HomeA la uneREJET DE L’EXTENSION DE L’EMBARGO SUR LES ARMES PAR LE GENERAL AL-BURHAN : La paix renvoyée aux calendes…soudanaises 

REJET DE L’EXTENSION DE L’EMBARGO SUR LES ARMES PAR LE GENERAL AL-BURHAN : La paix renvoyée aux calendes…soudanaises 


C’est une sortie qui fait froid dans le dos. En réponse à la proposition des Etats-Unis d’étendre l’embargo sur les armes à tout le Soudan, le général Abdel Fattah al-Burhan, visiblement dans tous ses états, a martelé que «les sanctions et les pressions extérieures ne modifieront pas la position de Khartoum». Dans un ton belliqueux, ce chef de guerre a assuré que les mesures de Washington «n’affecteront ni n’affaibliront la détermination» de l’armée régulière soudanaise dans ce qu’il a qualifié de «bataille de la dignité». Oui, la proposition américaine d’étendre l’embargo sur la totalité du Soudan, a déjà été rejetée par la Chine et la Russie, devant le Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (ONU). Oui, le premier embargo qui était imposé sur le Darfour, n’a jamais été appliqué en dépit de ses plus de deux décennies d’existence. Oui, les fournisseurs d’armes et leurs facilitateurs n’ont jamais été inquiétés. Mais en agissant ainsi, le général al-Burhan ne contribue pas à la recherche de solutions au problème. Au contraire, il contribue à l’amplifier. En effet, la meilleure solution n’est pas de rejeter systématiquement les embargos sur les armes, mais de travailler au retour de la paix dans le pays. Cela dit, il y a une grosse hypocrisie internationale qui se cache derrière cette question de trafic des armes qu’il faut vigoureusement dénoncer. En effet, ce business florissant profite à beaucoup de grandes puissances qui alimentent ainsi les guerres dans plusieurs contrées du monde.

 

Le général al-Burhan donne l’impression de ne regarder que son pouvoir

 

Cette situation fortement déplorable ne donne pas pour autant carte blanche au général chef de l’armée soudanaise, de se comporter de la sorte. D’autant plus que sa sortie, dans un ton pour le moins guerrier, n’est pas du tout de nature à arranger les choses dans cette situation de crise profonde. En effet, loin de rassurer, ses propos viennent répandre la peur au sein de ses compatriotes qui ne demandent que la fin des hostilités. Pourtant, lui, il semble se soucier de leurs souffrances comme d’une guigne. En effet, loin d’être ému par les milliers de morts causées par cette longue guerre, le général al-Burhan donne l’impression de ne regarder que son pouvoir qu’il croit d’ailleurs détenir dans un pays totalement en ruines. Au lieu de s’aligner derrière la décision américaine qui s’inscrit dans une dynamique de cessation des hostilités, le président du Conseil de souveraineté de transition y voit plutôt une «propagande» orchestrée par les «partisans des sanctions à l’étranger» et leurs alliés, faisant indirectement allusion au camp adverse des Forces de soutien rapide (FSR), une surpuissante milice paramilitaire conduite par le général Mohammed Hamdan Daglo, dit «Hemetti». La position du général Abdel Fattah al-Burhan est donc suffisamment claire : il n’est prêt à faire aucune concession allant dans le sens de la désescalade, tout comme son adversaire des FSR. Ce genre d’attitude en dit long sur la nature de ces deux chefs de guerre qui ont pris le Soudan en otage avec cette guerre qui dure depuis plus de trois ans avec son lot de conséquences désastreuses. Et malheureusement, tout porte à croire que ce n’est pas demain la veille la fin de cette guerre. En effet, avec ce rejet de l’extension de l’embargo sur les armes, à tout le pays, on peut légitiment craindre que la paix ne soit renvoyée aux calendes…soudanaises. A cette allure, les Soudanais ne sont pas loin de regretter l’ancien dictateur Omar el-Béchir qu’ils ont chassé du pouvoir en avril 2019.

 

Siaka CISSE


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