HomeA la uneACCORD EN VUE DE LA TENUE D’ELECTIONS EN LIBYE : Cette fois-ci sera-t-elle la bonne ?

ACCORD EN VUE DE LA TENUE D’ELECTIONS EN LIBYE : Cette fois-ci sera-t-elle la bonne ?


Vingt-quatre mois. C’est le délai que se donnent les protagonistes de la crise libyenne pour l’organisation d’élections présidentielle et législatives que le pays peine à tenir depuis la disparition, en octobre 2011, du colonel Mouammar Kadhafi, dans les conditions que l’on sait. L’accord a été conclu le 30 août dernier entre les parties rivales réunies dans un comité paritaire, au terme de négociations menées sous l’égide de la Mission d’appui des Nations unies en Libye (MANUL). Lesquelles discussions ont permis de parvenir à un compromis. En rappel, depuis plus d’une décennie, la situation politique en Libye est caractérisée par une instabilité chronique marquée par des rivalités entre deux camps antagonistes qui se disputent le pouvoir.

 

Cet accord en vue de la tenue d’élections au pays de Mouammar Kadhafi, est déjà une avancée

 

Et depuis 2022, le pays est dirigé par deux gouvernements parallèles. L’un, le Gouvernement d’unité nationale, dirigé par le Premier ministre Abdel Hamid Dbeibah, installé à Tripoli, à l’Ouest, et reconnu par la communauté internationale. Et l’autre, basé à Benghazi dans l’Est du pays sous contrôle des troupes du Général Khalifa Haftar. Un bicéphalisme imposé à la force du canon dans un pays où les deux exécutifs antagonistes sont appuyés respectivement par des parlements distincts que sont le Haut conseil d’Etat à Tripoli et la Chambre des représentants à Tobrouk. Et ce, après l’échec des élections de 2021 qui portaient pourtant les espoirs de retour à l’ordre constitutionnel. Un vote qui n’a, depuis lors, pu se tenir jusque-là, et qui a été maintes fois reporté pour diverses raisons. Quand ce ne sont pas des divergences profondes sur les règles du scrutin, qui paralysent le processus, c’est l’éligibilité des candidats qui vient gripper la machine électorale. Pendant ce temps, la paix, sur le terrain, reste suspendue à un fil entre les deux camps rivaux qui s’accrochent à leurs positions respectives. La question qui se pose, est de savoir si avec cet accord, cette fois-ci, sera la bonne. La question est d’autant plus fondée que ce n’est pas la première fois qu’une date est avancée, pour la tenue d’élections en Libye. Et pas plus tard qu’en juin dernier, c’est la date du 17 février 2027 qui était évoquée pour la tenue des élections générales, au terme d’une feuille de route dite nationale qui n’a pas trouvé grâce aux yeux des grands décideurs de l’ONU. Et pendant que la MANUL, la Misson de l’ONU, est à la manœuvre pour tenir son propre agenda, une troisième initiative portée par les Etats-Unis, se retrouve en option. Une multiplication des pistes, qui vient complexifier davantage la situation, en ce qu’elle contribue à brouiller la lisibilité d’un processus censé conduire le pays aux urnes. Mais qui n’est pas loin d’en rajouter à l’incertitude d’un scrutin dont les dates semblent répondre à des intérêts particuliers. Quoi qu’il en soit, et le moins que l’on puisse dire, c’est que cet accord en vue de la tenue d’élections au pays de Mouammar Kadhafi, est déjà une avancée. Et depuis toutes ces années où le pays est resté dans l’impasse, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts.

 

La communauté internationale doit veiller au grain, pour que les parties tiennent leurs engagements

 

Un acteur majeur comme Seif El Islam, par exemple, le fils du défunt Guide qui rêvait de prendre la succession de son père, a disparu de la scène politique parce que passé de vie à trépas en février dernier. Et ce dans un contexte où la lassitude pourrait se faire sentir au niveau des protagonistes, en raison de la situation immuable de l’équilibre des forces belligérantes sur le terrain. Mais le tout n’est pas de fixer un délai ou de prendre des engagements. Encore faudrait-il travailler à pouvoir les concrétiser dans un contexte où les deux camps ne manquent pas de soutiens extérieurs. C’est dire si la communauté internationale doit veiller au grain, pour que les parties tiennent leurs engagements. En tout état de cause, après plus d’une décennie de conflit, les Libyens sont aujourd’hui un peuple blasé et désabusé, qui ne demande qu’à tourner la page de cette guerre sans fin. Une guerre qui a poussé le pays dans le précipice en le plongeant dans un marasme économique sans précédent, au point qu’ils sont nombreux aujourd’hui, les Libyens qui regrettent leur président assassiné. Mais tout porte à croire que tant que l’équation politique en Libye ne sera pas résolue, le chemin du salut restera encore long et parsemé d’embûches.

 

 « Le Pays »

 

 


No Comments

Leave A Comment