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INVESTITURE D’ADAMA BARRO : Le compte à rebours a commencé

Ça y est ! Adama Barrow est le nouveau président gambien. Il a prêté serment hier, 19 janvier 2017, à l’ambassade de la Gambie à Dakar, au Sénégal,  devant des officiels et des milliers de sympathisants qui ont accueilli leur nouveau président dans la liesse et pour qui des écrans avaient été installés pour la circonstance. Pour une cérémonie inédite, c’en était une. Car, le cérémonial s’est déroulé dans une représentation diplomatique, dans la sobriété la plus absolue. Et l’histoire retiendra qu’Adama Barrow est le premier président de son pays, à avoir été  investi  « à l’extérieur », même si, dans le principe, elle s’est déroulée en « territoire gambien », conformément à la Constitution de son pays. Prêchant pour une Gambie plus démocratique et plus libre, le nouveau chef de l’Etat a, dans son discours inaugural, appelé les Forces armées de son pays à le soutenir et à lui montrer leur loyauté, avant de se retirer pour aller travailler.

Maintenant qu’il a échoué à bloquer l’investiture de Adama Barrow, Yahya Jammeh se retrouve de fait dans la peau d’un usurpateur

Et l’on imagine aisément qu’après cette prise de fonction officielle, Adama Barrow n’aura aucune difficulté à  saisir l’institution sous-régionale, pour l’aider à résoudre le blocage institutionnel causé par le refus de son prédécesseur, Yahya Jammeh, de passer la main, alors que son mandat est arrivé à terme le 18 janvier dernier. Mieux, à quelques heures de la fin officielle de son mandat, le satrape gambien a non seulement décrété l’état d’urgence, mais aussi réussi le tour de force de faire prolonger son mandat de trois mois par la Représentation nationale, pour se revêtir du manteau de la légalité. Ce faisant, il espérait  couper l’herbe sous les pieds de la CEDEAO, pour jouer les prolongations. Maintenant qu’il a échoué à bloquer l’investiture du président élu, Adama Barrow, Yahya Jammeh se retrouve de fait dans la peau d’un usurpateur. Surtout que son rival a été reconnu par la communauté internationale. Cela n’est pas sans rappeler le scénario ivoirien de 2010, qui opposait Laurent Gbagbo à Alassane Ouattara, et qui s’est terminé dans les conditions que l’on sait. Visiblement, la Gambie est sur le même chemin. Surtout si la CEDEAO se décide à intervenir militairement, elle qui a bénéficié du mandat de l’ONU où la résolution introduite par le Sénégal a été votée à l’unanimité. Cela dit, avec l’investiture d’Adama Barrow, l’on peut dire que la crise gambienne a atteint un point de non-retour. On est véritablement maintenant dans l’impasse. Car, la question qui se pose désormais est de savoir comment permettre à Adama Barrow d’avoir la réalité du pouvoir entre ses mains et de l’exercer pleinement. Pour la symbolique, le natif de Makamang Kunda dans l’extrême ouest gambien, est le nouveau président gambien. Mais dans la pratique, c’est le Banbili Mansah qui continue d’occuper le State House et de se réclamer comme le chef de l’Etat. C’est pourquoi l’on ne peut s’empêcher de se demander pour quel pays Adama Barrow a-t-il été investi président, s’il lui est impossible d’assumer pleinement ses pouvoirs en Gambie. Déjà que l’investiture n’a pas pu avoir lieu à Banjul, la capitale gambienne, cela est un camouflet pour la CEDEAO qui envisageait d’y tenir la cérémonie.  S’il faut encore qu’Adama Barrow ronge ses freins dans quelque espace confiné en attendant un hypothétique dénouement de la situation en sa faveur, cela  risque de compromettre durablement  sa prise de fonction. Adama Barrow règnera-t-il alors sur l’ile de Gorée ? Rien n’est moins sûr.

Yahya Jammeh n’aura pas laissé d’autre choix que l’usage de la force

Car, la CEDEAO est allée trop loin pour reculer ; surtout maintenant que les dés sont jetés. Il lui appartient donc de tout mettre en œuvre pour donner à Adama Barrow les moyens d’exercer pleinement ses pouvoirs sur la Gambie. Y parviendra-telle ? C’est ce que tout le monde attend de voir. La balle est maintenant dans le camp de l’organisation régionale dont les chefs militaires s’employaient à finaliser hier encore leur plan d’intervention, en attendant l’entrée en action de la force militaire qui devrait compter dans ses rangs, des contingents nigérian, ghanéen et sénégalais. Déjà, un blocus maritime était annoncé, ainsi que des vols de reconnaissance de l’aviation. C’est dire si les heures à suivre seront longues et déterminantes pour l’issue de ce bras de fer. En attendant, la tension monte de tous les côtés, et l’objectif, jusqu’au bout,  aura été d’éviter une confrontation de troupes. A cet effet, certaines sources prêtaient au chef d’état-major de Yahya Jammeh, l’intention de ne pas « impliquer militairement » ses troupes, dans ce « différend politique ». Info ou intox ? Bien malin qui saurait répondre à cette question. Mais en cas de déflagration, l’Histoire retiendra que Yahya Jammeh n’aura pas laissé d’autre choix que l’usage de la force, après avoir épuisé tous les recours diplomatiques dont le dernier en date était la médiation  de la Mauritanie, à quelques minutes seulement de la fin de son mandat constitutionnel, à laquelle il a réservé la même fin de non recevoir qu’à celles qui l’avaient précédée. Le compte à rebours a donc commencé. Il faut maintenant espérer que ce soit une opération éclair pour que les nombreuses populations civiles innocentes, qui ont dû prendre le chemin de l’exil pour éviter d’éventuelles violences, puissent regagner leurs pénates au plus tôt. Le satrape est plus que jamais face à son destin. Son entêtement l’aura conduit sur le chemin de la perdition.

 

« Le Pays »

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