HomeA la uneCAMPAGNE LEGISLATIVE AU SENEGAL : Seule doit prévaloir la force de l’argument

CAMPAGNE LEGISLATIVE AU SENEGAL : Seule doit prévaloir la force de l’argument


Le top départ de la campagne pour les élections législatives au Sénégal, a été donné le 10 juillet dernier, soit le lendemain de la fête de Tabaski. Les appétissants morceaux de viande de mouton n’ont donc pas eu le temps d’être digérés totalement par les Sénégalais et les Sénégalaises, que ces derniers sont invités à prendre part à la campagne en vue des législatives du 31 juillet prochain. Les candidats ont trois semaines pour convaincre les électeurs et les électrices de leur accorder leurs suffrages. 165 sièges de députés sont en jeu. Ce scrutin, le dernier avant la présidentielle de 2024, verra la participation de huit listes politiques dont celles des principales coalitions de l’opposition. Les Sénégalais, légitimement, peuvent donc pousser un ouf de soulagement. Car, la non- validation, par le Conseil constitutionnel, de la liste de titulaires de la coalition d’opposition Yewwi Askan Wi, conduite par Ousmane Sonko, avait laissé craindre la non-tenue du scrutin. Après avoir battu le pavé et organisé des concerts de casseroles pour protester contre la disqualification de leur champion, l’opposition a finalement décidé de prendre part au scrutin.

 

Cette campagne ne manque pas d’enjeu

 

L’objectif affiché, pour Yewwi Askan Wi, est de contraindre Macky Sall à une cohabitation. Pour y arriver, la coalition de Ousmane Sonko envisage une alliance avec la coalition Wallu Sénégal constituée autour du Parti démocratique sénégalais (PDS) de l’ancien président Abdoulaye Wade. Cette campagne ne manque donc pas d’enjeu. La coalition au pouvoir, Benno Bokk Yaakar, tout comme les deux principales coalitions de l’opposition, ont des raisons objectives de s’investir, corps et âme, dans ce scrutin dont les résultats peuvent permettre de présager de l’issue de la présidentielle de 2024. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’opposition mettra à profit la période de la campagne pour marteler des tirades  sur une éventuelle troisième candidature que l’on prête à tort ou à raison à Macky Sall. La coalition au pouvoir, qui a déjà affirmé sa sérénité face aux agissements de l’opposition, qu’elle juge irresponsables, apportera probablement la réplique qu’il faut. Et c’est là, toute la beauté du débat démocratique. En tout cas, seule doit prévaloir la force de l’argument. Cette phrase à tout son sens au Sénégal. En effet, ce pays, certes, peut se targuer d’être l’une des vitrines démocratiques du continent, mais force est de reconnaître que bien des scrutins qu’il a eu à organiser, ont presque tous été entachés de violences, avant, pendant et après les élections. Des morts ont parfois même été enregistrés. Rien qu’au mois de juin dernier, des heurts entre manifestants et policiers, ont fait deux morts à Dakar et dans le Sud du pays, notamment en Casamance. Les croquants voulaient en découdre avec la Justice sénégalaise pour avoir  retoqué la liste nationale de titulaires de Yewwi Askan Wi, conduite par Ousmane Sonko. Finalement, ce dernier a mis de l’eau dans… son thé, en engageant sa coalition à prendre part au scrutin.

 

Il faut éviter de mourir pour un homme politique sous nos tropiques

 

Cet acte le grandit. Car, la démocratie, c’est aussi le respect des textes et des lois de la République. C’est le lieu aussi d’appeler les partisans des uns et des autres à savoir, en toutes circonstances, raison garder. Car, les hommes politiques, sous nos tropiques, sont ainsi faits qu’ils n’ont aucun scrupule à envoyer à l’abattoir leurs partisans pour en découdre avec leurs adversaires ou avec les forces de l’ordre. Et après, les mêmes qui avaient incité leurs militants à la violence, n’éprouvent aucune gène à se rabibocher avec leurs rivaux d’hier autour de somptueuses bouteilles de champagne. En tout cas, il faut éviter de mourir pour un homme politique sous nos tropiques. Car, on risque de mourir pour rien. Cette sagesse vaut pour l’ensemble du continent africain. Pour revenir à la campagne proprement dite, tous les acteurs politiques sont interpellés. Tout n’ y est pas permis. Outre la violence physique qu’il faut absolument proscrire, il faut éviter aussi de boxer l’adversaire en dessous de la ceinture ou d’une djellaba, du nom du boubou prisé dans les pays musulmans. En revanche, il est permis de s’attaquer aux programmes, à coup d’arguments, pour mettre à nu leurs faiblesses. En démocratie également, il faut accepter le principe du changement, de l’alternance. Et tout cela se décide dans les urnes. C’est ainsi qu’Abdoulaye Wade avait terrassé Abdou Diouf. C’est ainsi également que Macky Sall avait contraint Abdoulaye Wade à quitter le pouvoir. De ce point de vue, il n’est pas exclu que la campagne qui s’est ouverte ce dimanche, accouche d’une Assemblée, le 31 juillet prochain, où l’on va assister à la première cohabitation politique au pays de Senghor.

 

« Le Pays »


No Comments

Leave A Comment