ANNONCE DE LA CANDIDATURE A LA PRESIDENTIELLE OUGANDAISE DE MUSEVENI-FILS : Au nom du Père, du Fils et du pouvoir à vie
En Afrique, la politique a parfois le sens de l’humour. Et il arrive même qu’elle pousse la plaisanterie un peu trop loin. En Ouganda, le Général Muhoozi Kainerugaba, fils du président Yoweri Museveni et chef des forces armées, vient d’annoncer sa candidature à la présidentielle de 2031. Et, comme pour éviter aux électeurs de se fatiguer avec un suspense inutile, il annonce déjà la couleur : avec le soutien de son père, il compte obtenir… 90% des suffrages. Rien que ça ! On peut donc dire que l’élection, pourtant prévue dans cinq ans, est déjà pliée avant même que les bulletins ne soient imprimés. Le plus troublant n’est pourtant pas que Muhoozi rêve du palais présidentiel. En démocratie, chacun est libre de rêver de la magistrature suprême.
L’Afrique n’en est pas à sa première tentative de transmission familiale du pouvoir
Le problème commence lorsque la République donne l’impression d’être une affaire de succession patrimoniale et que le fauteuil présidentiel ressemble davantage à un meuble de famille qu’à un bien appartenant au peuple. Dans une démocratie digne de ce nom, la succession présidentielle est censée passer par les urnes, pas par les albums de famille. Or, dans le cas ougandais, le futur candidat n’est pas seulement le fils du chef de l’Etat : il est aussi le chef de l’armée. Cette proximité entre pouvoir politique, pouvoir familial et pouvoir militaire donne à cette succession annoncée, un parfum autrement plus préoccupant qu’une simple ambition personnelle. Pour l’opposition, l’annonce a, en effet, de quoi refroidir les ardeurs. Comment convaincre les électeurs de croire à une compétition ouverte lorsqu’un candidat potentiel proclame déjà sa victoire avec 90% des voix ? Une élection dont le vainqueur connaît déjà le score avant même le scrutin, ressemble moins à une compétition qu’à une cérémonie de confirmation. Mais le danger ne concerne pas seulement l’opposition. Il pourrait également se trouver au sein du parti au pouvoir. Car, toute succession dynastique produit fatalement des frustrés. Ceux qui ont consacré des décennies à servir le régime, ceux qui ont attendu patiemment leur tour et ceux qui pensaient avoir suffisamment labouré le champ politique pour récolter enfin la moisson, pourraient découvrir qu’ils ont surtout travaillé à préparer le fauteuil pour un autre. La communauté internationale, elle, risque, le cas échéant, et comme souvent, de regarder la scène sans rien voir de ce qui crève pourtant les yeux. Le plus ironique est que l’Afrique n’en est pas à sa première tentative de transmission familiale du pouvoir.
Muhoozi doit garder à l’esprit, qu’un scénario-catastrophe n’est jamais totalement exclu, lorsque l’on prétend connaître d’avance le verdict des urnes
Mais, généralement, le fils attend au moins que le père quitte définitivement la scène avant de prendre place sous les projecteurs. Chez les Museveni, la succession pourrait ne pas attendre le décès du patriarche. Le fils a déjà annoncé la relève alors que le père est bien vivant, toujours président, toujours maître du parti et toujours au centre du dispositif politique. Il faut, cependant, se garder d’écrire dès aujourd’hui, le résultat de 2031. Cinq ans, en politique, représentent une éternité. Les alliances peuvent se fissurer, les régimes s’essouffler, les peuples se réveiller et les certitudes mourir brutalement. Muhoozi doit donc garder à l’esprit qu’un scénario-catastrophe, aussi improbable puisse-t-il paraître aujourd’hui, n’est jamais totalement exclu lorsque l’on prétend connaître d’avance le verdict des urnes.
“Le Pays”
