REFORME CONSTITUTIONNELLE EN GUINEE-BISSAU : Le régime présidentiel, une panacée ?
En Guinée-Bissau, on a soumis hier au peuple, un projet de réforme constitutionnelle qui vise, s’il est adopté, à changer le destin politique du pays. Le régime semi-parlementaire, accusé d’avoir transformé le sommet de l’Etat en ring permanent, devrait céder la place à un régime présidentiel fort, avec pour objectif affiché de mettre fin aux crises institutionnelles à répétition. Le véritable suspense de ce scrutin référendaire était toutefois ailleurs : dans le taux de participation. L’opposition bissau-guinéenne, ou ce qu’il en reste, a appelé au boycott, estimant que la réforme ne serait pas le remède à la maladie institutionnelle dont souffre le pays, mais une opération de légitimation d’un pouvoir arrivé aux affaires par les armes.
Réécrire la Constitution, redistribuer les pouvoirs et renforcer l’Exécutif, ne suffira pourtant pas à conjurer les vieux démons
Pour les dirigeants, au contraire, cette réforme serait la panacée contre l’instabilité chronique. Il faut dire que le régime semi-parlementaire institué par la Constitution actuelle, a souvent ressemblé à une voiture à deux volants, conduite par deux chauffeurs qui ne regardent pas dans la même direction.A force de faire cohabiter un président et un Premier ministre aux ambitions parfois incompatibles, la Guinée-Bissau a donné l’impression d’avoir installé deux capitaines sur une pirogue naviguant déjà en eaux troubles. Pour autant, le problème n’est peut-être pas la pirogue, mais ceux qui tiennent les rames.Changer de régime, réécrire la Constitution, redistribuer les pouvoirs et renforcer l’Exécutif, ne suffiront pourtant pas à conjurer les vieux démons : personnalisation du pouvoir, instrumentalisation des institutions, contestation des résultats électoraux, rivalités entre clans, etc. Le régime présidentiel n’est pas une potion magique. Dans une démocratie solidement arrimée à l’Etat de droit, il peut apporter de la clarté et de la stabilité. Mais lorsque les contre-pouvoirs sont faibles, il peut aussi transformer le président en propriétaire presque exclusif de la boutique nationale.La véritable réforme de la Guinée-Bissau ne serait donc pas seulement constitutionnelle. Elle devrait être aussi politique, électorale, judiciaire et, surtout, culturelle.Il faut apprendre à perdre une élection sans vouloir renverser la table, à gouverner sans vouloir tout contrôler et à faire de l’opposition sans vouloir tout bloquer. Une Constitution peut organiser la séparation des pouvoirs. Elle peut empêcher un président et un Premier ministre de se disputer les clés du palais. Elle ne peut pas, à elle seule, empêcher les hommes de s’accrocher au pouvoir ni fabriquer des démocrates.
Changer les règles du jeu ne suffit pas toujours à changer ceux qui jouent
Le véritable défi n’est donc pas de trouver une Constitution qui fonctionne avec les hommes tels qu’ils sont, mais de construire des institutions suffisamment solides pour que, même lorsque les hommes dérapent, la République, elle, ne tombe pas. Car changer les règles du jeu ne suffit pas toujours à changer ceux qui jouent. Et changer de volant ne garantit jamais de changer de direction.
« Le Pays »
