HomeA la uneRISQUE D’AFFRONTEMENTS ENTRE L’ETHIOPIE ET L’ERYTHREE : Attention au retour des vieux démons !  

RISQUE D’AFFRONTEMENTS ENTRE L’ETHIOPIE ET L’ERYTHREE : Attention au retour des vieux démons !  


Entre l’Ethiopie et l’Erythrée, le vent de la guerre est en passe de souffler de nouveau, sur fond de rancœurs tenaces, d’accusations réciproques et de menaces de souffler sur la poudrière au risque de pulvériser toute la région. Après des décennies de carnage, des hécatombes inutiles et des générations sacrifiées, ces deux nations barbouillées du sang de leurs propres enfants, veulent apparemment remettre le couvert, chacun soupçonnant l’autre de préparer le pire, tout en se réservant le droit de frapper le premier. Addis-Abeba accuse Asmara de soutenir les rebelles du Tigré qui combattent l’armée éthiopienne. De son côté, l’Erythrée soupçonne son voisin de préparer une attaque contre son territoire.

 

Il faut une diplomatie préventive à la hauteur du danger

 

En clair, l’un se prépare à repousser une attaque redoutée, et l’autre voit dans ces préparatifs, la preuve d’une agression imminente. C’est le piège classique de l’escalade, où la peur de l’attaque finit par rendre la guerre possible. Un éventuel affrontement entre les deux pays pourrait embraser toute la Corne de l’Afrique, déstabiliser davantage les Etats voisins et offrir un terrain fertile aux groupes armés. Entre rivalités régionales, alliances de circonstance et ingérences extérieures, un conflit bilatéral pourrait rapidement se transformer en une partie d’échecs sanglante, dont les populations seraient les premiers pions sacrifiés. Si les soldats érythréens combattent effectivement aux côtés des rebelles opposés à l’armée éthiopienne, Asmara ne peut raisonnablement souffler sur les braises chez son voisin sans risquer d’en subir les conséquences politiques et sécuritaires. On ne joue pas impunément avec le feu en espérant que la fumée s’arrêtera à la frontière. Mais une accusation, aussi souvent répétée soit-elle, ne constitue pas une preuve. Il importe donc de distinguer les faits établis des soupçons, au risque de laisser la propagande servir de détonateur à une guerre que personne ne pourrait ensuite maîtriser.L’Erythrée ne saurait ainsi réclamer la protection de la communauté internationale tout en alimentant, si les faits le confirment, une déstabilisation de son voisin. Mais l’Ethiopie ne peut davantage s’arroger un droit de frappe préventive sur la seule foi de ses soupçons. La sécurité nationale ne saurait servir de chèque en blanc à l’usage de la force. Entre l’impunité face aux provocations et la fuite en avant militaire, une autre voie existe : celle de la désescalade, de la vérification indépendante des accusations et du dialogue.L’Union africaine, les Nations unies et les puissances capables, d’influer sur les deux capitales doivent sortir de leur réserve diplomatique.

 

L’Ethiopie et l’Erythrée doivent ranger les allumettes avant que le vent ne se lève

 

 Les condamnations de circonstance, les communiqués convenus et les appels à la retenue ne suffiront pas si, sur le terrain, les troupes se rapprochent et les armes se préparent à parler. Il faut une diplomatie préventive à la hauteur du danger, des canaux de communication entre les états-majors, des mécanismes crédibles de vérification et une pression effective sur tous ceux qui attisent les tensions. L’heure doit donc être à la vigilance, mais surtout à l’action. L’Ethiopie et l’Erythrée doivent ranger les allumettes avant que le vent ne se lève. Car, lorsque le feu gagne la maison, il est souvent trop tard pour débattre de celui qui a craqué l’allumette.

 

« Le Pays »

 


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