CONDAMNATION D’ABDOULAYE MISKINE AU TCHAD : Les autres apprentis rebelles en prendront-ils de la graine ?
Quinze ans de prison ferme ! C’est la sentence prononcée, le 9 septembre dernier, par la Justice tchadienne, contre l’ancien chef de guerre Abdoulaye Miskine. De son vrai nom Martin Koumtamadji, l’ancien général rebelle qui a longtemps été actif en République centrafricaine (RCA), était aussi soupçonné de crimes au Tchad où il a été arrêté en 2019. Après près de sept ans de détention, son procès s’est ouvert le 24 août dernier à Ndjamena où il était poursuivi pour plusieurs chefs d’accusation. Reconnu coupable d’association de malfaiteurs, de sévices graves, de tortures et d’assassinats, il a été condamné avec trois de ses coaccusés qui ont écopé, eux, d’une peine moins lourde de dix ans de prison ferme, tout étant condamnés à payer solidairement trente millions de F CFA à chacune des parties civiles, au titre des dommages et intérêts.
C’est une condamnation qui sonne comme une leçon de vie pour tous ces apprentis rebelles qui écument le continent noir
Triste sort que celui de l’ancien chef de la sécurité présidentielle d’Ange Félix Patassé, qui a cru trouver son bonheur dans le maquis, en devenant le chef du Front démocratique du peuple centrafricain (FDPC). Un mouvement rebelle créé en 2005, qui s’est négativement illustré en RCA et dont les actes de barbarie au Tchad voisin, sont à l’origine des malheurs actuels de celui qui fut aussi un ancien membre de la Seleka. Du nom de cette tristement célèbre milice armée qui, avec les Anti-balaka, ont fait les jours sombres de la guerre civile en Centrafrique sur fond de rivalités meurtrières et de massacres communautaires. C’est donc un individu lugubre au passé plutôt lourd, qui lutte désespérément aujourd’hui pour se sortir des griffes de la Justice tchadienne. Comme quoi, tôt ou tard, chacun finit par payer pour ses actes, d’une façon ou d’une autre, s’il n’est pas rattrapé par son passé, comme c’est manifestement le cas pour Abdoulaye Miskine aujourd’hui. Quoi qu’il en soit, c’est une condamnation qui sonne comme une leçon de vie pour tous ces apprentis rebelles qui écument le continent noir et qui, de la République démocratique du Congo au Soudan du Sud en passant, entre autres, par l’Ouganda et le Soudan, pour ne citer que ces pays-là, se repaissent du sang d’innocentes populations parfois massacrées sans état d’âme et souvent sacrifiées sur l’autel d’intérêts personnels ou d’ambitions pouvoiristes. En prendront-ils de la graine ? Rien n’est moins sûr. D’autant plus que très souvent, beaucoup pensent que ça n’arrive qu’aux autres jusqu’au jour où ils se trouvent pris dans les rets de la Justice. Toujours est-il que de Thomas Lubanga à Patrice Ngaïssona en passant, entre autres, par Alfred Yekatom et Jean Pierre Mbemba, ils sont nombreux les seigneurs de guerre qui ont eu à répondre de leurs crimes devant la Justice internationale. Des chefs de guerre qui, entre meurtres, tortures, attaques contre des civils, déplacements forcés de populations, enrôlements d’enfants soldats, saccages de lieux de culte, se croyaient intouchables quand ils faisaient la pluie et le beau temps avant de se retrouver au creux de la vague, des années plus tard.
La tenue de ce procès est une preuve supplémentaire que la vie de seigneur de guerre, n’a pas d’avenir
Et que dire de tous ces anciens génocidaires rwandais qui continuent d’être traqués sans répit aujourd’hui encore à travers le monde, et dont beaucoup ont été, en Europe, en Amérique comme en Afrique, débusqués de leurs cachettes pour répondre devant les tribunaux dans différents pays ? Pour en revenir à Abdoulaye Miskine, ses avocats ont décidé d’interjeter appel, après concertation avec leur client qui espère toujours se tirer d’affaire, pour porter l’affaire devant la Cour suprême. Mais quel que soit le verdict final, la tenue de ce procès qui n’est pas le premier du genre contre un ancien chef de guerre, est une preuve supplémentaire que la vie de seigneur de guerre n’a pas d’avenir et qu’il n’y a pas de refuge possible pour un criminel. Et quand la justice des hommes est inopérante, la justice immanente qui s’accomplit naturellement, sera toujours là pour récompenser la vertu et sanctionner le vice, de sorte que les auteurs de bons actes en récoltent les fruits et que ceux de mauvais actes, en supportent les conséquences. Pour les parents des victimes, au-delà des indemnisations, cette condamnation est un grand soulagement qui leur permettra de faire enfin le deuil de leurs morts. Et c’est en cela que ce procès a aussi toute son importance.
« Le Pays »
