A la uneSur la braise

CREATION DU NOUVEAU PARTI DE LAURENT GBAGBO

Quels dividendes politiques pour la Côte d’Ivoire ?  

Il y avait une ambiance de carnaval dans la salle du palais des congrès du mythique Hôtel Ivoire, où s’étaient massés pendant tout le week-end, près de 2000 congressistes venus célébrer la naissance du nouveau parti de l’ancien président ivoirien, Laurent Gbagbo. Annoncé depuis plusieurs semaines, le nouveau-né, dénommé Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI), vient sceller la rupture définitive entre Laurent Gbagbo et son ancien Premier ministre, Pascal Affi Nguessan, le premier ayant opté pour la création d’un nouveau parti afin d’éviter de se faire coiffer au poteau par le second, dans une querelle de légalité autour du Front populaire ivoirien. C’est donc chose faite depuis hier, avec le lancement de ce qui est présenté comme un mouvement panafricain de gauche, qui entend défendre crânement ses chances à la future séquence présidentielle de 2025. Ce nouveau parti à la tête duquel Laurent Gbagbo a été élu par acclamation, inquiète et agace déjà aussi bien dans les rangs des militants du FPI de Pascal Affi Nguessan, que de la majorité présidentielle, essentiellement en raison de la très forte cote de popularité de son fondateur, dont tous surveilleront de près ses intentions pour 2025. Depuis son retour triomphal à Abidjan, le 17 juin dernier, en effet, après une décennie passée dans la frisquette prison de La Haye pour soupçons finalement non avérés de crime contre l’humanité, Laurent Gbagbo a décidé de reprendre du service sur le plan politique, sans qu’on ne sache réellement s’il veut lui-même revenir aux affaires, ou s’il veut simplement servir de guide ou de coach à ses nombreux lieutenants dont certains sont récemment rentrés d’exil.

 

Il va falloir garder un œil sur ses agissements futurs

 

En tout état de cause, ce retour en politique de l’ancien président à travers la création du PPA-CI, est gorgé d’espoirs en ce qu’il permet le retour sur scène, de tous les bannis de la République, mais aussi de dangers quand on sait que parmi ces derniers, il y a des ultras qui rêvent toujours de revanche, pour n’avoir pas pu digérer leur perte humiliante du pouvoir en 2010. Mais si l’on s’en tient aux propos rassurants et rassembleurs de leur leader, on peut dire que les risques d’embardée ou d’incartades susceptibles de faire dérailler la locomotive de la réconciliation nationale, seront moindres, malgré les nombreux comptes qui restent à être soldés, de part et d’autre. Dans son discours de clôture, Laurent Gbagbo appelle les militants de son nouveau parti à faire fi de toutes les avanies dont ils ont pu être victimes, et à fumer le calumet de la paix avec leurs frères ivoiriens avec lesquels ils se sont battus pendant ces vingt dernières années. Tout porte à croire que les sourires et les amabilités entre lui et Alassane Ouattara lors de leur rencontre le 27 juillet dernier, n’étaient ni de façade ni de circonstance, et qu’ils ont véritablement décidé de faire table rase de leur passif relationnel pour réconcilier leurs compatriotes qui n’ont que trop souffert du logiciel politique particulièrement violent de la Côte d’Ivoire, qu’ils ont, avec Henri Konan Bédié, installé dans le pays pendant ces 30 dernières années. Si la naissance du PPA-CI est une occasion pour Laurent Gbagbo de rassembler ses compatriotes au-delà des divergences politiques ou idéologiques, tant mieux pour la démocratie et la paix en Côte d’Ivoire. Mais il va falloir garder un œil sur ses agissements futurs et passer au crible le programme de son nouveau parti car, avec le discours particulièrement offensif qu’il a tenu hier à la clôture du congrès devant un parterre de partisans dont certains sont connus pour être haineux et irréductibles, les choses peuvent partir en vrille, surtout dans une Côte d’Ivoire où, quoi qu’on dise, l’environnement politique reste toujours inflammable. Si on ajoute à ses propos caustiques teintés d’humour qui jettent le trouble sur ses intentions réelles en créant son parti, les relations franchement mauvaises qu’il entretient déjà avec son ancien bras droit, Pascal Affi Nguessan et son ex-épouse Simone Ehivet, on est en droit de se demander si Laurent Gbagbo veut réellement contribuer à apaiser le climat politique et à favoriser la réconciliation nationale. Mais puisque nous sommes en politique, donc dans le domaine de tous les possibles, il n’est pas exclu que dans la perspective de la présidentielle et des autres scrutins, Laurent Gbagbo, par réalisme politique ou sur fond de populisme,  veuille ratisser large en créant une plateforme réunissant le PPA-CI, le FPI de Affi Nguessan, le parti que Simone Ehivet viendrait à créer et celui de Charles Blé Goudé pour des retrouvailles entre socialistes qui pourraient mettre en difficulté, les deux autres poids lourds que sont le RHDP de Alassane Ouattara et le PDCI de Henri Konan Bédié. C’est possible qu’il en soit ainsi, et si tout cela se fait dans un esprit républicain et à travers des messages œcuméniques, c’est la Côte d’Ivoire qui en récoltera les dividendes en termes de démocratie multipartite, d’élections apaisées et subséquemment, de paix sociale.

 

Hamadou GADIAGA

 

 

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Bouton retour en haut de la page
Google+
Fermer