HomeA la uneSANCTIONS DE CADRES DE LA POLICE AU SENEGAL : Quand le pouvoir tente de se rattraper

SANCTIONS DE CADRES DE LA POLICE AU SENEGAL : Quand le pouvoir tente de se rattraper


La mort d’Abdoulaye Ba, du nom de cet étudiant décédé le 9 février dernier, suite à de violents affrontements au sein de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), continue de faire des vagues au Sénégal. En effet, dans un contexte où la tension est toujours palpable, au point même d’ébranler le pouvoir central, l’affaire vient de connaître un nouveau rebondissement. De hauts cadres de la Police ont été relevés de leurs fonctions par le ministre de l’Intérieur et de la sécurité publique. Ce dernier a tenu à préciser que ces éléments n’avaient pas été sanctionnés pour leur implication directe dans la mort du jeune étudiant en médecine dentaire, mais dans le cadre plus global de ce déferlement de violences policières survenues à l’Université Cheikh Anta Diop.

 

Les autorités sénégalaises ont choisi de faire le pas vers la décrispation

 

 

 Les agents concernés par ces sanctions font, en effet, partie de la hiérarchie policière et étaient chargés, ce jour-là, d’encadrer les forces de l’ordre sur le terrain. Tous ces responsables relevés de leurs fonctions ont été mis à la disposition des enquêteurs afin de déterminer le rôle de chacun dans les événements du 9 février dernier. Ces décisions du gouvernement sénégalais qui sont, pour l’instant, des sanctions administratives à titre conservatoire, interviennent à un moment où le procureur de la République de Dakar a donné sa version sur la mort d’Abdoulaye Ba. Au cours d’un point de presse animé, le 17 février dernier, soit plus d’une semaine après l’incident, Ibrahim Ndoye a écarté la thèse de tout lien entre la mort du jeune étudiant et les violences policières survenues sur le campus. En effet, il a assuré que la victime avait trouvé la mort en sautant du quatrième étage de sa résidence estudiantine en voulant échapper à un incendie parti d’une chambre voisine. Mais, visiblement, ces nouveaux éléments contradictoires apportés dans cette affaire qui suit son cours, ne semblent pas assez suffisants pour convaincre la famille du jeune homme, encore moins les représentants des étudiants dont la colère ne retombe pas. Ces derniers, à travers le collectif des amicales de l’UCAD, accusent ouvertement l’Etat sénégalais de se dégager de toute responsabilité dans cette affaire. Mieux, ils maintiennent la pression et continuent de demander davantage de preuves pour faire éclater la vérité sur la mort de leur camarade. Face à la colère persistante des étudiants qui continuent de réclamer, à cor et à cri, justice pour Abdoulaye Ba, le gouvernement tente de calmer le jeu. En relevant les cadres de la police qui étaient chargés de contrôler les forces de l’ordre sur le terrain, et en accordant une libération, même sous contrôle judiciaire, aux responsables étudiants qui étaient placés en garde à vue depuis une semaine, les autorités sénégalaises ont choisi de faire le pas vers la décrispation. C’est une posture qu’il faut saluer. Parce qu’en agissant ainsi, le gouvernement sénégalais a fait le choix de la responsabilisation et non celui de la complicité coupable ou de la fuite en avant.

 

Le Sénégal gagnerait à prévenir le mal pour ne pas avoir à le soigner

 

 Il a décidé d’assumer ses responsabilités en se désolidarisant de toutes les violences qui ont été commises à l’UCAD pour mettre les auteurs présumés face à leurs propres responsabilités. On pourrait ainsi dire que le pouvoir tente de sauver la face dans cette affaire qu’il ne semblait pas prendre du bon bout. En effet, à la colère des étudiants qui pleuraient encore un des leurs, il a répondu par la force, en suspendant notamment les organisations estudiantines et en écrouant leurs responsables. Peut-être a-t-il fini par réaliser qu’il n’apportait pas le bon remède au mal. Toujours est-il qu’en décidant de faire l’autopsie du corps, et en mettant les chefs policiers à la disposition des enquêteurs pour situer toutes les responsabilités, le pouvoir semble avoir fait sa part de chemin pour la manifestation de la vérité sur la mort de l’étudiant. Maintenant, il reste à souhaiter que toute la procédure soit transparente pour qu’en fin de compte, le droit puisse être dit. Pour le reste, le Sénégal semble coutumier des violences policières, notamment en milieu universitaire. Et le plus souvent, ces violences ne sont pas sans causer des pertes en vies humaines. Comme si on ne pouvait pas maintenir l’ordre dans ce pays, sans tuer. C’est dire si le pays de la Teranga ne peut pas continuer à traîner cette réputation peu glorieuse. Ce pays cité comme exemple de démocratie en Afrique, gagnerait donc à prévenir le mal pour ne pas avoir à le soigner.

 

«Le Pays»

 


No Comments

Leave A Comment