REJET DE LA PROPOSITION DE LOI SUR L’ENCADREMENT DES FONDS SPECIAUX PAR LE CONSEIL CONSTITUTIONNEL : Jusqu’où ira le bras de fer entre Diomaye Faye et Ousmane Sonko ?
Deux rejets en un mois. C’est le sort des propositions de lois adoptées par le Parlement sénégalais, mais qui ont été invalidées par le Conseil constitutionnel. La dernière en date est celle sur l’encadrement des fonds spéciaux, votée par les élus du peuple qui souhaitaient ainsi que l’utilisation de ces fonds secrets, soit rigoureusement contrôlée. Une mesure pour laquelle il n’y a véritablement pas de quoi fouetter un chat et qui, dans le fond, n’a rien de mauvais en dehors de la sensibilité de certains sujets.
Le fossé s’agrandit de plus en plus entre le président Bassirou Diomaye Faye et le patron du perchoir
Sauf que dans le contexte actuel du Sénégal, cette proposition de loi émanant d’un parlement largement dominé par le PASTEF et défendue en son temps par Ousmane Sonko qui souhaitait obtenir davantage de transparence sur les fonds spéciaux logés à la présidence de la République, était loin d’être anodine. Si ce n’est pas une façon, pour l’ex-Premier ministre aujourd’hui à la tête de la Représentation nationale, de garder un œil sur l’utilisation des fonds contenus dans ces « caisses noires » de la République, cela y ressemble fort. Toujours est-il que c’est une proposition de loi qui n’était pas du goût de l’Exécutif dont le chef, le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Mohamed Lo, a saisi le Conseil constitutionnel, le 18 août dernier, pour la contester. Dans leur décision, les grands sages ont estimé que la gestion de ces fonds secrets, relevait des seules prérogatives de l’Exécutif, déboutant du même coup le parlement de toute volonté d’imposer un quelconque contrôle. Une décision qui met un terme à la procédure parlementaire engagée autour de ce texte, et qui sonne comme une nouvelle victoire pour le président Bassirou Diomaye Faye sur Ousmane Sonko, après le rejet, en juillet dernier, par le même Conseil constitutionnel, de la réforme visant à modifier l’équilibre des pouvoirs entre l’Exécutif et le Législatif. La question qui se pose est de savoir jusqu’où ira le bras de fer entre les deux personnalités politiques. La question est d’autant plus fondée que tout porte à croire que derrière cette bataille juridique, se joue une rivalité politique qui est sortie de l’ombre pour se jouer au grand jour. Et ce dans un contexte où le fossé s’agrandit de plus en plus entre le président Bassirou Diomaye Faye et le patron du perchoir visiblement impatient de récupérer le fauteuil présidentiel qu’il estime être le sien, après avoir été contraint de se retirer de la course à la dernière présidentielle, dans les conditions que l’on sait. Et dans sa volonté de neutraliser politiquement son ancien allié dont il est devenu le plus farouche adversaire, l’ancien maire de Ziguinchor semble prêt à tout, y compris en passant par l’Assemblée nationale où son parti occupe une position dominante. Et tout porte à croire que la rivalité entre les deux hommes, ne s’arrêtera pas à ces deux échecs du patron du parlement devant le Conseil constitutionnel.
Il est regrettable que des personnalités qui portaient hier encore ensemble les espoirs de tout un peuple, se livrent aujourd’hui à une bataille de chiffonniers
Mais, pour autant que les grands sages aient dit le droit, on peut se féliciter qu’ils décident de rester au-dessus de la mêlée. Certes, c’est une décision qui peut paraître favorable au chef de l’Etat. Mais l’on peut difficilement soupçonner le Conseil constitutionnel d’être, dans le cas d’espèce, l’instrument du président de la République. D’autant plus que cette institution a pour elle son histoire au pays de la Teranga où, en plus de rappeler souvent le prince à l’ordre, elle a montré, à maintes reprises, qu’elle n’était inféodée à aucun pouvoir. Et cela est bon pour la démocratie sénégalaise qui n’est pas citée en exemple sur le continent noir, par hasard. En tout état de cause, pour en revenir au duo Faye-Sonko, il est regrettable que des personnalités qui portaient hier encore ensemble les espoirs de tout un peuple, se livrent aujourd’hui à une bataille de chiffonniers qui n’honore pas leur combat politique, et où la fin semble justifier les moyens. Et cette volonté de Sonko d’avoir un œil sur l’utilisation des fonds de la « Caisse noire » de la présidence, trahit moins une volonté de transparence que la crainte que son adversaire désormais déclaré, ne s’en serve pour consolider son assise, au moment où la rupture est consommée entre les deux amis d’hier, et où le chef de l’Etat a récemment créé son propre parti politique.
« Le Pays »
