HomeA la uneMANIFESTATION CONTRE LA VIE CHERE AU SENEGAL : Sursaut citoyen ou stratégie de l’ombre ?

MANIFESTATION CONTRE LA VIE CHERE AU SENEGAL : Sursaut citoyen ou stratégie de l’ombre ?


 Des centaines de Sénégalais ont battu le pavé, le 5 septembre dernier, dans les rues de Dakar, les paniers aussi vides que les poches, pour dire leur ras-le-bol face à une vie devenue, pour beaucoup, financièrement invivable. Baptisée « Marche des paniers vides », cette mobilisation prolonge la campagne « 30 jours pour le juste prix », lancée par des influenceurs et des citoyens pour dénoncer la flambée des prix.,Sur le papier, la cause est aussi légitime que salutaire. Lorsque le panier de la ménagère se vide plus vite que le salaire ne tombe, lorsque le loyer devient un luxe et que la facture d’électricité donne des sueurs froides, il ne reste plus qu’à protester… ou à se serrer davantage la ceinture. Et au Sénégal, manifestement, les ceintures commencent à manquer de trous.

 

Le véritable défi de ce collectif, sera d’abord de convaincre qu’il est réellement indépendant et transpartisan

 

Les revendications sont claires : appliquer réellement les baisses de prix annoncées, mieux encadrer les loyers, revoir la tarification de l’électricité prépayée et combattre les abus tarifaires. Le gouvernement promet de renforcer les contrôles et envisage notamment de lever le gel des importations d’oignons. Mais pour les manifestants, il s’agit là de mesures cosmétiques, qui ressemblent davantage à un pansement sur une plaie béante qu’à un véritable traitement de fond. Car, la vie chère ne se combat pas à coups de communiqués et de contrôles sporadiques. Elle exige une politique cohérente, durable et une véritable volonté de s’attaquer aux pratiques spéculatives. Certains commerçants, il faut le dire sans détour, abusent. Ils profitent de la moindre tension pour gonfler les prix, parfois bien au-delà de ce que justifient les coûts réels. Et c’est précisément là que l’Etat doit intervenir. Contrôler sans discrimination et sanctionner sans complaisance, même si on ne sait pas a priori qui mobilise réellement et pour quoi faire ? Les organisateurs jurent, en tout cas, qu’aucun parti politique ne se cache derrière leur initiative. Soit. Mais la présence de personnalités politiques comme Guy Marius Sagna, ainsi que d’influenceurs et de militants réputés proches du Pastef, nourrit forcément les soupçons de récupération politique. Certes, il ne faudrait pas voir Ousmane Sonko derrière chaque casserole vide et chaque panier retourné. Mais il serait tout aussi naïf de croire que la politique sénégalaise peut rester totalement étrangère à une telle mobilisation. Les paniers des manifestants sont vides, mais les questions sont pleines. Pleines sur la flambée des prix, pleines sur les promesses gouvernementales, pleines surtout sur les véritables motivations de ceux qui ont décidé de battre le pavé dakarois.

 

 

 

Pendant que les politiques calculent leurs échéances électorales, le Sénégalais, lui, calcule chaque jour comment finir le mois

 

Le véritable défi de ce collectif qui exprime l’exaspération des Sénégalais face à la cherté de la vie, sera d’abord de convaincre qu’il est réellement indépendant et transpartisan, et qu’il ne constitue ni un instrument de règlement de comptes politiques ni un cheval de Troie pour l’opposition. Pour le moment, l’on ne sait pas s’il s’agit d’un sursaut citoyen ou d’une stratégie de l’ombre, mais en tout état de cause, la question de la vie chère est trop sérieuse pour être balayée d’un revers de main. Car, pendant que les politiques calculent leurs échéances électorales, que les influenceurs calculent leurs audiences et que certains commerçants calculent leurs marges, le Sénégalais, lui, calcule chaque jour comment finir le mois. Et lorsque le citoyen en est réduit à calculer le nombre de repas qu’il peut encore se permettre, c’est que quelque chose ne tourne décidément plus rond. Au gouvernement d’agir. Aux commerçants de se ressaisir. Aux citoyens de rester vigilants. Car, une population peut supporter beaucoup de choses. Mais lorsque le panier devient vide et que les poches le sont aussi, la colère finit toujours par trouver son chemin.

 

«Le Pays»


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