COMPORTEMENTS REPREHENSIBLES DE LEADERS RELIGIEUX : La foi n’est pas un permis de chasse
J’ai encore enfilé ma chemise de travers, posé mon chapeau de Saponé sur mes certitudes bancales, et ouvert mon carnet où les vérités aiment se promener sans autorisation. La semaine dernière, j’ai appris qu’un leader religieux est soupçonné d’avoir utilisé son autorité spirituelle pour obtenir ce qui ne figure dans aucun livre saint, encore moins dans le programme officiel d’une école de théologie : des faveurs sexuelles, de l’argent, une emprise inquiétante sur des fidèles en situation de détresse, ainsi que d’autres joyeusetés si nombreuses qu’on hésite entre un dossier judiciaire et l’inventaire complet d’un magasin de délinquance. J’ai constaté avec soulagement que le parquet de Ouaga II ne s’est pas fait prier. Il a ouvert une enquête au terme de laquelle la Justice nous dira ce qu’il en est. En attendant, moi fou, je reste follement fasciné par certains miracles modernes. Autrefois, on transformait l’eau en vin. Aujourd’hui, certains semblent capables de transformer la foi en fonds de commerce, la vulnérabilité en opportunité et la souffrance humaine en source de revenus. Le procédé est d’une simplicité effarante. Une personne arrive avec ses blessures. Le prédateur voit immédiatement apparaître devant lui non pas une âme à sauver, mais un distributeur automatique de billets doté d’émotions. C’est un talent. Un talent démoniaque, certes, mais un talent quand même. A force de voir surgir des prophètes de circonstance, des vendeurs de salut clé en main, des experts de la rédemption avec options sexuelles intégrées, et autres spécialistes autoproclamés de la délivrance tarifée, tous les détraqués du monde comme moi auraient pu croire que les brebis avaient appris à reconnaître les loups.
Il existe des loups qui ont compris qu’une brebis effrayée court plus facilement vers le piège que vers la sortie
Mais non. Pour déjouer la vigilance des personnes encore lucides et mettre à mal leur esprit de discernement, certains loups ont perfectionné leur déguisement. Ils arrivent avec un livre saint sous le bras, une prophétie dans la bouche, des révélations exclusives, un langage soigneusement emballé dans du papier céleste et une calculatrice dans la tête. Le plus extraordinaire reste leur mode opératoire. On prend la fragilité psychologique provoquée par la maladie, le deuil, les difficultés conjugales, la pauvreté ou le désespoir. On y ajoute une dose de peur. On saupoudre le tout de quelques versets bien choisis. On mélange avec une prétendue révélation céleste. Et hop ! Le prédateur met la mécanique en marche en rivant ses yeux sur la confiance et le portefeuille de la victime. Cela dit, le fou que je suis mélange les pédales certes, mais je sais distinguer le bon grain de l’ivraie. Tous les guides religieux ou spirituels ne se ressemblent pas. Heureusement. Il existe encore des hommes de foi qui servent Dieu sans se servir de Dieu. Mais il existe aussi des loups qui ont compris qu’une brebis effrayée court plus facilement vers le piège que vers la sortie. C’est pourquoi je me réjouis que certaines victimes aient trouvé le courage de parler. J’espère également que, si les faits allégués par le procureur du Faso sont établis, la Justice sortira le marteau le plus lourd de son atelier pour frapper avec suffisamment de fermeté et rappeler à tous ceux qui sont encore tapis dans les buissons de la délinquance sexuelle et de l’enrichissement facile, armés de versets dans une main et de calculatrices dans l’autre, que la foi n’est pas un permis de chasse. Loin s’en faut. En attendant de retourner à mes casseroles et surtout à mes hallucinations qui sont plus cohérentes que certaines réalités, je vous invite à vous concentrer pour suivre cette saga judiciaire en perspective, dont le fou ne ratera aucun épisode. C’est promis.
« Le Fou »
