HomeA la uneALERTE SUR UN RISQUE IMMINENT D’ATROCITES AU SOUDAN  : Quand l’ONU veut se donner bonne conscience

ALERTE SUR UN RISQUE IMMINENT D’ATROCITES AU SOUDAN  : Quand l’ONU veut se donner bonne conscience


Depuis maintenant plus de trois ans qu’elle a éclaté entre les généraux ennemis qui se disputent le pouvoir à Khartoum, la guerre au Soudan ne cesse d’alimenter les chroniques pendant que le peuple soudanais compte ses morts. C’est dans ce contexte que l’ONU a lancé, le week-end dernier, une alerte sur un risque « imminent d’atrocités en masse » dans la région du Kordofan où les combats s’intensifient entre les Forces de soutien rapide (FSR) du Général Mohamed Hamdane Daglo dit « Hemetti » et l’armée régulière fidèle au Général Abdel Fattah al-Burhan. Des inquiétudes d’autant plus fondées que plusieurs sources font état du déploiement d’importants renforts militaires par les FSR qui semblent décidées à élargir leur zone d’influence avec la grande ville d’el Obeid en ligne de mire.

 

Après trois ans de guerre, le conflit est aujourd’hui au bord de l’enlisement

 

Une ville stratégique qu’ils ont assiégée depuis des mois et dont l’assaut semble imminent. Toute chose qui fonde les appréhensions de l’ONU qui redoute le scénario d’El Fasher, la grande ville du Darfour où les paramilitaires des FSR se sont rendus coupables d’abominables massacres et de viols de masse lors de la prise de la ville après de longs mois de siège. Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’ONU est dans son rôle, en donnant l’alerte. La question qui se pose est de savoir si ces déclarations suffiront, à elles seules, à réfreiner les ardeurs des belligérants. On peut d’autant plus en douter qu’en dehors de mesures coercitives, on ne voit pas comment les deux généraux rivaux qui se sont juré d’avoir la tête l’un de l’autre, pourraient revenir à de meilleurs sentiments là où les différentes médiations initiées depuis le déclenchement de la guerre en avril 2023, ont montré leurs limites. Toujours est-il que cette façon, pour l’ONU, de se limiter à des déclarations là où elle est censée poser des actions concrètes allant dans le sens de la désescalade pour aller à la paix, n’est pas loin d’un aveu d’impuissance. Autant dire qu’en lançant cette alerte, l’ONU veut se donner bonne conscience. Autrement, comment comprendre qu’en plus de son incapacité à trouver une solution pour mettre fin aux massacres au Soudan, l’embargo sur les armes qu’elle a imposé, soit régulièrement violé au nez et à la barbe de l’organisation, sans que cela ne porte à conséquence pour les contrevenants ? Et ce, dans un contexte où les belligérants bénéficient de soutiens extérieurs sur fond de course aux intérêts des parrains tapis dans l’ombre. Pendant ce temps, c’est le pauvre peuple soudanais qui paie le plus lourd tribut d’une guerre qu’il n’a pas demandée. Un peuple qui s’est fait confisquer sa révolution après s’être débarrassé du dictateur Omar el Béchir, et qui est aujourd’hui pris en otage par des généraux aux ego surdimensionnés, qui refusent obstinément d’entendre raison. A ce rythme, on se demande d’où viendra le salut du peuple soudanais.

 

L’UA reste atone, au moment où les attaques de drones contre des écoles, des hôpitaux…, se multiplient

 

La question se pose d’autant plus avec acuité qu’après trois ans de guerre, le conflit est aujourd’hui au bord de l’enlisement. C’est à se demander si le Soudan n’est pas livré à lui-même, dans un contexte où les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient, tendent à polariser l’attention de la communauté internationale. C’est dire si ce n’est pas demain la veille que le Soudan retrouvera la paix. Avec des protagonistes qui sont d’autant plus dans la logique d’une hypothétique victoire militaire que la diplomatie peine à trouver sa place dans ce conflit qui, entre violences sexuelles, exécutions sommaires et tueries de masse, a déjà fait des dizaines de milliers de morts et des milliers de déplacés, provoquant l’une des pires crises humanitaires au monde. Pour revenir à la situation au Kordofan qui nourrit les craintes de l’ONU, l’Union européenne est allée aussi de son appel aux FSR du Général Hemetti, leur enjoignant de cesser sans délai les massacres contre les civils, les violences ethniques et les attaques contres les infrastructures civiles. Pendant ce temps, l’Union africaine (UA) reste atone, au moment où les attaques de drones contre des écoles, des hôpitaux, des centres de soins et même des sites d’accueil de déplacés, se multiplient. Un silence qui sonne comme une démission dans ce conflit fratricide où la violation des droits humains tend à se banaliser pour atteindre des proportions inquiétantes. Pauvre Soudan !

 

« Le Pays »


No Comments

Leave A Comment