SOUTIEN A LA FONDATION DE LA PREMIERE DAME AU SENEGAL : Diomaye Faye a-t-il donné des verges pour se faire fouetter ?
La Fondation de la Première dame au Sénégal fait beaucoup parler d’elle non pas grâce à ses œuvres caritatives, mais plutôt à cause de l’argent qu’elle a reçu du chef de l’Etat, Bassirou Diomaye Faye. En effet, ce dernier a annoncé l’octroi de 500 millions de F CFA à ladite Fondation pour l’acquisition de 200 000 billets d’entrée aux Jeux Olympiques de la jeunesse (JOJ) prévus pour se dérouler du 31 octobre au 13 novembre prochain au Sénégal. Il n’en fallait pas plus pour provoquer un véritable tollé au sein de l’opinion nationale sénégalaise, alimentant les débats sur les réseaux sociaux.
Le chef du gouvernement sénégalais qui était devant les élus nationaux pour sa Déclaration de politique générale, en a pris pour son grade
Alors que le PASTEF (Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité) dénonce un manque de transparence et un mélange de genres, le parti au pouvoir, Kiiray, tente de rassurer les uns et les autres. Tout en déplorant une « manipulation politique », le parti de Diomaye Faye précise qu’il ne s’agit pas d’argent public. « Ces 500 millions de F CFA ne proviennent pas du budget. Ils ont été mobilisés auprès de bailleurs internationaux, d’entreprises et de mécènes », écrit-il dans un communiqué rendu public. Cela suffira-t-il à éteindre l’incendie ? Pas si sûr surtout que cette polémique, pour ainsi dire, intervient dans un contexte de tensions ou de concurrence politique entre le président Diomaye Faye et son ex-Premier ministre Ousmane Sonko devenu président de l’Assemblée nationale. Le chef du gouvernement sénégalais qui était, le 8 septembre 2026, devant les élus nationaux pour sa Déclaration de politique générale, en a pris pour son grade, coincé qu’il l’a été par des députés du PASTEF qui, comme il pouvait s’y attendre, ne lui ont pas fait de quartier. Pour l’opposition, désormais cornaquée par l’ex-Premier ministre, la Première dame n’ayant pas de statut public au Sénégal, l’origine des fonds alloués à sa Fondation, reste floue. D’où la question : jusqu’où peut aller l’action sociale d’une Première dame ? En tout cas, tout se passe comme si le président Bassirou Diomaye Faye a donné des verges à ses contempteurs, pour se faire fouetter. Car, pourquoi mobiliser une telle somme d’argent en faveur d’une Fondation alors même qu’on dit que le Sénégal traverse l’une des pires crises économiques de son histoire, au point qu’il a appelé le Fonds monétaire international (FMI) à la rescousse ? Et ce n’est pas tout. Cette affaire de soutien financier destiné à permettre à des scolaires d’assister aux JOJ, éclate au lendemain d’une manifestation contre la vie chère au cours de laquelle des Sénégalais ont laissé éclater leur colère suite à la flambée des prix de certaines denrées alimentaires.
Le pouvoir gagnerait à aller au-delà du discours en démontrant, preuves à l’appui, l’origine des fonds qui alimentent la controverse
De là à voir une volonté de récupération politique, d’aucuns ont vite franchi le pas. Et, ils n’ont peut-être pas tort. Car, on est en politique où tous les coups, même en dessous de la ceinture, sont permis. Surtout dans le contexte actuel du Sénégal où le chef de l’Etat et le président de l’Assemblée nationale sont à couteux tirés. C’est dire si Diomaye Faye, pour autant qu’il ne souhaite pas donner du grain à moudre à ses adversaires politiques, doit éviter de prêter le flanc. Car, le moment venu, ses adversaires ne manqueront pas d’utiliser certains arguments contre lui . Cela dit, et dans l’intérêt même du Sénégal, il faudra, s’il y a lieu, définir la frontière entre la Fondation de la Première dame et le président de la République et cela, afin de prévenir toute suspicion présidentielle concernant l’utilisation des deniers publics. Mais en attendant et dans le souci de couper l’herbe sous les pieds de l’opposition, le pouvoir gagnerait à aller au-delà du discours en démontrant, preuves à l’appui, l’origine des fonds qui alimentent la controverse. Cela permettrait de recadrer le débat qui est en train de prendre une dimension hautement politique.
« Le Pays »
