DIALOGUE NATIONAL EXCLUSIF AU SOUDAN :Du cautère sur une jambe de bois
Après trois ans de guerre, le Soudan se prépare à aller à un dialogue national et ce, en vue de sortir le pays de l’ornière. L’initiative vient du général Abdel Fattah al-Burhan qui dirige les forces armées nationales. En mi-août, ce dernier avait appelé à un dialogue afin, dit-il, d’instaurer une paix durable. Les consultations en vue de ce dialogue ont commencé et se poursuivent à Khartoum, la capitale. Toutefois, on aurait pu applaudir, à tout rompre, l’initiative du général Al-Burhan, si celle-ci avait pour objectif de rassembler tous les Soudanais et Soudanaises sous un arbre à palabres afin d’aplanir non seulement les divergences de vues, mais aussi de fumer le calumet de la paix.
Le général Burhan ferait mieux d’ouvrir le dialogue à toutes les forces sociales, politiques et militaires
Que nenni ! Car, le général Al-Burhan a choisi clairement d’exclure son adversaire qu’est le patron des Forces de soutien rapide (FSR), en l’occurrence le général Mohamed Hamdam Daglo, plus connu sous le pseudonyme de « Hemetti » Pourquoi ce choix ? On ne saurait y répondre ; tant la démarche paraît pour le moins incompréhensible. Car, comme on le sait, on ne fait la paix qu’avec ses contempteurs. On ne fait pas la paix avec ses amis. En tout cas, on ne voit pas à quels résultats tangibles pourrait aboutir un dialogue national au Soudan sans la participation des FSR qui, en plus d’être une force militaire, contrôlent un pan important du territoire soudanais. S’il voulait faire montre d’un sursaut patriotique, le général Al-Burhan aurait dû tendre la main à son principal adversaire, quitte à ce que ce dernier décline l’offre. Mais en choisissant de l’exclure, le chef de l’armée soudanaise le rend sympathique aux yeux de bien de ses contempteurs. Mais comme on aime à le dire, il n’est jamais tard pour bien faire. Pour autant qu’il ne souhaite pas que le dialogue national qui se profile à l’horizon, ressemble pas à du cautère sur une jambe de bois, le général Burhan ferait mieux de changer son fusil d’épaule et cela, dans l’intérêt supérieur du peuple soudanais qui souffre le martyre. Ouvrir le dialogue qu’il appelle de tous ses vœux, à toutes les forces sociales, politiques et militaires, traduirait sa hauteur de vues et sa volonté de faire taire durablement les armes. Al-Burhan a d’autant plus intérêt à le faire que même les autres entités de poids auxquelles il a tendu la main dans la perspective du dialogue, lui ont tourné le dos. En effet, réunis à Addis Abeba en Ethiopie, des acteurs politiques et de la société civile, tout en se disant opposés à la guerre au Soudan, estiment qu’en appelant à un dialogue national, Al-Burhan cherche à légitimer son pouvoir qu’il a acquis dans les conditions que l’on sait. Cela dit, et à moins d’un renversement de situations, on se demande si, au lieu d’un dialogue national, l’on ne s’achemine pas vers un monologue.
Après plus de trois ans de guerre, le Soudan n’est plus qu’un champ de ruines
Toute chose qui ne ferait pas avancer le Soudan qui, de guerre lasse, n’aspire qu’à la paix. En vérité, il faut même redouter qu’en excluant les FSR du dialogue national, cela ne contribue à les radicaliser davantage. De la partition de fait du pays à laquelle l’on assiste, l’on pourrait, toutes proportions gardées, assister à une sécession de jure du Soudan et ce, surtout au regard de l’équilibre des forces en présence. D’où la nécessité d’en appeler à l’arbitrage de la communauté internationale en vue d’une paix durable au pays d’Omar el-Béchir qui, depuis son lieu de détention, rit sans doute sous cape. Et le plus tôt serait le mieux. Car, après plus de trois ans de guerre, le Soudan n’est plus qu’un champ de ruines si bien qu’il a besoin d’une thérapie de choc.
« Le Pays »
