HomeA la uneGUERRE AU SOUDAN : Le pied de nez de Khartoum à Washington

GUERRE AU SOUDAN : Le pied de nez de Khartoum à Washington


Un « cessez-le-feu immédiat » et une « trêve humanitaire, sans conditions préalables ». Telles sont, entre autres, les propositions de Washington dans sa volonté de jouer les apôtres de la paix dans le conflit soudanais. Une guerre qui dure depuis bientôt trois ans, depuis que le Général Mohamed Hamdane Daglo dit Hemetti, chef des paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR), s’est retourné contre son ancien allié, le Général Abdel Fattah al Burhan, le patron de l’armée soudanaise, pour lui disputer le pouvoir. Plongeant le pays dans une guerre sans fin qui a laissé des dizaines de milliers de cadavres sur le carreau et des millions de déplacés et d’exilés errant comme des âmes en peine dans la nature.

 

C’est le pauvre peuple pris au piège des combats, qui paye le plus lourd tribut

 

Toujours est-il que les propositions des Etats-Unis n’ont pas rencontré l’assentiment des autorités de Khartoum qui lui ont réservé, le 24 février dernier, une cinglante fin de non-recevoir. Posant comme condition sine qua non, des propositions qui prennent à la fois en compte l’intérêt supérieur du pays, la sécurité, l’unité, la souveraineté et l’intégrité régionales du Soudan. Ce qui n’est pas le cas aux yeux de Khartoum. Et cette réponse est d’autant plus un pied de nez à Washington que dans son communiqué, Khartoum a été on ne peut plus claire sur ce qu’elle considère comme des ingérences dans les affaires internes du pays ou des tentatives allant à l’encontre des intérêts supérieurs de la Nation. Et le Général Abdel Fattah al-Burhan, qui se considère comme le détenteur légitime du pouvoir, a enfoncé le clou en déclarant que les opérations militaires se poursuivront « jusqu’à la fin de la rébellion » et la capitulation totale de son adversaire. Des propos va-t-en-guerre qui tendent à fermer la porte à tout dialogue, et qui amènent à se poser cette question : à quand la fin de cette guerre ? La question est d’autant plus fondée que depuis le déclenchement de la guerre en avril 2023, aucune action de médiation visant à la désescalade et au silence des armes, n’a jusque-là pu prospérer. Et avec des protagonistes qui refusent d’entendre raison en ayant des positions maximalistes, on est d’autant plus gagné par le désespoir que derrière les deux Généraux ennemis qui se vouent une haine viscérale, en étant engagés dans un combat à mort, il y a des parrains tapis dans l’ombre. Et qui restent de puissants soutiens qui préfèrent rester dans la pénombre pour mieux tirer les ficelles si ce n’est leurs marrons du feu, en apportant leur appui à l’un ou à l’autre camp, en fonction d’intérêts cachés et souvent inavouables.  Autant dire que ce n’est pas demain la veille que ce conflit prendra fin dans ce vaste pays d’Afrique centrale riche en ressources naturelles, notamment pétrolifères. Un pays qui porte encore les stigmates de la guerre de sécession avec le Soudan du Sud qui a pris son indépendance en 2011. Pendant ce temps, c’est le pauvre peuple pris au piège des combats, qui paye le plus lourd tribut d’une guerre qu’il n’a pas demandée.

 

Cette fin de non-recevoir de Khartoum aux propositions de Washington, sonne comme un camouflet pour le président américain

 

Et ce, dans un contexte où, entre gel des avoirs et interdiction de voyager à l’étranger, les sanctions de l’ONU et d’autres puissances occidentales à l’encontre de certains chefs belligérants, peinent à produire les effets escomptés. Et pas plus tard que le 25 février dernier, l’ONU a pris des sanctions contre quatre commandants des FSR pour des atrocités commises à El Facher, dans le Darfour, lors de la prise de contrôle de ladite ville, en octobre 2025. La question qui se pose est la suivante : quel impact ces nouvelles sanctions auront sur la guerre au Soudan ?  Vont-elles contribuer à réfréner les ardeurs des belligérants dans les exactions contre les populations ? Ou bien produiront-elles les effets contraires en contribuant à exacerber les tensions et à creuser le fossé de la défiance entre les protagonistes ? Bien malin qui saurait répondre, pour l’instant, à ces questions. En attendant, cette fin de non-recevoir de Khartoum aux propositions de Washington, sonne comme un camouflet pour le président américain, Donald Trump. Le locataire de la Maison-Blanche ne cesse de se vanter d’avoir résolu plusieurs guerres et se voyait bien en grand pacificateur d’une des guerres les plus emblématiques, pour mieux servir son image d’homme de paix, dans sa quête obsessionnelle du Nobel éponyme. Cette attitude de Khartoum traduit sa méfiance vis-à-vis d’un médiateur soupçonné de faire le jeu des FSR, en prenant des décisions qui leur seraient plutôt favorables.

 

« Le Pays »    

 


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