HomeA la uneSANCTIONS AMERICAINES CONTRE JOSEPH KABILA : Quel impact sur la crise sécuritaire dans l’Est de la RDC ?

SANCTIONS AMERICAINES CONTRE JOSEPH KABILA : Quel impact sur la crise sécuritaire dans l’Est de la RDC ?


 La décision prise vendredi dernier par les Etats-Unis de sanctionner Joseph Kabila pour son rôle jugé trouble dans la crise sécuritaire à l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), intervient dans un contexte congolais déjà saturé de tensions, notamment dans l’Est du pays où le groupe armé M23, soutenu par l’ancien président, continue de semer le chaos. Le signal est fort, mais cette mesure présentée comme un levier de pression ciblé contre un homme déjà acculé et condamné à mort par contumace, sera probablement insuffisante pour ramener la paix dans une région où se superposent conflits armés, rivalités économiques, logiques communautaires et ingérences régionales.

 

 

Concentrer l’attention sur Kabila ne suffira pas à produire une désescalade automatique

 

Sur le plan strictement politique, l’ancien homme fort du Congo est déjà isolé et fragilisé, mais l’idée qu’un homme affaibli devienne plus coopératif dans la recherche de la paix, est loin d’être évidente. Cet harcèlement pourrait même produire l’effet inverse et nourrir chez Joseph Kabila, des velléités de radicalisation, en pensant, peut-être à tort, que seule la politique du chaos pourrait le ramener au centre du jeu et desserrer l’étau autour de lui. Certains observateurs estiment d’ailleurs que sa capacité de nuisance est surestimée ou incertaine, et que viser le président au portefeuille revient à passer à côté de la plaque. Il est vrai que la responsabilité de Kabila ne peut être éludée en raison de son long passage au sommet de l’Etat, de ses réseaux encore actifs et des soupçons persistants de connexions avec des acteurs armés. Toutefois, concentrer l’attention sur lui ne suffira pas à produire une désescalade automatique, tant que l’Etat congolais aura du mal à assurer sa présence dans l’Est du pays et que la gouvernance restera critiquée pour son manque de cohérence et d’efficacité. Le président Félix Tshisekedi a certes engrangé un succès diplomatique indéniable avec le soutien américain et les sanctions contre son prédécesseur. Mais il doit se rendre à l’évidence que la mise en cause d’autres acteurs de la crise, ne ramènera pas, à elle seule, la paix en RDC. En sa qualité de chef de l’Etat, c’est à lui qu’il revient, en effet, d’imposer l’autorité de l’Etat sur l’ensemble du territoire. A vrai dire, personne n’est totalement innocent dans cette crise, mais chacun cherche un bouc-émissaire, un coupable idéal, pendant que les minerais quittent le sol congolais, que les armes circulent et que les civils paient le prix fort. Cela se déroule sous les yeux des partenaires occidentaux qui condamnent les acteurs visibles tout en épargnant les flux financiers qui alimentent la guerre. Pour toutes ces raisons, les récentes sanctions américaines contre Joseph Kabila, risquent d’avoir un impact limité sur la crise sécuritaire dans l’Est du pays.

 

 

Chacun continue de pointer les fautes de l’autre sans corriger les siennes

 

 

 Il est désormais largement admis que la stabilisation de la RDC suppose une approche globale, fondée sur des réformes internes crédibles, une pression cohérente sur les acteurs régionaux et une action déterminée contre l’économie de guerre. Pour le moment, on est encore loin du compte. Chacun continue de pointer les fautes de l’autre sans corriger les siennes, tandis que les grandes puissances privilégient les symboles au détriment des causes profondes de cette crise persistante qui fait vaciller la RDC depuis plusieurs années.

 

« Le Pays »

 

 


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