniques et politiques qui menacent l’intégrité du pays. Et il faut d’autant plus s’en inquiéter que les combats ont déjà fait des victimes et provoqué le déplacement de nombreuses populations. Mais face à la situation, la communauté internationale ne doit pas rester les bras croisés. Elle doit d’autant plus s’activer, qu’en plus de ses conséquences qui sont désastreuses pour les populations, cette guerre a aussi des répercussions sur la stabilité de cette partie de l’Afrique. Et les conditions pour parvenir à une paix durable, commencent par l’instauration d’un dialogue franc et sincère entre les parties au conflit, à l’effet de trouver des solutions acceptables pour tous. Autrement, les mêmes causes produiront toujours les mêmes effets dans un contexte où les impacts du conflit restent dévastateurs aussi sur les populations civiles que sur les infrastructures et même l’économie du pays. En tout état de cause, la reprise des combats dans le Tigré, sonne comme un échec de l’accord de paix de Pretoria. Et tout porte à croire qu’il va falloir déployer des efforts considérables pour reconstruire la confiance entre les protagonistes. Et il est impératif que les parties prenantes s’engagent pleinement dans ces efforts, dans une volonté commune de mettre fin aux violences pour ouvrir la voie d’un avenir pacifique à l’Ethiopie.
« Le Pays »
