HomeA la unePROBLEMATIQUE DE L’EMPLOI AU BURKINA : La bombe

PROBLEMATIQUE DE L’EMPLOI AU BURKINA : La bombe


Un des défis majeurs que le Burkina doit impérativement relever, pour autant qu’il aspire à la paix sociale et au développement, est celui du chômage en général  et celui  des jeunes en particulier. L’envergure du défi a été observée à l’occasion des concours directs de la Fonction publique. En effet, pour l’édition 2022, ce sont au total 2 106 192 candidatures qui ont été enregistrées pour  6000 postes, soit un ratio de 0,0028 entre les postes disponibles et le nombre de candidatures. La probabilité donc, pour un  candidat d’intégrer la Fonction publique par voie de concours, est pratiquement nulle. Et chaque  année, depuis la décennie 2000, le même phénomène peut être constaté. De toute évidence, il y a péril  en la demeure. L’on peut même parler de véritable bombe à retardement. Avant de faire des suggestions  pour la désamorcer, l’on peut essayer de voir les causes du mal, en commençant par la principale, c’est-à-dire l’héritage de l’école coloniale. En effet, pour les besoins du système colonial, l’on a mis en place une école dont la vocation première était de former des instituteurs, des interprètes, des auxiliaires de l’administration, etc. De ce fait, le colonisateur a mis l’accent sur l’enseignement général. C’est ainsi que des CEG (Collège d’enseignement général) ont  été érigés dans les principales villes du pays. Les deux plus grands lycées ont été installés à Ouagadougou et à Bobo-Dioulassao. Mais là également, c’était pour promouvoir l’enseignement général. Le seul établissement du pays à l’époque, où l’on dispensait un enseignement technique, était le collège technique de Ouagadougou, l’ancêtre de l’actuel lycée technique de Ouagadougou (LTO). A l’indépendance, l’on a gardé le même système éducatif. Conséquence, nos lycées et collèges ont continué à former des élèves qui ne savent rien faire de leurs dix doigts, sauf à rédiger des tracs en attendant d’intégrer la Fonction publique pour y faire carrière.

 

Une des pistes à explorer, c’est de travailler à développer chez les jeunes, la culture de l’auto-emploi

 

La première université qui a été ouverte dans la foulée, s’est inscrite dans le même paradigme. C’est ce qui explique,  entre autres, que nos universités, contrairement à celles des pays africains anciennement colonisés par l’Angleterre, sont  devenues de hauts lieux de la contestation et de la rhétorique. Pendant ce temps, les étudiants formés dans le système anglo-saxon, en plus des connaissances livresques, développent aussi des compétences  techniques et professionnelles. Faites un tour dans les universités ghanéennes et nigérianes, et  vous serez édifiés. L’héritage colonial auquel est venu s’ajouter le manque de vision des gouvernants qui ont succédé aux colons,  ont fait qu’en dehors de la Fonction publique, les produits de nos écoles et universités ne sont  opérationnels nulle part. Dès lors, leur credo est le suivant: la Fonction publique ou la mort. Les Burkinabè épris de bon sens et de développement doivent  avoir le courage d’aider le pays à sortir de l’impasse. Car, au rythme où vont les choses, nous risquons d’investir dans une jeunesse qui, au bout de son cursus scolaire ou universitaire, représentera un danger pour la société, faute d’emplois. De ce point de vue, l’on doit agir ici et maintenant à désamorcer cette bombe. Car, le jour où elle explosera, les dégâts n’épargneront personne. En termes de solutions, on peut envisager les mesures suivantes. La première est de réformer le système éducatif en profondeur, de sorte à concilier apprentissage d’ordre cognitif et apprentissage de métier, et à former nos élèves en lien avec les besoins du marché. C’est pourquoi il faut privilégier l’enseignement technique et professionnel. La deuxième piste à explorer consiste à prendre des mesures hardies pour favoriser l’essor du secteur privé. Et cela peut passer par la diminution significative de la pression fiscale sur les entreprises. Car, c’est cette pression fiscale, entre autres, qui tue nos entreprises et décourage bien des personnes qui veulent investir au Burkina. Dans bien des cas, ces personnes s’orientent vers des pays où le fisc est plus souple. Or, il est de notoriété publique que c’est le secteur privé qui crée le plus d’emplois. D’ailleurs, c’est dans les Etats faillis, que la Fonction publique représente presque le seul pourvoyeur d’emplois. Faites un tour dans  les Etats normaux et vous confirmerez cette thèse. Une autre piste à explorer, c’est de travailler à développer chez les jeunes, la culture de l’auto-emploi. Ces derniers temps, des étudiants burkinabè de la diaspora ivoirienne, nous ont beaucoup appris dans ce domaine par leur audace et leur capacité à se décomplexer. En réalité, on peut franchir le pas en affirmant que la Fonction publique, telle qu’elle se présente aujourd’hui, est anti-développement. Car, non seulement elle n’exploite pas à fond le potentiel des agents mais aussi elle est truffée de personnes corrompues et indélicates, dont les actions plombent le développement de l’ensemble du pays.

 

 

Sidzabda 

 


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