HomeA la uneRETOUR AU BERCAIL DE L’ANCIEN PRESIDENT SIERRA-LEONAIS ERNEST BAI KOROMA : Geste d’apaisement ou stratégie du « blaguer-tuer » ?

RETOUR AU BERCAIL DE L’ANCIEN PRESIDENT SIERRA-LEONAIS ERNEST BAI KOROMA : Geste d’apaisement ou stratégie du « blaguer-tuer » ?


Fin d’exil pour l’ancien président sierra-léonais, Ernest Bai Koroma, qui est rentré définitivement au bercail le 6 septembre dernier, après plus de deux ans passés au Nigeria, suite à son inculpation dans les événements de novembre 2023, qualifiés de « tentative de coup d’Etat » par les autorités de Freetown. Ce jour-là, des individus armés avaient attaqué une armurerie militaire, des casernes et plusieurs prisons, favorisant l’évasion de milliers de prisonniers. Douze personnes avaient initialement été inculpées dans ce dossier, avant que l’ancien homme fort du pays ne soit, à son tour, épinglé par la Justice, pour son rôle présumé dans ces événements.

 

La politique a souvent ses raisons et des dessous cachés qui échappent au citoyen lambda

 

Inculpé de haute trahison et d’autres infractions en janvier 2024, l’ancien chef de l’Etat qui bénéficiait d’une autorisation des autorités judiciaires, s’était retrouvé dans la foulée au Nigeria où il s’était rendu pour des raisons médicales, mais d’où il n’était jamais revenu. C’est ce séjour prolongé du natif de Makeni à l’extérieur, qui a pris fin le dimanche dernier, quelques semaines après l’abandon des poursuites judiciaires à son encontre.  Un retour au bercail qui intervient dans un contexte de décrispation de l’atmosphère sociopolitique voulue par le président Julius Maada Bio auquel le désormais ex-exilé d’Abuja a traduit toute sa reconnaissance. Ainsi qu’à son homologue nigérian, Bola Tinubu, dont le pays semble avoir joué un rôle déterminant dans ce dénouement heureux, au-delà de l’hospitalité offerte à l’ex-dirigeant sierra-léonais qui était accompagné, pour la circonstance, par l’ancien président nigérian, Olusegun Obasanjo, ainsi que la ministre nigériane des Affaires étrangères, Bianca Odumegwu-Ojukwu. La question qui se pose est de savoir si ce retour au bercail de l’ancien chef d’Etat sierra-léonais, est un vrai geste d’apaisement des autorités de Freetown, ou si cela relève de calculs politiciens ou d’une stratégie visant à faire revenir l’ancien exilé politique au pays pour mieux le tenir à l’œil. La question est d’autant plus fondée que la politique a souvent ses raisons et des dessous cachés qui échappent au citoyen lambda. Et dans le cas d’espèce, aucune explication n’a été donnée par les autorités sierra-léonaises, pour l’abandon des charges.  Toute chose qui contribue à épaissir le mystère autour de cette affaire. Quoi qu’il en soit, le cas de l’opposant tchadien, Succès Masra, est encore frais dans les mémoires. Rentré, en effet, d’exil en 2023 à la suite d’un accord avec le gouvernement de la transition d’alors, il a connu un retour en grâce auprès du pouvoir de Deby fils dont il a même été le Premier ministre, du 1er janvier 2024 au 16 mai 2025, avant de retomber à nouveau en disgrâce, suite à des accusations qui ont conduit à une condamnation judiciaire de vingt ans de prison ferme, l’année dernière. Une peine qu’il purgeait depuis lors avant d’être récemment gracié, en août 2026, par le président Mahamat Idriss Deby Itno.

 

Il appartient à présent à l’ancien chef d’Etat et à toute l’opposition sierra-léonaise, de savoir saisir la main tendue du pouvoir

 

L’ancien président sierra-léonais court-il le même risque que l’opposant tchadien ? L’histoire le dira. En attendant, le fait que l’ancien exilé d’Abuja a été accueilli à son arrivée par sa famille en compagnie de hauts responsables du principal parti d’opposition en Sierra Leone, le Parti du Congrès de tout le peuple (APC), semble symptomatique de sa volonté de garder un certain activisme politique. Où cela le conduira-t-il ? On attend de voir. Mais quoi qu’il en soit, ce retour au bercail est déjà une bonne chose pour l’ancien président. Car, au-delà de l’éloignement du pays, de sa famille et de ses proches, l’exil politique a toujours été une épreuve difficile. Et ce ne sont pas tous les anciens chef d’Etat ou autres personnalités en errance hors de leurs pays respectifs, qui diront le contraire. C’est le lieu de saluer aussi l’attitude des autorités sierra-léonaises qui sont dans une logique de décrispation. Et qui ont facilité ce retour qui ouvre une nouvelle page politique de ce pays anglophone d’Afrique de l’Ouest, à l’histoire plutôt agitée. Une histoire tumultueuse, marquée par des conflits, notamment la guerre civile qui a duré plus d’une décennie, de 1991 à 2002.  C’est dire si le pays revient de loin. C’est pourquoi il faut encourager cette initiative du président Julius Maada Bio, qui semble avoir fait le pari de la paix dans un contexte où les tensions politiques restaient extrêmement vives. Cela dit, il appartient à présent à l’ancien chef d’Etat et à toute l’opposition sierra-léonaise, de savoir saisir la main tendue du pouvoir pour travailler à éloigner du pays les djinns de la violence qui ont souvent fait le malheur de nos jeunes Etats et des démocraties africaines en construction.

 

 « Le Pays »

 


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