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APPEL A LA RECONCILIATION EN RCA:Le pape François sera-t-il entendu?

La détérioration du climat sociopolitique en République centrafricaine (RCA) préoccupe au plus haut point le Vatican. C’est du moins, ce qu’on est tenté de dire après l’appel à la réconciliation et au dialogue, lancé le 6 janvier dernier, par le pape François. Une sortie papale qu’il convient de saluer à sa juste valeur, tant le pays de David Dacko traverse une zone de fortes turbulences avec la coalition de six groupes armés qui veulent renverser l’ordre constitutionnel à Bangui. Seulement, l’on se demande si le souverain pontife ne prêche pas dans le désert. On le sait, l’ancien président centrafricain, François Bozizé, qui semble avoir pris fait et cause pour les groupes rebelles s’il n’est pas le vrai instigateur du chaos que ces derniers cherchent à installer en RCA, n’est pas un enfant de chœur.  Il n’entend que le langage de la force tant et si bien que l’on se demande si le pape sera entendu.

Cet appel risque de passer comme de l’eau sur les plumes d’un canard puisque les groupes armés qui ont échoué à empêcher la tenue du double scrutin du 27 décembre dernier, ne font plus mystère de leur volonté de marcher sur Bangui. Et comme pour ne rien arranger, dix candidats malheureux à la présidentielle appellent à l’annulation des résultats qui donnent le président sortant et candidat à sa propre succession, Faustin-Archange Touadéra, vainqueur dès le premier tour du scrutin. C’est dire s’il y a plus de risques que la RCA sombre davantage dans le chaos. Sans jouer les Cassandre, l’on peut dire que l’appel du Saint-Père a très peu de chances d’être entendu par les acteurs aussi bien politiques qu’armés. On est d’autant plus fondé à le penser que ces forces du mal contrôlent plus de 80% du territoire centrafricain et disposent malheureusement de gros moyens de guerre. Et tant que le rapport de forces ne sera pas inversé, ils n’entendront pas raison.

Pour aboutir à une paix durable, on ne saurait faire l’économie du dialogue et de la réconciliation que prône l’Evêque de Rome

Cela dit, François  aura tout de même fait œuvre utile car, la Centrafrique, et c’est peu de le dire, a plus que jamais besoin de se réconcilier avec elle-même et de sonner le glas de la haine et des divisions entre ses fils et filles. C’est d’autant plus nécessaire que ce pays n’a jamais connu une véritable paix depuis son accession à la souveraineté nationale et internationale. C’est un pays dont l’histoire est écrite en lettres de sang à cause des multiples coups d’Etat qui ont jalonné son parcours. Malheureusement, ce triste bilan ne fait ni chaud ni froid à certains fils de la RCA comme Bozizé et autres, toujours prêts à ramer à contre-courant de la paix. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’à travers son appel à la réconciliation et au dialogue, le Vicaire du Christ fait dans la prévention. On se rappelle que face à la tragédie qui se jouait dans ce pays, le locataire du Saint-Siège n’avait pas hésité à se rendre à Bangui en novembre 2015, pour prôner la paix, l’amour du prochain et la réconciliation. Mieux,  pour accompagner les efforts de paix en RCA, Sa Sainteté avait créé un an plus tard, le Cardinal Dieudonné Nzapalainga, faisant de lui, le plus jeune des Cardinaux. Si cinq ans après, on est encore au bord du précipice, c’est que les Centrafricains n’ont pas appris de leurs erreurs. Et c’est bien dommage. En tout cas, les ennemis de la paix doivent se rendre à l’évidence  que la RCA ne saurait se construire sans que les cœurs meurtris ne soient désarmés. Et pour aboutir à une paix durable, on ne saurait faire l’économie du dialogue et de la réconciliation que prône l’Evêque de Rome.

Dabadi ZOUMBARA   

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