VISITE DU PRESIDENT CHINOIS EN EGYPTE SUR FOND DE TENSIONS AU MOYEN-ORIENT : Quand Le Caire joue les funambules
Dix ans après, Le Caire déroule le tapis rouge à Xi Jinping. En effet, le président chinois est arrivé en Egypte dans la soirée du 1er septembre, et a été reçu le lendemain 2 septembre, par son homologue Abdel Fattah al-Sissi. L’ambiance était à la fête dans la capitale égyptienne où les grandes avenues ont été décorées de drapeaux chinois et égyptiens, ainsi que de panneaux montrant les deux présidents. Une décennie après, les Egyptiens ont célébré le retour du dirigeant chinois avec beaucoup d’enthousiasme, certains allant même jusqu’à vanter des «générations d’amitié égypto-chinoise coulant comme le Nil». Xi Jinping a été honoré d’une cérémonie organisée au palais d’Al-Ittihadiya où 21 coups de canon ont donné le coup d’envoi de sa visite de deux jours.
La Chine et l’Egypte sont toutes menacées par les sanctions agitées par l’Administration Trump
L’accueil chaleureux qui a ainsi été réservé à l’hôte de marque, témoigne de l’importance de cette visite qui, à bien des égards, ne manque pas d’enjeux. En effet, la visite du président Xi Jinping coïncide avec le 70e anniversaire des relations diplomatiques entre l’Egypte et la Chine. Et ce n’est pas tout. Elle intervient surtout dans un contexte très particulier, marqué par des tensions au Moyen-Orient, notamment la guerre entre les Etats-Unis et l’Iran qui bouscule les alliances régionales. La visite du dirigeant chinois tombe également à un moment où Washington accentue la pression sur les partenaires commerciaux de l’Iran dont font partie la Chine et l’Egypte. C’est dire si ce déplacement est plus qu’un simple ballet diplomatique. En tout cas, la présidence égyptienne indique que les deux dirigeants doivent s’entretenir «d’un certain nombre de questions régionales et internationales d’intérêt commun, dont la guerre régionale, le commerce et les investissements». En clair, le conflit entre les Etats-Unis et l’Iran qui dure depuis plus d’un semestre, ainsi que les sanctions américaines visant tous les partenaires de son ennemi juré, seront au menu des discussions entre le président Abdel Fattah al-Sissi et son homologue. Comment peuvent-ils d’ailleurs s’en passer quand on sait que leurs pays respectifs sont directement concernés par ces questions? En effet, la Chine et l’Egypte sont toutes menacées par les sanctions agitées par l’Administration Trump, pour leur proximité avec Téhéran. Il est donc logique que ces deux pays réfléchissent ensemble sur des solutions pour faire face à la menace américaine. Mais quid de la crise au Moyen-Orient ? Quelles conséquences cette visite pourrait-elle avoir sur les tensions qui secouent cette partie du monde? La question est d’autant plus importante que l’Egypte a une grande influence dans cette zone où elle jouit d’une réputation de médiateur historique clé.
Plusieurs accords bilatéraux sont prévus dans le cadre de cette visite présidentielle
Et c’est tout ce qui fait de ce pays, un partenaire stratégique pour la Chine qui cherche à jouer un rôle diplomatique et économique accru au Moyen-Orient. Le président Xi Jinping a d’ailleurs évoqué la question dès ses premières déclarations, en indiquant que les peuples du Moyen-Orient étaient «maîtres de leurs propres affaires». Il a aussi souligné la nécessité de s’opposer à ce qu’il a qualifié «d’ingérences extérieures» et de soutenir les pays de la région dans le renforcement du dialogue pour la paix et la sécurité. Mais il est aussi évident que la visite du dirigeant chinois en Egypte, ne vise pas qu’à éteindre le feu au Moyen-Orient. Elle est avant tout guidée par la défense des intérêts de la Chine. Et en la matière, l’Egypte est un partenaire stratégique, notamment sur les plans économique et diplomatique. Première puissance militaire et deuxième puissance économique du continent, le Pays des pharaons est un partenaire privilégié pour « l’Empire du milieu» qui cherche à renforcer sa coopération avec ce géant d’Afrique. Plusieurs accords bilatéraux sont prévus à cet effet, dans le cadre de cette visite présidentielle. Sur le plan diplomatique, le déplacement de Xi Jinping en Egypte, est une aubaine. En effet, du fait de la proximité entre Washington et Le Caire, la Chine entend mettre cette visite à profit pour préparer la rencontre annoncée entre son dirigeant et le président américain Donald Trump. Ce jeu de funambule de l’Egypte entre les deux puissances mondiales semble lui convenir parfaitement. En tout cas, Le Caire compte utiliser la visite du président chinois pour mettre en avant son autonomie stratégique. Le pays d’Abdel Fattah al-Sissi veut montrer aux yeux du monde entier qu’il peut tirer parti de ses relations étroites avec Washington comme avec Pékin. Il a d’ailleurs vanté sa «politique étrangère indépendante», qui lui permet de préserver les intérêts de son pays.
«Le Pays»
