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PRESIDENTIELLE IVOIRIENNE : Pourquoi la campagne n’emballe pas­

 

Des agents électoraux dormant dans des endroits où les inscrits sur les listes doivent retirer leur carte d’électeur pour voter dimanche prochain. C’est l’image à la fois hilarante et déconcertante de la campagne électorale en cours au pays de Félix Houphouët Boigny et dont les réseaux sociaux se délectent. On pourrait dire que les internautes, notamment ivoiriens, en font leur choux gras. Cette image très peu flatteuse doit interpeller au premier chef la classe politique de ce pays. Car, des agents distributeurs dans les bras de Morphée, à côté de cartes d’électeurs entassées et cherchant désespérément leurs propriétaires, cela témoigne de la désaffection, voire du désintérêt de la population ivoirienne vis-à-vis de la présidentielle à venir. La situation inquiète le camp d’Alassane Dramane Ouattara (ADO) qui confesse que son « adversaire s’appelle taux d’abstention » et qui se demande « comment convaincre les gens à voter ». Si la désaffection des Ivoiriens pour la présidentielle est manifeste, il faut en donner les raisons. Dans un premier temps, le slogan « un coup K.-O» de ADO a des probabilités très fortes de se réaliser. Autrement dit, dans la tête de beaucoup d’Ivoiriens, la victoire du camp présidentiel à cette élection ne souffre d’aucun doute. En plus, l’appel au boycott, le désistement de certains candidats et le discours servi par quelques «faucons» prétendant au poste présidentiel, ont vidé le processus de sa saveur et tué tout suspense. Les candidats de l’opposition craignant une déroute électorale ou pour éviter de prendre une veste, exhument certains sujets éculés comme l’ivoirité.

Le désintérêt pour la chose politique n’est pas une spécialité ivoirienne

Dans tous les cas, quand on a peur de prendre une raclée, on ne peut pas faire autrement. A cela, il faut ajouter la désintégration du Front populaire ivoirien (FPI), l’emprisonnement et l’absence de ses figures historiques tels Laurent Gbagbo, Simone Gbagbo, Blé Goudé, entre autres, qui sont de grands mobilisateurs devant l’Eternel. A ce tableau politique fade, s’ajoute également l’alliance PDCI-RDA/RDR qui enlève tout intérêt à la campagne. La résistance créée par Charles Konan Banny a du mal à prospérer, toute chose qui renforce le caractère morne de la campagne. L’autre facteur explicatif de la morosité de la campagne électorale, pourrait être le syndrome du passé douloureux de la Côte d’Ivoire. Il faut se le dire, telle la « Maison hantée d’Athènes », les Ivoiriens restent habités par les dix ans de violences extrêmes, les tueries, les souffrances, la sueur et les larmes dans lesquelles les leaders politiques ont plongé leur pays. Si fait que l’activité politique inspire dégoût et frayeur. Instruits par ce passé dramatique qu’ils ne veulent plus revivre, les Ivoiriens ne voient aucun intérêt à se sacrifier, voire à payer de leur vie pour satisfaire l’égoïsme des politiques. Ce sont là autant de facteurs qui freinent l’engouement électoral des Ivoiriens. L’un dans l’autre, l’on peut estimer que le désintérêt pour la chose politique n’est pas une spécialité ivoirienne. Bien au contraire, c’est un des nombreux maux des démocraties bananières.

Michel NANA

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