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CARNAGE A SOLHAN AU BURKINA


Le décompte macabre se poursuit.  140 ! C’est le bilan provisoire officiel de civils froidement exécutés par des Hommes armés non identifiés (HANI) dans le village de Solhan dans la commune de Sebba, le 4 juin dernier. L’on se serait cru dans un film d’horreur si l’on n’était pas dans un pays du Sahel où des fanatiques, sous l’emprise de la drogue, ont décidé de défier la raison humaine en profitant des vastes espaces du désert qu’ils ont transformés en cimetières. Mais au-delà de ces chiffres qui font froid dans le dos, la première question que tout le monde se pose, est la suivante : que visent ces hommes sans foi ni loi qui ont perpétré le massacre de Solhan qui, par son ampleur, constitue une première depuis 2015 où le Burkina a basculé dans l’œil du cyclone terroriste ?  A défaut d’être dans le secret de ces fous d’Allah, l’on ne peut que se risquer à émettre des hypothèses. Et la première de ces hypothèses est que les assaillants ont voulu apporter un démenti sanglant à l’armée nationale qui, lors de la visite du ministre de la Défense, Shérif Sy, à Sebba, il y a peu, annonçait le retour de la paix dans la province du Yagha.

 

Comment sont-ils arrivés à concrétiser leur funeste dessein ?

 

 

La seconde hypothèse est que ce massacre vient comme une action de représailles contre des populations accusées par les groupes armés, de complicités avec les Forces de défense et de sécurité (FDS) ou des groupes rivaux. Une troisième hypothèse enfin pourrait s’inscrire dans la logique de prédation des ressources naturelles par les groupes  armés. On le sait, en effet, Solhan dispose d’un important site aurifère qui doit faire l’objet de convoitises de la part des bandes armées qui n’hésitent pas à exploiter les ressources minières des zones sous coupe réglée, faisant ainsi de l’exploitation de l’or, l’une des sources importantes de financement du terrorisme dans les pays du Sahel. L’enjeu du massacre serait donc de semer le chaos propice à l’exploitation illégale et illicite des gisements aurifères pour alimenter la contrebande qui alimente à son tour le terrorisme en Afrique de l’Ouest.  Mais quelles que soient les motivations des criminels à l’origine de l’orgie sanglante de Solhan, l’on ne peut s’empêcher de se demander comment ils sont arrivés à concrétiser leur funeste dessein. La question n’est pas saugrenue quand on sait que l’armée burkinabè dispose d’un détachement à quelques encablures de Solhan et qu’elle y conduit d’ailleurs, en ce moment, l’opération « Houné ». Et quid des troupes du G5 Sahel et de la force française Barkhane qui ont pris pied dans cette zone appelée « le triangle de la mort » ? Ces interrogations sans réponse laissent croire qu’il y a un malaise au sein des Forces de défense et de sécurité du Burkina Faso comme en bruissait déjà la presse nationale ; tant le manque de réaction est palpable. Et si la cohésion au sein de la Grande muette est mise en cause, l’on ne peut que mettre à l’index l’efficacité de la gouvernance en matière de défense et de sécurité, d’où cette question: le pays est-il gouverné ?  L’on a, en tout cas, des raisons sérieuses d’en douter surtout que le Premier ministre, lors de son dernier passage devant la Représentation nationale, disait ne pas disposer de stratégie pour contrer l’insécurité.

 

Poser les bonnes questions pour trouver les bonnes solutions

 

Toutes ces inquiétudes rappellent la nécessité de repenser en profondeur la stratégie de défense et de sécurité et cela, sans délais. L’urgence est là car la situation sécuritaire nationale pourrait se compliquer avec l’installation de la saison des pluies qui va rendre inaccessibles de nombreuses zones et surtout avec les contrecoups de la suspension des patrouilles conjointes avec le Mali voisin décidée par la France et de la suspension de la coopération militaire par les Américains. Il n’est, en effet, un secret pour personne que le Mali est le nid d’essaimage des groupes armés qui endeuillent toute la bande sahélo-saharienne. Il nous faut donc, après que le seuil de l’horreur a été franchi,  nous poser les bonnes questions pour trouver les bonnes solutions. Le chef de l’Etat, Roch Marc Christian Kaboré, en premier, doit sortir de son légendaire sommeil pour jouer les premiers rôles dans cette impérieuse introspection. Il y va de son propre intérêt d’autant que ses concitoyens commencent à ne plus avoir foi en sa parole. En effet, pendant qu’il annonçait des opérations de ratissage pour retrouver et neutraliser les meurtriers de Solhan, les assaillants sont revenus à la charge en pillant et incendiant tout sur les lieux du drame. Cela dit, en attendant que soit revue la politique de défense et de sécurité nationales, l’armée burkinabè pour qui cette attaque constitue un pied de nez parce qu’étant intervenue en pleine opération militaire et en pleine  heure du couvre-feu imposé dans la zone, se doit de laver son honneur. A défaut d’avoir pu prévenir l’hécatombe, elle doit laver son honneur en démasquant les bourreaux de Solhan pour les envoyer vider leur contentieux avec leurs victimes dans l’au-delà. Quant au gouvernement, nul n’est besoin de lui rappeler les nécessaires dispositions à prendre pour gérer les conséquences sociales de cette tragédie de Solhan. Surtout quand on sait que la tuerie a mis sur les chemins de l’exil, de nombreuses populations.

 

« Le Pays » 

      

   


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