VIOLATION DU DROIT INTERNATIONAL PAR LES ETATS-UNIS AU VENEZUELA :L’Afrique doit-elle s’en inquiéter ?
L’arrestation du président vénézuélien par les Etats-Unis, constitue une rupture d’une gravité exceptionnelle dans les relations internationales. Il ne s’agit plus d’ingérence ou d’intervention militaire classique, mais d’un acte de prédation politique assumé, en violation manifeste de la Charte des Nations unies. Le signal envoyé est clair et désastreux : la souveraineté nationale n’est plus un principe intangible, mais une concession révocable, et le droit international un instrument à géométrie variable. Cet épisode s’inscrit dans une longue tradition interventionniste américaine (Panama en 1989, Irak en 2003, Libye en 2011) marquée par une même mécanique impériale : diaboliser, isoler, frapper, puis imposer un récit a posteriori.
La force risque de se substituer durablement au droit comme instrument de transfert des richesses
Le cas vénézuélien confirme ainsi que le droit international est avant tout un champ de bataille politique, non un bouclier automatique. Même la Russie, pourtant alliée stratégique de Caracas et présentée comme un contrepoids à l’hégémonie américaine, s’est révélée incapable d’entraver l’arbitraire. Si un Etat disposant de ressources stratégiques, d’alliances militaires et d’une visibilité internationale comme le Venezuela, peut voir son président extirpé de son palais comme on sort un rat de son terrier, les autres doivent prendre conscience qu’ils peuvent devenir, eux-aussi, un jour ou l’autre, des cibles idéales pour des puissances étrangères sans autre justification que la volonté du plus fort. Car, ce qui s’est joué à Caracas n’a rien à voir avec les droits de l’Homme ni avec la libération d’un peuple opprimé, c’est clairement une guerre d’intérêts, nue et revendiquée. En reconnaissant que le kidnapping de Nicolás Maduro visait l’accès au pétrole vénézuélien, Donald Trump a levé toute ambiguïté. L’aveu est brutal, presque obscène, mais surtout glaçant pour les pays du Sud, qui savent désormais que tout peut être instrumentalisé pour criminaliser leurs dirigeants et servir de prélude à des intrusions musclées dans leurs affaires intérieures. Le plus inquiétant n’est pas tant cette franchise que sa banalisation, justifiée ou condamnée selon des préférences idéologiques. Car, les grandes puissances, quelles qu’elles soient, n’ont pas d’amis mais des intérêts, qu’elles défendent souvent au mépris du droit international. Aujourd’hui, c’est le pétrole du Venezuela ; demain, le gaz, l’or, l’uranium ou le lithium africains pourraient devenir des casus belli. A ce rythme, la force risque de se substituer durablement au droit comme instrument de transfert des richesses, voire de devenir un acte notarié de pillage des pays faibles. Dès lors, l’Afrique doit-elle réellement s’inquiéter après l’ensevelissement symbolique de la Charte des Nations unies, sous les bombes larguées à Caracas samedi dernier ? La réponse est non, du moins pas dans l’immédiat. L’Afrique doit cesser d’être naïve sans sombrer dans la paranoïa, car aucun Etat africain n’occupe aujourd’hui la centralité géopolitique du Venezuela, puissance pétrolière stratégique et adversaire historique des Etats-Unis dans une région que ces derniers considèrent comme leur pré-carré.
Cette logique risque de légitimer, en Afrique comme ailleurs, un durcissement de la répression interne
Les chefs d’Etat africains, même les plus autoritaires, ont d’autant plus de raisons de demeurer sereins que l’expérience montre que les grandes puissances ne renversent pas des dirigeants en raison de la nature autoritaire de leurs régimes, mais seulement lorsqu’ils deviennent politiquement gênants, stratégiquement importants et diplomatiquement isolables, à l’image de Nicolás Maduro. Le danger principal réside donc ailleurs, notamment dans la banalisation de l’usage unilatéral de la force par les plus forts, qui ouvre la voie à un désordre international possiblement durable. Cette « jurisprudence » pourrait être, en effet, invoquée par d’autres puissances régionales moins scrupuleuses, pour régler leurs différends en faisant fi de l’ordre international, au risque de provoquer des retours de flammes marqués par une montée des ressentiments et des radicalisations. Plus grave encore, cette logique risque de légitimer, en Afrique comme ailleurs, un durcissement de la répression interne, au nom d’une raison d’Etat qui pourrait être désormais consacrée non par le droit, mais par la loi du plus fort.
« Le Pays »
